Lettre pastorale de Monseigneur Herbreteau, septembre 2021
 
 
 
 
 

Chers diocésains,

Grâce aux encycliques du pape François Laudato si' et Fratelli tutti nous avons pris l'habitude de répéter souvent la phrase « moins de biens, plus de liens ! ». Si ce n’est pas seulement une incantation, nous touchons là à une dimension fondamentale de notre condition humaine. C'est sur ce sujet des relations humaines que je voudrais que nous consacrions notre réflexion et notre action cette année.
Signalons d'abord un paradoxe : Dieu que nous disons absolu (mot qui par définition signifie séparé, isolé, détaché) aime au contraire les liens. La Bible nous le montre : il a créé des alliances avec Abraham, Moïse... Il est relation. Il cherche la rencontre chaleureuse et affectueuse avec son peuple, avec chacun de nous. Son Fils Jésus est le témoin par excellence de l'attachement qu'il a envers nous. Dieu a un coeur qui bat pour nous.

Souvenons-nous de cela au cours de cette deuxième année sur l'écologie intégrale. Je vous propose à ce sujet trois pistes de réflexion et d'action : tout d'abord il me semble important de mettre en commun nos initiatives en matière d'écologie ; ensuite une attitude de bienveillance serait à développer dans notre société marquée par différentes formes de violence ; enfin l'écologie intégrale suppose une éducation à la paix.

Mettre en commun nos initiatives

Nous avons assisté au cours de l'année écoulée à une floraison d'initiatives en matière d'écologie intégrale : création d'un jardin Laudato si' ; animation dans les paroisses autour de l'exposition Laudato si' ; marche Laudato si’ ; efforts dans le tri sélectif... Plusieurs établissements scolaires catholiques ont développé des pédagogies autour de leur thème d'année Penser et panser l'environnement. D'une manière générale nous avons tous été attentifs à nos moyens de transport, à l'usage des photocopies, etc.
Nous avons essayé aussi, chacun à notre niveau, de faire entendre notre point de vue sur les lois de bioéthique, sur l'accueil des migrants, sur la prise en compte des plus pauvres. Même si nos appels sont souvent restés sourds, nous avons oeuvré du mieux que nous avons pu pour notre « maison commune ».
Le moment est venu de partager sur ce que nous avons entrepris. Je propose que lors des journées de réflexion pastorale, les 4 et 5 février 2022 nous mettions en commun nos belles initiatives.

L'écologie intégrale s'inscrit dans le projet créateur de Dieu. L'être humain, à travers tout ce qu'il fait, à travers ses oeuvres terrestres, aussi bien ses humbles tâches quotidiennes que ses réalisations grandioses, est appelé à participer à la Création de Dieu. Cela exige une qualité de présence et d'engagement, de justice et de solidarité. De même que Dieu est bon, nous devons avoir de la bonté pour les choses et les êtres qui nous entourent.

Une des conséquences de cette conviction est de se rappeler que l'écologie n'est pas seulement une sauvegarde pour empêcher que la détérioration de la planète, mais surtout un « prendre soin » des autres, en particulier des plus fragiles et des plus vulnérables. Développons au quotidien, la douceur, la confiance et la patience. Autant de vertus chrétiennes mettant en pratique la foi, l'espérance et la charité.

Une autre conséquence concerne le rôle de l'Église dans la société d'aujourd'hui. En écologie, elle n'est pas experte dans tous les domaines, mais elle a la capacité de réunir des personnes aux sensibilités et opinions diverses. Dans nos paroisses et nos services diocésains comment favorisons-nous la rencontre entre agriculteurs, commerçants et consommateurs, entre urbains et ruraux, entre chefs d'entreprises et responsables d’association… ? La formation fondamentale organisée dans chaque doyenné permettra d’approfondir la question de l’écologie.

Susciter le dialogue, c'est bien autre chose que déverser des jugements rapides et non fondés sur les réseaux sociaux. Il faut apprendre à s’écouter, laisser de côté les préjugés et les attitudes revanchardes.

Une autre proposition concrète serait de considérer l'écologie comme un art de la rencontre supposant la bénédiction (dire du bien de Dieu, des autres). Il semble nécessaire de susciter une spiritualité des gestes quotidiens : bénédiction de la table avant le repas, visite amicale de nos voisins, fête d'anniversaire, etc. Tout cela peut se traduire en attitude bienveillante.

Une attitude bienveillante

Dans la Bible, Dieu est présenté comme bienveillant. Nous pouvons percevoir combien la bienveillance du Christ est à l’origine de sa miséricorde : « Heureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7).

Bienveillance, bien vouloir, bien veiller, vouloir du bien… La bienveillance veut le bien de l’autre. Un sage chinois Lao Tseu disait : « Un mot prononcé avec bienveillance engendre la confiance, une pensée exprimée avec bienveillance la profondeur, un service accordé avec bienveillance l’amour. »

Gandhi disait aussi : « Choisis un bon terrain pour ta demeure. Choisis-le profond pour ton coeur. Choisis envers autrui la bienveillance. Choisis en paroles la vérité. »

Veiller au bien de l’autre implique une vigilance, une exigence personnelle de sollicitude.

La bienveillance est à l’origine du pardon mais aussi de l’accueil et du service. Elle suppose que l’on s’y exerce dans nos mots, dans nos pensées et dans nos services. Mettre en oeuvre une écologie intégrale passe par cette bienveillance.

Autrement dit, la vraie bienveillance s'accomplit dans la bienfaisance. Lorsqu'elle va jusqu'au don de soi, elle signifie que l'on est confronté aux grandes questions de l'existence : celle du bien, celle de la volonté. La bienveillance n'est pas une vertu que l'on posséderait en toute quiétude mais un vouloir. Parce que le visage de l'autre s'impose à moi, il me somme de sortir de mon égoïsme et en appelle à la responsabilité.

La bienveillance est un mouvement vers l'autre qui requiert gratuité, bonté, douceur.
Il est bon alors de rappeler ce que doit être le rôle de l'Église : annoncer la bonne nouvelle à tous les hommes et comme dit le concile Vatican II « continuer sous l'impulsion de l'Esprit consolateur, l'oeuvre même du Christ venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir et non pour être servi » (Gaudium et Spes n° 3).
Les chrétiens sont invités à regarder le monde contemporain avec bienveillance et à engager le dialogue avec ceux et celles qui ont une façon de voir différente de la leur.

À ce sujet, le bénéfice fondamental de la prière chrétienne est d'accorder le croyant aux sentiments du Christ Jésus. La prière de la communauté chrétienne est le lieu de l'éducation à la bienveillance.

On aurait beaucoup à développer l'admiration mutuelle dans nos paroisses au lieu de vivre dans la concurrence et la rivalité. La parabole du bon Samaritain peut nous éclairer. Les verbes de cette parabole sont importants parce qu’ils décrivent toutes les attitudes du « prendre soin » : s’arrêter, s’approcher, toucher la chair blessée, accompagner à l’auberge… Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

L’important est d’être à l’écoute des gens, de leurs cris, surtout lorsqu’ils sont perdus et sans repères. En équipe d’animation pastorale, en Conseil pastoral, c’est cette attention aux gens qu’il faut privilégier, en particulier envers ceux qui sont les plus fragiles et les plus vulnérables.
Toute paroisse doit développer cette fibre humanitaire. C’est l’affaire de tous. À l’image du Christ, soyons des samaritains !

Une éducation à la paix

L’attitude de bienveillance doit nous conduire à la paix. Être en paix avec soi-même, avec autrui, dans le respect de la nature et de l’environnement concerne la mise en oeuvre de l’écologie intégrale.

Ce qui me frappe et m’interroge dans l’actualité, c’est tout d’abord les violences qui se multiplient entre bandes d’adolescents, contre les policiers, contre des enseignants… Pour le bien de notre maison commune, il y a par conséquent urgence à faire une éducation à la paix. Quelles sont les causes de cette violence ? Comment canaliser cette violence ?

Ailleurs, au Rwanda, le Cardinal Antoine Kambanda, archevêque de Kigali, a pris la parole, il y a quelques semaines, en disant : « Nous avons appris à pardonner au voisin qui a tué nos proches. Nous savons combien ça coûte et combien c’est nécessaire de pardonner. » Le pardon est le moyen par excellence pour mettre fin à la spirale de la vengeance et à l’escalade de la violence.

Nous les chrétiens nous demandons souvent à Dieu la grâce de la paix. Dans les prières eucharistiques, par exemple la troisième : « Étends au monde entier le salut et la paix. » La paix est don de Dieu, mais elle a besoin de nos mains, de notre coeur, de notre intelligence de nos actions.

La paix est un fruit de l’Esprit Saint (cf. Ga 5), en bonne compagnie avec la patience, la bonté, la bienveillance, la douceur, la maîtrise de soi.
Trois pistes pour cette éducation à la Paix :

• C’est une éducation pour TOUS. Pas seulement pour les enfants et les jeunes. Dans la société aujourd’hui, il est beaucoup question d’insécurité. Comment passer de la sécurité à la paix ? Comment se pose la question de la paix dans la société actuelle ? Comment reconstruire un bien commun ? Quel message d’espérance à apporter ? Essayez en paroisse et dans vos services de répondre concrètement à toutes ces questions.

• On devrait porter attention à l’éducation à la paix en milieu éducatif, dans les établissements scolaires. Il existe des éléments proposés par les programmes. Il s’agit de faire la promotion de la non-violence. En particulier dans les zones sensibles. Pourquoi ne pas proposer dans le diocèse une école catholique qui prenne en charge l’appel à la paix ?

• Il faut aussi faire des propositions au sujet de l’éducation à la paix en milieu ecclésial. Qu’est-ce que les paroisses attendent au sujet de la paix ? Comment profiter de la créativité des paroisses à ce sujet ? Par exemple, des paroisses peuvent proposer des veillées de prière pour la paix. Et la célébration de la réconciliation reste un moment important.


Chers diocésains,

En terminant cette lettre, je voudrais évoquer Etty Hillesum, jeune femme juive. Quelques mois avant sa mort à Auschwitz, en 1943, elle s’exprimait ainsi : « Notre unique obligation morale, c’est de défricher en nous-mêmes de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche, jusqu’à ce que cette paix irradie vers les autres. Et plus il y a de paix dans les êtres, plus il y en aura aussi dans ce monde en ébullition » (Une vie bouleversée, seuil, p. 169).

Méditons cela cette année ! Lorsque notre coeur n’est pas pacifié, nous sommes vulnérables à toutes les forces de divisions, à toutes les spirales de peur et de violence qui agitent le monde. Tout ce qui n’est pas pacifié en nous donne prise au mal.

Nos actions dans le domaine écologique supposent un apaisement durable dans nos relations.

Que cette année 2021-2022 nous permettre d’approfondir la question de l’écologie intégrale, à partir d’attitudes spirituelles de bienveillance et de paix !

Bonne année pastorale à tous !

Agen, septembre 2021

+ Hubert HERBRETEAU, votre évêque


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