Méditation pour le Lundi Saint : Jésus livré pour nous
 
 
Voici quelques mots pour entrer dans la prière et pour vivre pleinement la Semaine Sainte.
 
 
 

Sans la Croix, l’événement de la Résurrection de Jésus est inconcevable. On peut dire que sans la Croix la Résurrection est vide. De même, sans la Résurrection la croix est privée de futur et d’espérance. Essayons de nous redire cela en commençant ce temps fort de la Semaine Sainte. Il s’agit de concevoir le Mystère pascal dans sa plénitude et dans son actualité permanente.

Plénitude. Le Mystère pascal comporte des éléments indissociables : Passion, mort, Résurrection, Ascension, Pentecôte. Dans le Christ passant à son Père et nous envoyant son Esprit, notre espérance est d’avance accomplie.

Actualité. Si tout est accompli dans le Christ, tout reste à faire en chacun de nous et dans toute l’humanité qui fait pèlerinage. Les temps difficiles de l’épidémie que nous traversons où règnent la maladie et la mort, nous le rappellent : notre espérance est-elle tournée vers l’avenir, activement tournée vers un avenir à construire ? Cette épidémie est en quelque sorte un dévoilement, une apocalypse. Et nous rêvons d’« un ciel nouveau et d’une terre nouvelle ». Dès aujourd’hui, il faut continuer à aimer la vie, toute la vie. À l’issue de cette crise sanitaire, il nous faudra revoir nos modes de vies, de relation, et entendre à nouveau la parole du Deutéronome : « Devant toi sont la vie et la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie » (Dt 30, 19).

Je vous propose en ce Lundi Saint de méditer sur le verbe livrer si présent dans le Nouveau Testament.

Jésus est livré aux adversaires : « Alors Judas Iscariote, l’un des Douze s’en alla auprès des grands prêtres pour le leur livrer » (Mt 14, 10). La trahison de l’amour livre Jésus. Le Sanhédrin, gardien et représentant de la loi livre le blasphémateur au représentant de César : « Et aussitôt, le matin, les grands prêtres préparèrent un conseil avec les anciens, les scribes et tout le Sanhédrin. Puis après l’avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate » (Mc 15, 1).
Pilate lui-même cède à la pression de la foule, excitée par ses chefs : « Après avoir fait flageller Jésus, il le leur livra pour être crucifié » (Mc 15, 15). Jésus est conduit à la mort, livré en raison de l’incompréhension, de la lâcheté, de la méchanceté et de la trahison des hommes. Jésus est livré injustement comme un malfaiteur. Comme une marchandise.

Jésus lui-même se livre. Si tout s’arrêtait là, la mort de Jésus serait l’une des nombreuses morts injustes de l’histoire, où un innocent tombe à cause de l’injustice du monde. Mais tout ne s’arrête pas là. La communauté chrétienne naissante, à la lumière de l’expérience pascale, sait qu’il n’en va pas ainsi pour Jésus. Jésus est livré, mais Jésus se livre à son Père par amour pour nous. Cette « livraison » a toute la densité d’une offrande douloureuse.
Saint Paul l’exprime : « Cette vie dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2, 20). « Suivez la voie de l’amour, à l’exemple du Christ qui vous a aimés et s’est livré pour vous, s’offrant à Dieu en sacrifice d’agréable odeur » (Ep 5, 2).
On peut faire le lien avec une des dernières paroles de Jésus : « Père en tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23, 46) « Et inclinant la tête il livra l’esprit » (Jn 19, 30).
Par cette « livraison », le crucifié prend sur lui le poids de la douleur et du péché passé, présent et futur du monde.
Nous pouvons prier avec la strophe n°2 du chant Ne descends pas dans le jardin : C’est la supplication de Pierre adressée à Jésus (Mt 16, 21-22). « Ne laisse pas lier tes mains, Oh ! Jésus / Ne laisse pas lier tes mains sans dire un mot ! » Et le Christ répond : « Si je ne laisse pas lier mes mains comme un voleur / Qui donc pourra détruire les prisons dont vous souffrez ? / Je laisserai lier mes mains comme un voleur. »

Le Père livre le Fils C’est la troisième manière de réfléchir au mot « livrer ». Mot qui est repris dans les prières eucharistiques : « La nuit qu’il fut livré » (P.E III). Comprenons bien cette expression ! Ne voyons pas là l’image d’un Père sadique qui envoie son Fils à la mort, mais plutôt l’amour infini, inouï de Dieu. Saint Paul l’exprime bien dans la lettre aux Romains : « Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous accordera-t-il pas toute sa faveur ? » (Rm 8, 32).
Le propre du Père dans le mystère pascal n’est pas de vouloir la mort de Jésus, c’est de lui rendre la vie en le ressuscitant. C’est dans cette « livraison » que le Père fait de son propre Fils que se révèle la profondeur de son amour pour les hommes.
La croix révèle que Dieu est amour. La souffrance du Père n’est que l’autre nom de son amour infini. Elle correspond à celle du Fils crucifié.

Quelques pistes pour la prière

• Après le grand discours de Pierre qui rappelle la mort et la résurrection de Jésus, les auditeurs « eurent le cœur transpercé » (Ac 2, 37). Pour nous aider à méditer le récit de la Passion et de la résurrection de Jésus, voici un texte d’un théologien : « Auditeurs et lecteurs modernes du récit, aurons-nous à notre tour “le cœur transpercé” ? (…) Qui pourrait ne être pas touché ? Cette victoire de l’amour sur la violence et la haine est un témoignage rendu à la justice et à la vérité. En termes modernes familiers, avoir le “cœur transpercé”, c’est “craquer”. Craquer, c’est accepter une brisure en nous-mêmes et renoncer à toutes nos défenses, nos résistances et nos blindages. Craquer reprend le sens du vieux mot de contrition qui exprime l’état de celui qui est brisé et broyé. » (Bernard Sesboüé, Croire, Droguet et Ardant, (p. 285).

• Nous pouvons regarder une représentation du « Christ aux liens ». Que pouvons-nous faire aujourd’hui pour libérer le Christ de ces liens ? Que pouvons-nous faire pour travailler à ce que tout être humain soit respecté dans sa dignité ?


Mgr Hubert Herbreteau


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