Message de Noël et du Nouvel An de Monseigneur Herbreteau
 
 
 
 
 
La fin d’année 2018 a été marquée par des revendications de toutes sortes. Des gens sont allés dans la rue pour crier haut et fort qu’ils n’ont pas le minimum pour vivre. Des accès croissants de violence sont apparus. C’est dans ce contexte de tension que nous préparons la fête de Noël et les fêtes du Nouvel An. Des fêtes qui habituellement nous font rêver de paix, de justice, de bonté et de fraternité.
 
Pourrons-nous passer les fêtes avec un cœur apaisé ? Pouvons-nous envisager l’année 2019 sous un meilleur jour et en finir avec la grisaille et les pesanteurs du quotidien ?
 
L’Église qui est en Lot et Garonne se veut proche des plus fragiles et des plus vulnérables. Elle sait les difficultés de ceux qui ont dû quitter leur pays pour venir chez nous. Elle entend les souffrances de ceux qui n’ont pas la tendresse nécessaire pour vivre. Elle compatit à la peine de ceux qui ont perdu un être cher.
 
L’Église veut communiquer un message de réconfort et résolument optimiste au risque de paraître naïve et loin des préoccupations concrètes des gens. Sa mission est de montrer sa solidarité en paroles et en actes avec les exclus et les plus démunis. Quel sera le type d’action qui va s’imposer à chacun de nous, croyant ou incroyant, dans l’année qui vient ? Ce sera la mise en œuvre consciente du respect, du souci, de la tendresse, de la cordialité et de la convivialité ?
 
Dans ce sens, nous pouvons pressentir et espérer, dans le clair–obscur de la situation actuelle, le début d’un autre monde où la relation à autrui et à la nature sera respectée. Peut-être faudraitil réhabiliter la notion d’innocence. Innocence est un mot simple et radieux. C'est la disposition du fond du cœur qui ne menace personne, qui ne se pose jamais en concurrent et qui suppose
un certain détachement de soi. Un cœur avide au contraire n'est point inoffensif.
 
L'innocence est une vertu des sommets comme le chante si bien le psaume 23 : « Qui montera à la montagne du Seigneur ? Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur. » Dieu lui-même est innocence, bonté sans calcul, sans limites. Dieu a des yeux d'enfant. Il cherche des yeux semblables pour y plonger les siens. Pour être vraiment unis au Christ il faut avoir le même regard que lui.
 
Lorsque, pour la première fois dans l’histoire, à Greccio, il fit représenter la crèche vivante, François d’Assise explique ce qu’est l’innocence de Dieu : « Je veux évoquer le souvenir de l’enfant qui naquit à Bethléem et de tous les désagréments qu’il endura dès son enfance : je veux le voir de mes yeux de chair, tel qu’il était, couché dans une mangeoire et dormant sur le foin, entre un bœuf et un âne » Pour François d’Assise l’innocence suppose la pauvreté, la joie parfaite, la réconciliation avec le monde qui l'entoure.
 
Et si nous développions nous aussi cette même innocence au cours de la nouvelle année ?
 
Agen, le 27 novembre 2018
 
Hubert Herbreteau