Lettre pastorale de Mgr Hubert Herbreteau, septembre 2018
 
 
Transmettre la bonne nouvelle aujourd'hui
Treizième lettre pastorale.
 
 
 

Chers diocésains,

Le 10 juin 2018, nous avons vécu un moment de grande ferveur avec la béatification de la Bienheureuse Adèle de Batz. Après cette magnifique célébration, il nous reste à recueillir de nombreux fruits spirituels pour notre diocèse.

En son temps, à une époque où le christianisme ne semblait plus disposer des ressources et des énergies suffisantes pour se renouveler, Adèle a contribué, avec beaucoup d’autres chrétiens, à surmonter la vague de déchristianisation qui secouait la France, après la Révolution.

Je suis convaincu que nous recevons d’elle aujourd’hui le courage et l’énergie nécessaires pour communiquer au plus grand nombre la Bonne Nouvelle du Christ. La Bienheureuse Adèle peut nous encourager dans une vie chrétienne davantage enracinée dans la prière quotidienne et orientée vers le service des plus pauvres.

Adèle a eu le souci de transmettre sa foi avec générosité et enthousiasme. À sa suite, que pouvons nous transmettre autour de nous de notre amour du Christ ? Je propose que cette année nous réfléchissions sur la transmission de cette Bonne Nouvelle. Je vous invite à mettre en œuvre quelques orientations pastorales.

La transmission concerne nos relations

Nous constatons aujourd'hui une difficulté à transmettre. Toutes les institutions, y compris l'Église, sont traversées par cette difficulté. Pourtant l'Église possède comme un véritable trésor de ressources spirituelles à exploiter et à faire connaître. L'Église a une faculté étonnante pour se renouveler et s'adapter.

Le plus important dans la transmission concerne le lien qui se forge entre les êtres, le lien qui se joue entre celui qui donne et celui qui reçoit. On ne transmet que ce que l'on a vécu pleinement soi-même. N'oublions pas l'exhortation de Paul à son disciple Tite : « Toi-même, sois un modèle par ta façon de bien agir, par un enseignement sans défaut et digne de respect… » (Tt 2, 7).

L’expérience de la transmission porte du fruit à condition qu'elle se conjugue avec des relations faites de gratuité, de réciprocité et d'accueil de l'autre dans sa différence. Il s'agit de donner, de recevoir et de redonner. La convivialité autour d’un repas, l’amitié, le bonheur d’être ensemble, toutes ces attitudes sont à développer dans nos paroisses.

Ce qui complexifie la transmission d'une génération à une autre aujourd'hui, ce sont six mutations majeures de notre société.

• Pour la première fois depuis quatre siècles, les Occidentaux ne sont plus le centre du monde, alors qu'ils ont dominé jusque-là sur le plan politique, militaire, technologique, intellectuel.

• Ensuite l'économie de marché est devenue folle avec la mondialisation. • Il faut ajouter le numérique qui a transformé notre relation à la culture, à la mémoire, et à la politique. • Notre avenir écologique est angoissant.

• La question des migrants reste préoccupante.

• Enfin la mutation génétique ouvre d'énormes possibilités. Désormais les humains peuvent agir sur la procréation et la vie. Les questions suscitées par les États généraux de bioéthique ont été débattues dans notre diocèse et nous avons exprimé nos convictions à la lumière de la Doctrine sociale de l’Église.

Toutes les mutations actuelles sont porteuses de promesses mais aussi de menaces. Comment conjurer les menaces et faire advenir les promesses ? Nous sommes devant nos responsabilités de citoyens, de parents, de conjoint. Je vous invite à réfléchir en paroisse sur ces six grandes mutations.

La transmission suppose un acte de foi

Faire advenir un monde plus humain suppose un parti pris d’espérance, une confiance en l’avenir et un acte de foi en la vie. Pour nous chrétiens, la transmission demande que l’on réfléchisse à cet acte humain fondamental qu’est la foi en Jésus le Christ.

Croire en Jésus Christ nous procure la joie. Même si cela ne va pas toujours de soi, il y a un réel bonheur à connaître le Christ, à le prier, à vouloir prendre sa forme de vie telle qu’elle est rapportée par les évangiles. Ceux-ci offrent de nombreux récits où cette joie est mentionnée. C'est la joie de celui qui a trouvé un trésor dans son champ. C'est la joie des Béatitudes : « Heureux ceux qui... » C'est la joie des apôtres à la résurrection.

Cette joie naît lorsque que nous creusons en nous le désir de Dieu. Une vie trop encombrée par la consommation, les préoccupations immédiates, les attitudes superficielles aura bien du mal à développer l'attitude joyeuse.
Dans les épreuves, les situations de crise, le doute, la découverte progressive du Christ apporte le bonheur.

La joie de croire a besoin alors de s'exprimer, de se dire, de se partager. Une foi qui ne se dirait pas risquerait de s'étouffer. Mais comment faire ce partage ? Dans quels lieux ? À quels moments ? C’est évident, la parole de foi de l'autre éclaire ma propre vie. C’est heureux d’entendre quelqu’un faire cet aveu à un ami : « Par rapport à la foi, moi je n'en suis pas là, mais je suis content que tu dises cela, ça m'éclaire ! » Sans doute faut-il une certaine connivence avec l'autre pour oser parler du Christ.

La foi est souvent en débat dans nos groupes chrétiens. Mais le dynamisme pour témoigner de sa foi à l'extérieur, au cœur du monde, naît d'une véritable expérience de partage de foi dans la communauté chrétienne.
Nous recevons notre foi des autres. Nous avons à prendre conscience et à nous réjouir de tout ce que nous avons reçu des générations précédentes, de la Tradition de l’Église.

En paroisse, dans nos groupes de prière, dans nos associations d’aide aux plus défavorisés, la diversité des âges, des cheminements, des sensibilités est une chance. De quelle manière ? Comment les autres nous aident-ils dans l'expérience de la foi ? Comment nous aident-ils à nommer ce que nous vivons ? Pouvons-nous échanger sur ce que nous ont transmis de la foi nos parents, nos amis ? Comment transmettre la joie de croire ?

La transmission passe par des témoins

Le partage de foi demande que l'on réfléchisse sur les conditions du témoignage. Qu'est-ce que je peux dire à d'autres de ma foi ? Comment être authentique ? Quels sont les témoins qui retiennent mon attention et qui me stimulent dans ma vie chrétienne ?

Nous vivons une période de crise de la transmission de la foi. Une crise, c'est comme une perte d'équilibre. C'est comme sauter d'un rocher à un autre, au bord de la mer. Mais vivre cette perte d'équilibre n'est pas forcément négatif. Il s'agit de se risquer pour trouver un autre équilibre, pour avancer et trouver une nouvelle stabilité.

Il nous est demandé aujourd'hui de vivre autrement l'histoire, d'habiter autrement la terre. Cette crise a donc une signification spirituelle. Il y a une manière biblique de lire les événements. À travers l'épreuve, se vit souvent une expérience de Dieu. La crise peut devenir l'occasion d'un progrès spirituel, d'une conversion.

La foi au quotidien, c'est découvrir que l'horizon évangélique, ce n'est pas la recherche de perfection, mais le bonheur d'être aimé de Dieu. Il faut aller au sens premier de la foi qui est la confiance. Il s'agit de vivre sans perdre pied et de continuer la marche.

Quand nous parlons de proposer la foi dans la société actuelle, il ne faut jamais oublier que nous avons d’abord à nous laisser évangéliser.

Le partage de foi, c'est aussi faire un travail d'intelligence de la foi. Rendre compte à d'autres de notre foi, « avec douceur et patience » (1 P 3, 15), cela suppose formation, approfondissement de la foi, meilleure connaissance de la Bible, parole cohérente sur le Christ, découverte de l'histoire de l'Église... N’oublions pas que Dieu ne se prouve pas mais s'éprouve. Il s'agit d'une expérience personnelle. En ce sens le partage sera toujours un peu difficile. Comment exprimer à d'autres notre expérience spirituelle ?

À toutes les époques, et de façons fort diverses, les croyants se sont sentis responsables de communiquer leur foi. Mais la parole a besoin d'être accompagnée de gestes concrets, d'actions, de rites. De la même manière que dans la vie quotidienne, il ne suffit pas de se dire des « je t'aime », il faut aussi manifester des signes d'affection et de délicatesse. Il en va de la qualité de l'amour.

En catéchèse, dans les groupes de préparation à la Confirmation, en aumônerie, dans la démarche du catéchuménat, au sein des groupes d’Action catholique…, nous faisons appel à témoins. Pourquoi ? Que demandons-nous à ces témoins ? En lien avec le synode des évêques sur les jeunes, comment développer une culture de l’appel (cf. lettre pastorale de septembre 2017) ?

La transmission à la lumière de l’Écriture

Au cours de cette année, il nous faudra sans doute revenir sur deux passages de la Première lettre aux Corinthiens.

En 1 Co 11, Paul rappelle le dernier repas de Jésus et l’institution de l’eucharistie. Il met en garde les Corinthiens au sujet de l’authenticité du partage eucharistique. Que serait ce partage s’il n’y avait pas en même temps le souci des plus pauvres et des plus vulnérables, des exclus, des laissés pour compte ? En 1 Co 15, Paul rappelle le cœur de la foi, le Credo. Ce qu’il a reçu vient des premiers disciples qui ont marché avec Jésus sur les routes de Palestine. Dans ces deux passages, Paul met en valeur l’acte de transmission : « Je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu ». Il prend appui sur la spiritualité du judaïsme avec des verbes comme recevoir, garder, transmettre (cf. le Shema Israël en Dt 6, 4-9).

Dans la Lettre aux Romains, saint Paul insiste sur la foi qui naît de l’écoute de la Parole de Dieu : « Ainsi la foi vient de la prédication et la prédication, c’est l’annonce de la parole du Christ » (Rm 10, 17).

La Parole de Dieu est tantôt « douce comme le miel » (Ez 2, 3) et « tranchante comme le glaive » (He 4, 12 ). Ce n'est pas un texte dormant dans un livre ou un texte fossilisé. Ce n'est pas non plus un recueil de bonnes pensées. Cette Parole vient de Dieu. Je la rumine, j'en deviens familier. C'est une parole qui m’est adressée au moment où peut-être j’allais m’égarer, me laisser aller à la paresse ou à des futilités.

La Parole de Dieu est, certains jours, comme une pluie qui féconde la terre desséchée. Elle pacifie, elle fait du bien. À d'autres moments, elle dévoile des résistances. Elle appelle à la conversion. Elle me révèle pécheur. Seigneur, que ta volonté soit faite !

Chers diocésains,

La Bonne Nouvelle de l’Évangile nous situe devant de nombreux défis. Pour la transmettre à ceux qui nous entourent et aux générations futures, nous devons nous doter de projets pastoraux audacieux. Nous devons parfois accepter que nos initiatives soient inefficaces, inopérantes, mal ajustées. Nous n’avons pas la maîtrise de tout : « Le vent souffle où il veut, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va » (Jn 3, 8). Au début de cette année pastorale, prenons le temps de remettre dans les mains de Dieu la tâche d’évangélisation.

Bonne année pastorale à tous !

Agen, septembre 2018

+ Hubert HERBRETEAU, votre évêque

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