Exposition photographique de 11 Pietà du diocèse à Notre Dame de Peyragude, juillet-août 2007
 
 
 
 
 

La commission Patrimoine, Culture et Foi a organisé une exposition photographique de 11 Pietà du Lot-et-Garonne du 1er juillet au 31 août à Notre Dame de Peyragude à Penne d'Agenais. Entrée libre

Nous vous proposons de découvrir ci-dessous des extraits du commentaire fait par Mme Costes, membre de cette commission, à l'occasion de cette manifestation culturelle.

(...) « Une Pietà nous montre Marie rencontrant la chair de sa chair. Que peut signifier ce couple tragique ? Et, tout d'abord, quelle est son origine ?

Seul Jean indique la présence de Marie lors de la passion et son récit fait se succéder la descente de croix puis l'ensevelissement, sans transition. Il s'agit d'une narration.

Avec une Pietà nous sommes dans un tout autre registre : c'est une image de dévotion intemporelle. Statique, elle ne raconte pas : elle donne à voir. Elle rejoint l'expérience personnelle de chacun. Elle vise à faire entrer dans une émotion, voire une contemplation. « La Vierge de Pitié est une fleur du mysticisme de la fin du Moyen-Âge » nous dit Louis Réau (iconographie de l'art chrétien).

La Pietà naît au XIVe dans la région rhénane, sans doute dans des monastères féminins où l'on cultive une grande dévotion envers le Christ souffrant, « Homme de douleur », et envers sa mère, « Vierge de miséricorde », en allemand, on appelle une Pietà « Versperbild », ce qui signifie « image des vêpres ». Pendant l'office des vêpres, on médite les scènes de la Passion, qui sont souvent peintes sur les murs des églises (par exemple, dans l'église Sainte-Quitterie de Massels dans notre département au XVe). (...)

La Pietà est née de l'imagination mystique, transcrite dans des œuvres d'art. Elle ne provient pas d'un pouvoir établi, religieux ou politique, mais du milieu monacal. Elle répond aux attentes de son temps.

Née en Allemagne, la Vierge de la Pitié va rapidement se repandre en Europe. On peut voir une des premières Pietà dans la cathédrale de Naumburg, en Saxe. Elle est en pierre et date de 1320. En France, à la Chartreuse de Champnol, près de Dijon, elle date de 1388. En Italie, sa production sera plus tardive et moins populaire. Nous ne citerons que celle de Michel-Ange, sculptée à Rome en 1496, sur commande d'un cardinal français.

On trouve bientôt des Pietà dans les manuscrits - par exemple dans les Très Belles Heures de Notre Dame, appartenant au duc de Berry - et sur les vitraux, d'abord en Bourgogne, puis à la cathédrale d'Évreux vers 1430. (...)

Le département des Landes dénombre actuellement quatre Pietà, dont une sculptée en pierre. Elles sont plus nombreuses en Lot-et-Garonne. Cette exposition de photographies présente onze sculptures dont l'ancienneté a été reconnue par le Service des Monuments Historiques et par le Service de l'Inventaire du Patrimoine. » (...)

Cette exposition photographique nous montre « onze œuvres sculptées en bois qui ont été recouvertes de peintures polychrome et, parfois, de dorure. Plus ou moins bien conservées, elles ont été repeintes de façon maladroite, ou même outrancière. Les spécialistes les ont estimées appartenir au XVe pour les plus anciennes et au XVIe ou XVIIe pour les autres sans pouvoir donner une datation précise puisque l'on ne sait rien, ni de leur auteur, ni de leur provenance. (...)

Le personnage de Marie

Son attitude est révélatrice. Elle est toujours assise bien droite, et même raide. Une grande dignité se dégage du visage, où le regard est direct. C'est la position de celui qui a autorité, qui peut recevoir un hommage. L'ampleur de ses genoux, parfois, rappelle certaines vierges romanes auvergnates. Il semble que le Crucifié soit venu remplacer l'enfant : Marie le présente, dans l'un et l'autre et l'autre cas, sans le regarder. Il en est ainsi pour plusieurs de ces statues. (...)

Le vêtement : Marie porte le voile, et même un grand voile. Est-ce le signe du deuil ? ou du mariage ? Le costume ample enveloppe le corps, suggérant la féminité mais sans rien révéler. La guimpe encadre le visage, protégeant même le cou et le front, pourtant considéré à la fin du Moyen-Âge comme un attrait essentiel. Nous ne voyons pas les cheveux, alors qu'ils encadrent, si souvent bouclés, le visage des vierges à l'enfant du XVIe siècle.

Nous avons l'impression de voir une religieuse. Ceci confirme l'origine monacale de ce nouveau type iconographique. Mais cela peut aussi nous révéler, dans l'imaginaire de ce milieu, une identification entre Marie et moniale. Marie immaculée est dans l'intimité de Dieu : elle est un modèle parfait. La sainteté n'est possible que dans la vie monastique, où l'on peut vivre comme Marie, dans la chasteté, la pauvreté et l'obéissance. Les visages de ces Pietà sont lisses, sans émotion visible, sans pleurs. Elles sont tendues vers l'invisible, obéissantes c'est-à-dire à l'écoute de la volonté divine, renouvelant le « Fiat » initial. Elles témoignent de la vie mystique.

Marie, animée et habitée par l'Esprit-Saint, est devenue très vite la métaphore de l'Église. Dans certaines Pietà, Marie présente le corps du Christ, comme l'Église présente l'Eucharistie. On peut voir dans ces mains jointes, avec un intense recueillement au-dessus du corps qui a été sacrifié, l'image du prêtre qui récite la prière eucharistique au-dessus du pain et du vin consacrés. (...)

Marie a été aussi une simple maman : elle a connu toutes les émotions, les joies comme les difficultés. (...) L'artiste a voulu souligner la douleur de Marie : véritablement égarée, submergée par le flot des souvenirs heureux, elle se croit en train de bercer son enfant. La Vierge est alors représentée avec un visage très juvénile. La maternité est reconnue comme une valeur. (...)

Le corps du Christ

Dans la plupart des statues, c'est bien un cadavre qui nous est présenté, avec réalisme. La tête est rejetée en arrière, les plaies sont sanglantes, le corps est rigide, parfois, en véritable arc de cercle ou en torsion. L'horreur de supplice de Jésus doit provoquer la compassion et l'amour du Rédempteur. Dans les deux Pietà du XVIIe siècle, le corps de jésus, glisse des genoux de Marie ou même se retrouve à ses pieds. Dans les deux cas, il ne s'agit plus d'un cadavre repoussant mais d'un corps harmonieux. Marie est en contact avec lui, elle le ragarde et le touche.

Dans l'une, le corps de Jésus se présente entre les genoux de Marie, sa tête appuyée sur son sein. Son visage est serein, il semble même ébaucher un sourire. Marie ouvre les bras pour nous présenter son fils, tout en soutenant sa main gauche. Dans un autre cas, elle s'apprête à le recouvrir du linceul, après un dernier regard.

L'ensemble insiste plus sur la vie que sur la mort : ne veut-on pas nous faire comprendre que la mort est un passage, une nouvelle naissance et que Marie est la nouvelle Ève, celle qui met au monde le Premier-Né de la création ? »

Voici la liste des photographies représentant les Pietà dans notre diocèse que nous vous invitons à découvrir à Notre Dame de Peyragude :

Pietà - église Saint-Louis à Lamontjoie - n° 1
Pietà - église Saint-Martin à Perricard (Fumélois) - n° 2
Pietà - église de Saint-Martial à Cancon - n° 3
Pietà - église de Saint-Hilaire à Agen - n° 4
Pietà - église Saint-Sulpice à Villeneuve sur Lot - n° 5
Pietà d'Aubiac au Musée des Beaux-Arts à Agen - N° 6
Pietà - église Notre Dame à Puymiclan - n° 7
Pietà - église Saint-Michel à Bonaguil - n° 8
Pietà - église Notre Dame à Fourques sur Garonne - n° 9
Pietà - église Saint-Julien à Fargues sur Ourbise - n° 10
Pietà - église Saint-Sulpice à Sénestis - n° 11