3ème Catéchèse de Mgr Herbreteau à Notre-Dame de Peyragude, le 14 août 2006
 
 
 
 
 

Avec Marie, soyons lumière auprès de nos amis dans notre société !

Au cours de ce temps de catéchèse, je voudrais vous parler d'une forme de prière qui a parfois été méprisée : la récitation du chapelet. On a pensé, à tort, qu'elle était réservée à des religieuses ou à de vieilles femmes. On a critiqué le risque du « moulin à prières ». Le Pape Paul VI, lui-même, a bien montré comment on pouvait facilement dénaturer cette forme de prière :

« Sans la contemplation, le Rosaire est un corps sans âme, et sa récitation court le danger de devenir une répétition mécanique de formules et d'agir à l'encontre de l'avertissement de Jésus : « Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens ; ils s'imaginent qu'en parlant beaucoup, ils se feront mieux écouter » (Mt 6, 7). Par nature, la récitation du Rosaire exige que le rythme soit calme et que l'on prenne son temps, afin que la personne qui s'y livre puisse mieux méditer les mystères de la vie du Seigneur, vus à travers le cœur de Celle qui fut la plus proche du Seigneur, et qu'ainsi s'en dégagent les insondables richesses » ( Paul VI, Exhortation apostolique Marialis cultus, 2 février 1974, n° 47). 

Je vous propose une réflexion en trois temps :

  • un peu d'histoire sur l'origine du chapelet, du rosaire 
  • quelques mots sur  le rosaire,  prière contemplative
  • enfin, en restant dans le thème de la lumière, une présentation brève des mystères lumineux.

1. - Un peu d'histoire

L'apparition de l'ave maria

Les paroles de l'Ange à Marie, à l'annonciation et celle d'Élisabeth à la visitation sont entrées très tôt dans la liturgie, mais c'est au 9e  siècle que la tradition de l'Ave Maria s'est fort répandue.  Une hymne grecque, ponctuée par l'acclamation: « Salut, épouse inépousée », eut en effet beaucoup de succès.  Chaque strophe de cette hymne comprenait 12 vers commençant par : « Salut »  et invoquant Marie sous différents titres : mère de l'étoile sans déclin, soleil de joie mystique... C'était en quelque sorte les premières litanies de la Vierge.

Aux 10e et 11e siècles sont nés d'autres chants comme : Ave Maris stella, Salve regina et Alma redemptoris mater. La présence de l'Ave est de plus en plus fréquente.

Dans les monastères, se répand la coutume du psautier de la vierge. Pour ceux qui ne savent ou qui ne peuvent chanter les 150 psaumes, il est proposé de dire cent cinquante fois : « Je vous salue Marie, pleine de grâce », accompagné d'une génuflexion et du « Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit ». Ce n'est qu'à la fin du 11e siècle qu'on ajoute la salutation d'Élisabeth : « Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de tes entrailles est béni. » Enfin au 14e siècle, sera ajoutée la supplication : « Sainte Marie Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs. »

Qu'est ce que le chapelet ?

Le chapelet, au sens précis du mot, c'est un petit chapeau. C'est une couronne. Au Moyen Age, on avait l'habitude de couronner les statues de Marie d'une couronne de roses (d'où le mot rosaire), chaque rose correspondant à une prière.

Le chapelet est donc un collier de grains pour prier Marie. Il y a cinq dizaines, chacune étant précédée d'un grain séparé (pour dire le Notre Père).

Qu'est ce que le Rosaire ?

C'est une couronne de roses pour Marie. En récitant quatre chapelets, on parcourt tous les mystères de la vie du Christ : les mystères joyeux, les mystères douloureux, les mystères glorieux, et les mystères lumineux (ces derniers ont été introduits à la demande du pape Jean-Paul II. Comme il est difficile à certaines personnes de dire ces chapelets (de cinq dizaines chacun) dans une même journée, l'Église propose de méditer les lundi et samedi les mystères joyeux, les mardis et vendredi, les mystères douloureux,  les jeudis, les mystères lumineux, les mercredis et dimanche les mystères glorieux.

2. - Le rosaire, prière contemplative

Le pape Jean-Paul II, dans sa lettre apostolique Rosarium Virginis Mariæ, le 16 octobre 2002, a encouragé les chrétiens à développer la prière du Rosaire. « Avec cette prière, le peuple chrétien se met à l'école de Marie, pour se laisser introduire dans la contemplation de la beauté du visage du Christ et dans l'expérience de la profondeur de son amour » (n°1).

Le pape a voulu se situer dans la même perspective que ses prédécesseurs : Léon XIII, en 1883, Jean XXIII, en 1961 et Paul VI « qui souligna, en harmonie avec l'inspiration du Concile Vatican II, le caractère évangélique du Rosaire et son orientation christologique » (n°2).

Jean-Paul II  disait que le Rosaire l'avait accompagné depuis ses plus jeunes années, dans les temps de joie et dans les temps d'épreuve. Il lui a confié de nombreuses préoccupations. Dans cette prière, il a trouvé le réconfort. Voici ce qu'il affirmait  au début de son Pontificat :

« Le 29 octobre 1978, deux semaines à peine après mon élection au Siège de Pierre, laissant entrevoir quelque chose de mon âme, je m'exprimais ainsi : Le Rosaire est ma prière préférée. C'est une prière merveilleuse. Merveilleuse de simplicité et de profondeur (...). On peut dire que le Rosaire est, d'une certaine manière, une prière commentaire du dernier chapitre de la Constitution Lumen Gentium du deuxième Concile du Vatican, chapitre qui traite de l'admirable présence de la Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l'Église. (...). En même temps, nous pouvons rassembler dans ces dizaines du Rosaire tous les événements de notre vie individuelle ou familiale, de la vie de notre pays, de l'Église, de l'humanité, c'est-à-dire nos événements personnels ou ceux de notre prochain, et en particulier de ceux qui nous sont le plus proches, qui nous tiennent le plus à cœur. C'est ainsi que la simple prière du Rosaire s'écoule au rythme de la vie humaine » (n°2).

Dans sa lettre apostolique le pape insiste ensuite sur plusieurs points :

La pratique du Rosaire constitue un moyen pour favoriser chez les fidèles l'engagement de contemplation du mystère chrétien. « Il est plus que jamais urgent que nos communautés chrétiennes deviennent d'authentiques écoles de prière. » (n° 5)

Redécouvrir la prière du Rosaire, c'est ensuite implorer de Dieu le don de la Paix. «  Redécouvrir le Rosaire signifie s'immerger dans la contemplation du mystère de Celui qui est notre paix, ayant fait « de deux peuples un seul, détruisant la barrière qui les séparait, c'est-à-dire la haine » (Ep 2, 14). On ne peut donc réciter le Rosaire sans se sentir entraîné dans un engagement précis au service de la paix, avec une attention particulière envers la terre de Jésus, encore si éprouvée, et particulièrement chère au cœur des chrétiens » (n° 6).

Ensuite,  le pape invite à prier pour la famille. « Dans le cadre plus large de la pastorale familiale, le renouveau du Rosaire dans les familles chrétiennes se propose comme une aide efficace pour endiguer les effets dévastateurs de la crise actuelle » (n° 6).

Comment réciter le chapelet ? De manière contemplative, avec le regard même de Marie. Ce regard, « toujours riche d'un étonnement d'adoration ». Regard interrogatif lorsque Jésus est perdu dans le temple, regard pénétrant, comme à Cana, regard douloureux au pied de la croix, regard radieux en raison de la joie de la résurrection, regard ardent à la Pentecôte.

Ce sont les souvenirs de Marie qui, en un sens, ont constitué le Rosaire. Mais la contemplation de Marie est plus qu'un souvenir, c'est un mémorial qui rend présentes les œuvres accomplies par Dieu dans l'histoire du Salut.

Le pape donne quelques indications pratiques pour réciter le chapelet. À chaque dizaine, on commence par énoncer le mystère que l'on va méditer (par exemple, l'Annonciation). Ce n'est pas seulement un titre, mais c'est en quelque sorte planter le décor, évoquer la scène évangélique. Les méthodes utilisées dans l'Église, à ce sujet, consistent à faire appel à l'imagination (cf. la composition du lieu, chez Saint Ignace de Loyola). Et cela, dans la logique même de l'incarnation : en Jésus, Dieu a voulu prendre des traits humains.

Vient ensuite la proclamation du passage des évangiles qui correspond à ce mystère. La Parole de Dieu « doit être écoutée avec la certitude qu'elle est Parole de Dieu, prononcée pour aujourd'hui et « pour moi »» (n°30)

Il est possible de faire un bref commentaire, de formuler une demande. Puis commence la prière vocale, toujours introduite par un Notre Père.  « En chacun de ses mystères, Jésus nous conduit vers le Père (...) C'est en rapport avec le Père qu'il fait de nous ses frères et qu'il nous fait frères les unes des autres, en nous communiquant l'Esprit sui est tout à la fois son Esprit et l'Esprit du Père » (n° 32).

Les dix Je vous salue Marie forment l'élément le plus consistant du Rosaire. Chaque Je vous salue Marie comporte deux parties. À la fin de la première partie est prononcé le nom de Jésus : « Et Jésus le fruit de vos entrailles est béni ». C'est le centre de gravité de la prière. Pour ne pas le prononcer à la hâte, il est possible comme le conseillait Paul VI, et que Jean-Paul II confirme,  « de donner du relief au nom du Christ, en ajoutant une clausule évocatrice du mystère que l'on est en train de méditer » (n° 33).

Enfin la dizaine se termine par un Gloria Patri et filio et spiritui sancto bien mis en relief. Il peut être chanté. Chaque mystère s'achève par une oraison destinée à obtenir les fruits spécifiques de la méditation de ce mystère.

3. - Les mystères lumineux

Je voudrais ajouter quelques réflexions sur les mystères lumineux. C'est tout le mystère du Christ qui est lumière. Jésus est la lumière du monde  (Jn 8, 12).

Le baptême de Jésus (Mt 3, 13-17).

C'est un mystère de lumière. La voix du Père se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». L'Esprit descend sur lui pour l'investir de la mission qui l'attend. Le baptême, avec Jésus mort et ressuscité, devient une réalité nouvelle. Il garde bien la signification d'une conversion, mais désormais le baptême est plongeon dans la Pâque du Christ. Le chrétien reçoit la lumière du Christ. Dans les premiers siècles, le baptême était appelé « illumination ».

Demandons-nous : « Quelle mission me donne le baptême et la Confirmation, dans l'Église et dans le monde ? À quoi cela m'engage-t-il ?

Les noces de Cana (Jn 2, 1-11).

C'est un mystère de lumière. Par le signe qu'il pose, Jésus signifie la venue des temps nouveaux. Marie est associée à cet événement joyeux. C'est bien de noces qu'il s'agit, de la fête célébrant l'amour d'un homme et d'une femme. C'est bien la création dans son caractère jubilatoire qui s'annonce ici. Marie participe à cette humanité joyeuse. Le cœur des disciples s'ouvre : « Ils crurent en Lui ».

Demandons-nous : Comment j'exprime, au quotidien, ma joie de croire ?

La prédication du Royaume (Mc 1, 1-15).

C'est un mystère de lumière.  Pour accueillir le Seigneur et sa lumière, une conversion est nécessaire. Jésus inaugure un ministère de miséricorde que l'Église est appelée à poursuivre à travers le sacrement de la Réconciliation. À la joie du pardon retrouvé, s'ajoutent le désir de vivre la miséricorde et la compassion à la manière du Christ.

Demandons-nous : Comment je vis le pardon dans mes relations ? À quelle conversion suis-je appelé ?

La Transfiguration (Lc 9, 28-36).

C'est un mystère de lumière. La gloire de Dieu resplendit sur le visage du Christ.

La voix du Père se fait entendre : « Écoutez-le ! ». Les apôtres doivent cependant redescendre de la montagne et se préparer à vivre le moment douloureux de la Passion, afin de parvenir avec Lui à la gloire de la résurrection.

Demandons-nous : Qu'en est-il de mon écoute de la Parole de Dieu ? Quels moyens je me donne pour cela ?

L'institution de l'Eucharistie (Mc 14, 12-31).

C'est un mystère lumineux.  L'eucharistie est « le sommet vers lequel tend l'action de l'Église et en même temps la source d'où découle toute sa forc  » (Constitution du Concile Vatican II : Sacrosanctum Concilium, n° 10).

Demandons-nous : Quelle place à l'eucharistie dans ma vie chrétienne ?

Mgr Hubert HERBRETEAU
Notre Dame de Peyragude, le 14 août 2006