Homélie de Mgr Ricard pour l'ordination épiscopale de Mgr Herbreteau
 
 
 
 
 

Chers frères et sœurs en Christ,

Vivre une ordination épiscopale, participer à l’ordination de son propre évêque est un temps privilégié pour entrer dans une compréhension plus approfondie du ministère épiscopal dans l’Eglise. C’est d’ailleurs la liturgie elle-même qui vient nous dire ce qu’est cette charge que l’évêque reçoit au service de cette portion du peuple de Dieu qui lui est confiée.

Annoncer l'Évangile du Christ

Tout à l’heure dans le dialogue que j’aurai avec l’ordinand, je lui demanderai : « Voulez-vous annoncer l’Evangile du Christ avec fidélité et sans relâche.» Oui, le ministère premier de l’évêque, c’est l’annonce de l’Evangile. Et l’Evangile n’est pas d’abord un texte, un message, un système de croyances ou de notions religieuses, il est une personne, le Christ vivant, ressuscité, qui est notre compagnon de route, qui vient nous révéler et nous communiquer dans l’Esprit l’amour du Père.

Accueillir le Christ, ouvrir toutes grandes les portes de sa vie au Christ, c’est donc entendre cette Bonne nouvelle qui nous dit : « Tu es aimé, tu es le fils, la fille bien-aimé(e) du Père, tu es précieux (se) aux yeux de Dieu. Laisse-toi aimer et tu verras que cet amour sera en toi comme une puissance de vie, une force de guérison, d’illumination, de courage, d’amour, de paix, de joie, d’espérance et de confiance. Tu es aimé, tu es appelé à ton tour à aimer. Et si tu aimes, sois sûr que tu prends alors le chemin de la vie, de la vraie vie, de celle qui ne déçoit pas. » L’annonce de cet amour transformant de Dieu, de sa miséricorde et de sa tendresse, est vraiment le fil conducteur du ministère apostolique ; il est celui du ministère de l’évêque mais aussi celui des prêtres et des diacres qui collaborent au ministère épiscopal.

A temps et à contretemps, de vive voix ou par l’écrit, au cours d’interventions, de réunions, de rencontres et de dialogues, l’évêque est au service de cette annonce. A une époque où l’espoir n’est pas toujours au rendez-vous de l’avenir, il est important que l’évêque soit un témoin de l’espérance, de cette espérance qu’apporte le Christ. A un moment où certains regardent avec inquiétude la mutation que l’Eglise est en train de vivre et s’écrient comme les apôtres : « Seigneur, nous coulons », l’évêque doit être un serviteur de la confiance, le témoin de celui qui a dit à ses disciples : « Hommes de peu de foi, pourquoi avoir peur ? Pourquoi avoir douté ? Ne savez vous pas que je suis avec vous dans la barque ? ». Il suffit de regarder autour de nous : la vie est dure pour beaucoup. A tous, l’évêque doit être le témoin de la tendresse de Dieu. Ne lui est-il pas demandé le jour de son ordination : « Voulez-vous, d’un cœur plein de bonté et de miséricorde, accueillir au nom du Seigneur, les pauvres, les étrangers et tous ceux qui sont dans le besoin ? » ? Auprès de tous, Hubert, tu es appelé à être le visage du Bon Pasteur.

Veiller sur la fidélité à la foi apostolique

La révélation de cet amour de Dieu dans le Christ a été confiée aux apôtres. C’est sur leur témoignage, recueilli dans l’Ecriture et lu dans la tradition de l’Eglise, qu’est fondée notre foi. L’évêque est garant de cette fidélité. Il lui est d’ailleurs demandé lors de son ordination : « Voulez-vous garder dans sa pureté et son intégrité le dépôt de la foi, selon la tradition reçue des Apôtres, toujours et partout tenue dans l’Eglise ? » Nous savons que les approches de Jésus, de Dieu, de l’homme, peuvent être extrêmement variées. Depuis les affirmations fantaisistes de Da Vinci Code à celles de certaines sectes, en passant par des représentations purement humanistes de Jésus, les risques sont nombreux aujourd’hui de falsifier ou d’obscurcir le vrai visage du Christ. L’évêque, comme docteur de la foi, doit inviter à un discernement pour voir si telle ou telle présentation est bien conforme à la foi des apôtres, à la tradition apostolique. Avec son peuple, il doit aussi promouvoir une vision de l’homme inspirée de l’Evangile. Il doit défendre l’homme contre toute pratique déshumanisante dans les domaines aussi divers que l’économie, la politique, la famille, la culture, les recherches bioéthiques. Il y a là un ministère de l’évêque à la fois décrié et pourtant attendu. Sentinelle de l’avenir, l’évêque doit parfois se situer, comme les prophètes de l’Ancien Testament, à contre-courant de ce qui paraît être une évidence à certains secteurs de l’opinion. Comme pasteur, il doit avertir son peuple que certains chemins sont des impasses qui conduisent à la mort et que d’autres, au contraire, sont des chemins de vie. Je pense à cette parole du Deutéronome où Dieu nous dit : « J’ai mis devant toi la mort ou la vie, le bonheur ou le malheur, choisis la vie » (Dt 30, 19)

Célébrer le mystère du salut

Cette vie, le Seigneur nous la communique dans l’Ecriture et dans les sacrements. Il est de la mission de l’évêque d’inviter son peuple à se nourrir du pain de la Parole et du corps du Christ. Quand il préside l’Eucharistie, l’évêque entre avec son peuple dans cette offrande de soi-même où l’on s’unit à l’offrande que le Christ fait au Père de sa propre vie pour le salut du monde. Cette année de l’Eucharistie doit être l’occasion pour tous de redécouvrir l’importance de ce sacrement, d’apprendre à vivre toujours davantage, non seulement à la suite du Christ, comme le Christ, mais plus profondément encore en Christ.

Servir la communion

L’évêque est aussi serviteur de la communion. En effet, cet amour du Christ vient prendre corps dans cette communauté des disciples qui s’assemblent en son nom. Nous sommes invités à accueillir cette grâce de l’unité, à la laisser transformer nos mentalités, nos relations, nos comportements. Nos communautés doivent être ces paraboles d’espérance qui viennent dire à toute l’humanité que la violence n’est pas fatale et que, grâce à l’Esprit de Dieu, une réconciliation, une paix, une fraternité, une communion entre les hommes, sont possibles. Nous avons à vivre nos différences comme des richesses et non pas comme des murs d’ignorance et d’exclusions mutuelles, à l’intérieur desquels chacun s’enfermerait dans son pré carré, dans sa chapelle ou autour de son clocher. L’évêque est ainsi appelé à être un artisan de communion, de communion entre les prêtres, les diacres, les différentes composantes du Peuple de Dieu, de communion entre les paroisses et entre les doyennés, entre les divers acteurs de la mission et les différentes forces apostoliques. Par sa participation au collège des évêques, l’évêque doit aider son Eglise à vivre aussi une communion avec l’Eglise universelle, avec l’évêque de Rome qui préside à cette communion – et comment, aujourd’hui, ne pas prier en union profonde avec notre nouveau pape, le pape Benoît XVI qui a inauguré officiellement ce matin son ministère de successeur de Pierre – Cette communion, l’évêque cherchera à la vivre également dans le lien de son Eglise particulière avec les autres Eglises chrétiennes grâce à la dynamique de l’œcuménisme.

Ainsi, jour après jour, l’évêque est invité à vivre ce lent maillage de l’unité, ce remaillage du tissu ecclésial. Ce ministère n’est pas de tout repos. Quand les portes claquent, ce sont surtout les charnières qui accusent le coup. A certains jours, nous découvrons d’ailleurs que cette communion que nous donne le Christ, est un fruit du mystère pascal. Elle nous est offerte par le Ressuscité qui porte encore sur lui les marques de la crucifixion. Hubert, tu en découvriras le prix mais tu en expérimenteras aussi la fécondité.

Appeler à la mission

L'évêque est enfin chargé d'appeler à la mission. Saint Paul écrivait aux chrétiens de Corinthe : « L'amour du Christ nous presse. » (2 Cor. 5, 14) En effet, si nous avons expérimenté combien est transformante la puissance de l'amour du Christ, nous ne pouvons pas ne pas proposer à d'autres cette expérience. La mission n'est pas quelque chose qui se rajoute de l'extérieur à l'expérience de foi ; elle en découle directement. C'est pourquoi l'évêque a pour tâche d'appeler sans cesse à la mission, de faire retentir cet appel du Christ qui nous dit : « Allez en eau profonde. Avancez au large. » (cf. Lc 5, 4) Nous avons aujourd'hui à tracer dans notre pays des chemins nouveaux pour l'Evangile, à le faire dans un contexte marqué par un éloignement vis-à-vis de l'Eglise ou par une perte chez beaucoup des références chrétiennes. Comment penser aujourd'hui, par exemple, une évangélisation des générations qui viennent ? Comment susciter une évangélisation des jeunes par les jeunes eux-mêmes ? Hubert, ces questions ne sont pas nouvelles pour toi. Je dirais même que ton expérience, en autres auprès des jeunes, t'a particulièrement préparé à les affronter. En tout cas, tu vas servir, une Eglise, cette Eglise d'Agen, qui est déjà entrée dans cette dynamique missionnaire.

Cette proposition de la foi doit être faite avec conviction et respect. En effet, elle est cette invitation d'un Dieu qui entre en conversation avec l'homme, en dialogue avec lui. L'évêque doit être un homme de dialogue, dialogue avec les croyants, avec les juifs et les membres des autres religions, dialogue avec ceux qui ont d'autres conceptions de l'existence, dialogue avec les responsables de notre société à différents niveaux qu'ils soient, dialogue avec les hommes et les femmes de bonne volonté.

Hubert, la mission est ample. A certains jours, pour nous évêques, elle peut paraître écrasante. C'est alors qu'il faut nous rappeler que nous ne la vivons pas tout seuls, mais avec un peuple et au sein d'un peuple, soutenu par l'engagement apostolique, la prière et l'amitié justement de ce peuple auquel nous sommes envoyés. Hubert, tout au long de cette célébration, nous allons prier avec toi et pour toi. Rappelle-toi que dans cette ordination le Seigneur s'engage avec toi. Oui, Il te soutiendra et te donnera sa grâce, Celui qui te dit aujourd'hui : « Sois le pasteur de mes brebis. » (Jn 21, 16) Amen.

Mgr Jean-Pierre RICARD
Archevêque de Bordeaux
Evêque de Bazas