Célébration pour les obsèques de Jean-Paul II : Homélie du Père Moran
 
 
 
 
 

Rassemblés ce soir pour l'Eucharistie, nous sommes certes dans la peine, membres de la famille catholique, nous ressentons la douleur de ce passage, la Pâques de Jean Paul II. Des sentiments d'affection, d'admiration nous attachaient à celui qui était notre familier depuis si longtemps : son courage, sa confiance et sa joie de croire ont éclairé nos vies de croyants.
Mais nous sommes et nous voulons être pour lui dans l'Espérance. « Dieu, dans sa miséricorde, nous a fait renaître grâce à la résurrection du Christ pour une vivante espérance, pour l'héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement. » Pierre I/3-4

Avec la foi de la communauté primitive nous voulons vivre cette espérance : « Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même nous le croyons, ceux qui se sont endormis, Dieu, à cause de Jésus, les emmènera avec son Fils ».

Fort de cette espérance je voudrais évoquer quelques traits parmi une multitudes possibles qui m'ont marqué dans la vie Jean Paul II

Il a cru en l'Homme
Depuis le 16 octobre 1978 Karol Wojtyla devenu Jean Paul II a été le serviteur intrépide du « Maître de la Vie ». En son nom, il a cru en l'Homme, en tout homme et en la grandeur de tout être humain. Cette conviction, ce combat pour la dignité et la valeur de la vie s'enracinait dans sa certitude que c'est le Christ ressuscité, « rédempteur de l'homme », qui ouvre une création nouvelle et donne à l'homme cette dignité imprescriptible, qu'il n'a cessé de clamer et de défendre. Jusqu'au bout de ses forces il sera mobilisé pour la défense de cette dignité humaine et de ses corollaires : la défense des droits de l'homme, le combat pour la justice entre les nations et la construction de la paix entre les peuples.
Sans cesse il a œuvré pour la Paix de notre monde au nom de cette dignité de la vie.

Des paradoxes et des contrastes
Un regard rapide nous permet de découvrir à quel point Jean-Paul était un homme de contrastes et pour certains un homme de paradoxes : paradoxes et contrastes qui se retrouvent dans les réactions de certains catholiques à son égard : Il y a ceux qui se sentent en total accord avec Jean Paul II et puis ceux qui sont à l'aise avec sa défense de la liberté et des droits de l'homme, mais moins concernés par son enseignement en matière de morale ; ceux qui se reconnaissent dans ses défenses de la vie mais sont moins concernés par sa condamnation de la toute puissance de l'argent ; ceux qui défendent avec lui le principe de l'absolu de la liberté humaine, mais ne voient pas cette défense de la même manière selon les lieux ou les circonstances où elle se trouverait éventuellement menacée….
Nous pourrions continuer longtemps la liste de ces oppositions. Mais au-delà de tout cela les réactions suscitées par sa mort donnent la mesure de qu'il représentait pour les catholiques certes, mais aussi dans le monde actuel bien au-delà du cercle des chrétiens catholiques.

Il aimait le monde et la rencontre des hommes : « le Pape Pèlerin »
Il aimait ce monde. Il croyait de manière indéfectible que le message de l'Evangile avait de l'importance pour le bonheur de ce monde et des hommes qui l'habite. Il est allé à sa rencontre dans la diversité des langues et cultures. Il n'a pas voulu attendre que le monde vienne au Vatican.
En effet Paul VI avait commencé à voyager, mais c’est surtout Jean-Paul II qui a instauré cette image d’un pape pèlerin, multipliant les visites pastorales dans le monde, à l’exception de quelques rares pays comme la Russie, le Vietnam ou la Chine. Ces voyages ont eu un impact à la fois sur les Églises locales et sur les gouvernements en place. Lors de ses déplacements, mais également au cours d’audiences au Vatican, le Pape a eu l’occasion de rencontrer la plupart des chefs d’État en place et des dirigeants politiques.
Se voulant ainsi autant l’héritier du pèlerin Paul que successeur de Pierre, il a fait de ces 108 voyages à travers le monde, de ces rencontres innombrables, l’un des traits majeurs de son apostolat.
De la même manière il a entrepris la visite systématique des paroisses romaines et de nombreux diocèses italiens, (140 voyages en Italie) Il avait le souci de la proximité.
Le bilan est impressionnant. « Le pape voyage pour annoncer l’Évangile, pour « confirmer ses frères » dans la foi, pour consolider l’Église, pour rencontrer l’homme », explique-t-il un jour à la Curie romaine.

Le jubilé de l’an 2000 a été l’occasion d’une démarche de repentance que le Pape a multipliée tout au long de son pontificat, invitant les chrétiens à « s’interroger sur les responsabilités qu’ils ont, eux aussi, dans les maux de notre temps » .
Cette démarche a concerné divers domaines ; celle en direction des « frères juifs » a marqué les esprits : dans son discours à la synagogue de Rome (1986), il déplorait « les haines, les persécutions et toutes les manifestations d’antisémitisme qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les juifs », et il ajoutait : « Vous êtes nos frères préférés et, d’une certaine manière, on pourrait dire nos frères aînés. »
En 1997, il estimait que « la résistance spirituelle de beaucoup (de chrétiens d'Europe pendant la Guerre) n’a pas été celle que l’humanité était en droit d’attendre de la part de disciples du Christ ».

Son amour et son estime pour la jeunesse
Le dernier aspect que je souhaite souligner c'est le lien que Jean Paul II avait su tisser avec les générations plus jeunes. Peut-être le temps de sa propre jeunesse l'avait-il manqué profondément...Toujours est-il, qu'il s'est noué entre lui et les jeunes générations quelque chose d'unique qui étonne, choque, peut-être agace…
Mais si les jeunes se sont intéressés à ce Pape c'est parce qui lui-même leur à toujours manifesté estime, leur a témoigné une complicité bienveillante mais sans concession. La mise en place et les rencontres des JMJ ont constitué sans doute des moments les plus étonnants de son pontificat. Il a voulu rencontrer non seulement le monde, mais aussi la jeunesse du monde, pour l'inviter à aller de l'avant : « N'ayez pas peur, soyez des hommes nouveaux en chemin vers la civilisation de l'amour, car l'amour sauve le monde, construit la société et prépare l'avenir ».
Parmi les paradoxes de son pontificat demeure le fait que Les JMJ ont connu une intensité grandissante alors même que ses forces physiques diminuaient d'année en année... Sans doute une des paradoxes de la foi : comme disait Paul « c'est lorsque je suis faible que je suis fort » (de la grâce de Dieu)

Dans la fidélité au Christ il voulait une Église ouverte et accueillante au monde Il n'a cessé d'aller lui-même à la rencontre de ce monde « qu'il a tant aimé » pour rencontrer les hommes qui l'habitent et pour leur dire l'Espérance de l'Evangile.
Il a su reconnaître l'urgence de la repentance pour que la réconciliation puisse être vecue.
Il n'a jamais cessé de manifester l'importance de la prise en compte de la jeunesse du monde.

Son chemin d'homme, de chrétien ,et de Pape fut réponse à la question du Seigneur à Pierre et cela jusqu'à , dans ces derniers jours, sa défaillance physique et ses ultimes souffrances : « M'aimes-tu » ?

Nous pourrons accueillir comme un testament sa dernière lettre « Reste avec nous Seigneur » sur l'Eucharistie.
« Sur la route de nos interrogations et nos inquiétudes, parfois de nos cuisantes déceptions, le divin Voyageur continue à se faire notre compagnon, pour nous introduire, en interprétant les Ecritures, à la compréhension des Mystères de Dieu ».
Ces mystères de Dieu sont désormais lumière et clarté pour Karol Wojtyla, Jean Paul II.
C'est là notre espérance et notre joie.

Père Oliver Moran