À la rencontre des chrétiens d'Algérie
 
 
 
 
 

L’abbé Francis Saphy, curé de la paroisse St Géraud des Vallées en Fumélois, est parti en « pèlerinage auprès des chrétiens d’Algérie » en mars 2012. Il nous raconte :

C’est par « Le monde de la Bible » que j’ai eu connaissance de ce voyage organisé à l’initiative du diocèse d’Aix. Nous avions la chance d’avoir pour guide Mgr Teissier, ancien évêque d’Alger. Notre circuit, d’Alger à Constantine et Annaba nous a permis, certes, de faire un peu de tourisme (sites romains …), mais essentiellement d’aller à la rencontre des chrétiens de ce pays. Plusieurs points forts de ce pèlerinage :

Tibhirine : Que d’émotion en arrivant sous la neige au cimetière de Tibhirine où sont enterrés les sept moines depuis 1996. Mgr Teissier nous parle longuement de chacun d’entre eux. Il les connaissait donc personnellement. Il insiste sur leur vie, et leur choix de présence, plus que sur les circonstances de leur mort, soulignant seulement qu’ils sont bien morts parce que chrétiens. La visite du monastère nous permet de partager avec le Père Jean Marie Lassausse, dela Mission de France, qui maintient le domaine (réduit), avec les travailleurs du temps des moines, et avec un couple de bénévoles qui assurent l’accueil, assez conséquent. Moment fort que la célébration dans la chapelle…

Alger : Au cœur de la casbah, nous rencontrons une petite communauté de Sœurs de St Vincent de Paul, qui assurent là une formation auprès de nombreuses jeunes femmes du quartier. Visite également dela Bibliothèque (où avaient été assassinés le frère Vergès et une religieuse), tenue aujourd’hui par une religieuse Québécoise et qui reçoit des centaines de lycéens. Enfin Notre Dame d’Afrique, magnifique sanctuaire qui domine Alger, cher à tous les Algériens, visité par beaucoup de musulmans. La fondation des Pères Blancs est attachée à ce lieu.

Tizi Ouzou : Un jeune kabyle chrétien nous amène sur la tombe de quatre pères blancs assassinés pendant les « années noires », les années 90, époque du GIA, toujours présentes dans les esprits. Mgr  Teissier nous rappelle que si dix-neuf religieux chrétiens y ont été tués, c’est 200 000 algériens qui ont été victimes d’attentats ! Le jeune nous guide alors vers la paroisse catholique réorganisée sur la propriété du presbytère : à la messe, une majorité d’étudiants africains, de l’université voisine, donc beaucoup de jeunes en une célébration très joyeuse et priante… Ce jour-là, c’est aussi la rencontre mensuelle des familles de chrétiens de la région (kabyles) : peu nombreux, certes, ils sont le fruit du travail missionnaire des PP. Blancs et se rassemblent tous les mois pour réflexion, célébration et partage.

Constantine : Nous sommes reçus à l’évêché, où une salle, assez grande, est devenue la « chapelle-cathédrale ». Ici aussi une belle assemblée de jeunes. Puis nous écoutons le témoignage d’un professeur de faculté, qui a découvert le christianisme à travers la télé française et internet, avant de se risquer à venir frapper chez les chrétiens locaux. Un « ami de St Augustin », comme on dit ici.

À l’issue de la célébration, dans la sacristie,  un poster de « Notre Dame de Cancon » : la première surprise passée, je comprends que c’est un souvenir de l’abbé Claude Gary, qui a été présent ici pendant de nombreuses années.

Souk Ahras : Le village natal de St Augustin. Il n’y a plus de communauté chrétienne régulière, pourtant un mémorial de St Augustin y a été créé récemment, modeste mais bien entretenu. Il faut dire qu’en 2001 un colloque international sur St Augustin s’est tenu à Alger, avec une participation active des autorités. Cet évêque fut un des maîtres de l’Église latine ; il vécut de 354 à 430, donc bien avant l’Islam, mais, comme l’a noté quelqu’un : « en lui Algériens et chrétiens se sont reconnus un ancêtre commun ».

Annaba (anciennement Hippone, puis Bône) : fin de notre périple, c’est la ville dont St Augustin fut évêque. Visite des ruines de la ville d’Hippone où la cathédrale de l’époque est clairement identifiée sur le sol ; sur la colline à côté, la basilique du 19ème siècle en cours de restauration, projet ambitieux, soutenu par les autorités publiques et divers mécénats ; derrière, une grande maison de retraite tenue par les Petites Sœurs des Pauvres.

En résumé, un peuple attachant et accueillant, un voyage passionnant au cœur d’une église ultra minoritaire. Que fait-elle, avons-nous demandé à Mgr Teissier ? Pas de prosélytisme, mais une présence. Une présence assez largement reconnue, pas forcément comprise par les masses, mais un échange avec les gens qui réfléchissent, pas que des intellectuels : « ce que tu as caché aux sages et aux habiles, tu l’as révélé aux humbles » dit l’Évangile…