Journée des Communautés éducatives de l'Enseignement catholique, le 3 décembre 2010
 
 
 
 
 


Une boussole et un cap à tenir durablement :
« Cap sur l’exploration Éducative »

Dans la continuité des Assises de l’Enseignement catholique, tous les premiers vendredis du mois de décembre, les communautés éducatives des établissements prennent un temps de pause pour réfléchir sur le sens profond de leur mission.

Le 3 décembre dernier, plus de 700 personnes acteurs dans l’enseignement catholique du Lot et Garonne, se sont retrouvées à Marmande pour réfléchir sur le sens à donner à l’école et vivre un moment de fraternité.

Points forts du rassemblement

Danièle Davin, directrice de l’Enseignement catholique accueille et   présente la journée.

Puis une projection vidéo des établissements (projets, innovations et réussites) nous tient en haleine pendant deux heures.

Yves Mariani, sociologue, membre de l’Observatoire National de Pédagogie trace pour l’école de demain, perspectives et pistes prometteuses, et invite l’ensemble des communautés éducatives à faire preuve d’audace pédagogique et à s’engager avec confiance.

L’intervention d’Éric de Labarre, secrétaire général de l’Enseignement catholique nous convie à utiliser notre espace de liberté pour réinventer l’école et mettre le cap sur l’exploration éducative.

Mgr Herbreteau présente le Projet Éducatif Diocésain de l’Enseignement catholique, finalisé pour ce grand rassemblement et remis à l’ensemble des participants :

« Madame Davin m’a demandé de présenter maintenant le projet éducatif de l’Enseignement catholique pour les établissements catholiques du diocèse d’Agen. Avant de parler du contenu de ce projet, je voudrais donner quelques préalables plus généraux au sujet de l’utilité d’un tel document. Je ferai enfin un lien avec mes orientations pastorales sur lesquelles prend appui le projet.

Pourquoi un projet ? Quelle est l’utilité d’un projet ?

Quatre manières de répondre à ces questions :

• Se référer à un projet éducatif, c’est tout d’abord devenir responsable. Responsable face au présent et face à l’avenir de nos établissements. Il s’agit de prévoir, d’anticiper dans une société en mutation, dans un monde rural et urbain qui se transforme à grande vitesse. Comment voyons-nous l’avenir de nos écoles ? Sur qui pouvons-nous compter ? Où sont nos richesses et nos fragilités ?

• Définir un projet, c’est fixer des objectifs clairs, modestes et concrets qui permettent d’établir un consensus, une unité dans la communauté éducative. Nous sommes tous embarqués dans le même chantier. Suivre un projet éducatif comme le vôtre peut servir à atténuer les malentendus, à dépasser les conflits. L’image du puzzle qui apparaît sur le document décrivant le projet rappelle l’importance des collaborations, des partenariats. Chacun apporte sa pierre à l’édifice et nous avons besoin de toutes les forces vives.

• En troisième lieu, un projet oblige à fixer des priorités. On ne peut pas mener tout de front. Le problème est de hiérarchiser ce qui doit être réalisé. Qu’est-ce qui prévaut ? Qu’est-ce qui est urgent ?

• Enfin, un projet éducatif doit laisser place à une certaine créativité. Certes, il pose un cadre contraignant, il nécessite une évaluation. Mais il invite à se lancer des défis, à quitter le fatalisme (à quoi bon ? On l’a déjà fait ! On a tout essayé !). Il a pour but de valoriser les initiatives locales, dans chaque établissement. Pour susciter le dynamisme, il a été rédigé avec une grandes variété de verbes d’action à l’infinitif : créer, œuvrer, développer, accompagner.

Entrons dans le contenu !

Le projet éducatif que vous recevez aujourd’hui s’articule autour de trois verbes : accueillir, reconnaître, transmettre.

Accueillir, c’est prendre en compte les cultures d’aujourd’hui, de manière bienveillante et critique. Certains aspects des cultures actuelles ne sont pas en accord avec l’Évangile. Par exemple, le culte de la performance et la survalorisation de la réussite (soyez parfaits !) dans la société actuelle conduisent à la perte de confiance, au mépris des plus faibles. L’école doit apprendre à assumer les échecs inévitables de la vie. Les cultures actuelles mettent aussi l’accent sur l’apparence. Or, nous voulons développer l’intériorité.

Il y a aussi la nécessité de donner du temps au temps (temps de la maturation, du mûrissement). C’est la base de toute éducation. Cela suppose patience, lenteur, approfondissement. Le Projet le souligne : « L’Enseignement catholique se veut ouvert sur le monde pour permettre à chacun de donner sens à sa vie. »

Reconnaître : Ce verbe comporte trois significations. Reconnaître, c’est identifier, distinguer, définir. En quelque sorte, c’est chercher à sortir de la confusion des idées et des sentiments. Je reconnais un paysage, mais aussi une personne par son prénom. Le Projet exprime cette conviction : « Comprendre l’autre pour changer le regard sur la personne »

Reconnaître, c’est accepter pour vrai. C’est être capable de discernement et de jugement. Cela va jusqu’à avouer (Je reconnais mes torts).

Enfin, reconnaître, c’est remercier, être dans l’admiration devant ce qu’il y a de beau et de bon chez les autres. Le Projet propose cette citation : « Ce n’est pas tant l’aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide » (Épicure).

Transmettre : On parle aujourd’hui de rupture de transmission d’une génération à une autre. Nous connaissons les causes de cette rupture de transmission. Il y a l’individualisme. Chacun veut trouver son chemin par lui-même. À cela s’ajoute le relativisme dans un monde que l’on pourrait comparer à un supermarché d’opinions. Enfin, le prêt à penser, la culture standardisée rend difficile la recherche de la vérité.

Nous savons combien il est important de se situer dans une tradition. En un sens, nous sommes toujours des héritiers et des créateurs.
La transmission de la foi repose sur trois pôles : traditio, receptio, redditio. Proposer une spiritualité chrétienne, c’est exposer les fondamentaux de la foi (le Credo et l’Écriture), c’est aussi s’exposer (par le témoignage que nous donnons).
Il faut toujours prendre en compte le destinataire de notre enseignement : son histoire et sa famille, sa psychologie, ses savoirs pré-acquis, ses difficultés présentes, ses représentations…
Enfin, après le temps de l’appropriation, l’élève doit redonner à sa manière ce qu’il a appris.

Liens avec mes orientations pastorales

Ce Projet comporte une référence explicite à la Parole de Dieu. Au bas de chaque page se trouve une parole du Christ.

Je voudrais citer Benoît XVI dans sa récente Exhortation apostolique sur la Parole de Dieu : « Les jeunes sont dès à présent les membres actifs de l’Église et ils en représentent l’avenir. En eux, nous trouvons souvent une ouverture spontanée à l’écoute de la Parole de Dieu et un désir sincère de connaître Jésus. C’est durant la période de la jeunesse, en effet, qu’émergent de façon irrépressible et sincère les questions sur le sens de la vie personnelle et sur l’orientation à donner à sa propre existence. Seul Dieu sait apporter une véritable réponse à ces questions. Cette attention au monde des jeunes implique le courage d’une annonce claire ; nous devons aider les jeunes à acquérir une intimité et une familiarité avec la Sainte Écriture, pour qu’elle soit comme une boussole qui leur indique la route à suivre » 

Ce que Jésus a fait, il nous faut le continuer, de deux manières :

  • Jésus est ouvert à l’universel. Son salut est pour tous. « Il est passé en faisant le bien » (Ac 10, 38). Il a rencontré la Samaritaine, la Cananéenne, le Centurion romain, Zachée, Nicodème, les malades et les exclus. Il a passé son temps à réintégrer dans un lien social ceux qui étaient en marge de la société.
    Les familles sont en droit de nous dire : « Vous êtes l’Enseignement catholique, vous faire référence à Jésus, prouvez-le par vos actes et pas seulement par des paroles ! »
  • Jésus a relevé ses contemporains, il les a remis debout. « Va, relève-toi, ta foi t’a sauvé » dit-il au lépreux. Nos établissements doivent être des lieux de relèvement. 

Ce projet veut favoriser des communautés éducatives chaleureuses, fraternelles. Cela rejoint ma troisième orientation concernant les communautés chrétiennes. La fraternité est ce qui caractérise les chrétiens. On ne peut pas ne pas être frères et sœurs. Frères et sœurs dans le Christ. C’est incontournable ! 

Enfin, correspondant à ma première orientation concernant l’écoute du monde d’aujourd’hui, il me semble que ce projet insiste beaucoup sur la nécessité de l’inculturation. Reste à l’Enseignement catholique à prouver qu’il contribue à faire connaître la dimension chrétienne de la culture à travers les diverses disciplines.

Être à l’écoute du monde, c’est aussi établir des partenariats avec la société, les entreprises, le milieu associatif, la culture, l’international (programme Commenius, voyage à l’étranger, etc.).» 

Une messe présidée par notre évêque clôture cette belle journée.
L’orchestre, composé de nos professeurs, nous a accompagnés toute la journée, et a animé joyeusement la célébration.