En Haïti : présence des Frères des Écoles Chrétiennes
 
 
 
 
 


Haïti compte quatre communautés de Frères des Écoles Chrétiennes et trois œuvres d'éducation. Une vingtaine de Frères haïtiens, d'une moyenne d'âge de trente ans, est présente. Comme la plupart des congrégations actives sur l'île la mission d'éducation, d'accompagnement des enfants et des familles est première.

Les œuvres des Frères, situées à l'écart de l'épicentre du séisme, n'ont été que peu touchées. Elles n'en sont que plus sollicitées pour accueillir et soutenir les enfants, jeunes, familles, et religieux d'autres congrégations qui ont tout perdu.

Témoignage du Frère Bernard Collignon, directeur du noviciat sur les hauteurs de Port-au-Prince :

Le 14 janvier 2010 : Je reviens de faire un tour au centre ville de Port au Prince. Ce que l’on peut voir est inimaginable : des foules, des milliers de personnes errant dans les rues allant on ne sait où avec un petit baluchon. Des cadavres en décomposition partout, isolés ou en tas. Maintenant, ils sont recouverts mais on en a encore vu dans les décombres juste au bord de la route. Cet après-midi, j’ai vu quelque chose d’insupportable : une benne à ordures remplie de cadavres en décomposition. Je dis bien une benne à ordures. Insoutenable ! (…)

Tous les symboles de l’État et de l’Église sont par terre (…) L’archevêque a été tué dans l’effondrement de l’évêché, il ne reste pratiquement rien de la cathédrale. L’église du Sacré-Cœur, St Louis roi de France en ruines. La Villa Manrèse bien connue de tous les visiteurs en Haïti inutilisable. Quatre personnes y ont trouvé la mort dont Mme Cécile, une française qui travaillait pour l’éducation catholique. Le collège Canado-Haïtien, St Jean l’Évangéliste, St Louis de Gonzague, rue du Centre en ruines (une centaine d’enfants ensevelis). La cathédrale épiscopalienne est dans le même état que sa jumelle catholique. Mariani (Filles de la Sagesse en ruines, six sœurs tuées). Le séminaire et le CIFOR en ruines. Ce soir j’ai transporté les affaires des sœurs de St Paul de Chartres de Delmas 33, leur collège s’est effondré, leur maison provinciale est inhabitable. Elles craignent les pillages qui ont déjà commencé. Quand on voit tout cela, on a mal quand on pense à tous les efforts qu’il a fallu faire pour construire ces édifices.

Plus près de chez nous à Pétion-Ville, ce sont les Frères de l’Instruction chrétienne qui ont le plus souffert : leur maison provinciale s’est effondrée sur les trois frères qui s’y trouvaient : un n’a pas encore été retrouvé, l’autre a pu être retiré après une nuit de souffrances, il est décédé peu après (F. Joseph), le troisième est très gravement blessé, mais il n’y pas un hôpital qui fonctionne. Si rien n’est fait pour son pied écrasé, il aura du mal à survivre. Leurs voisines, les Sœurs de la Charité de Ste Hyacinthe sont totalement sinistrées. Nous en hébergeons neuf chez nous en ce moment (...)

Nous, les Frères, dans tout cela nous apparaissons comme des privilégiés. Des dégâts mineurs. Mais nous ne pouvons plus vivre comme avant. Le noviciat est comme en congé tellement nous sommes retournés, incapables de penser à autre chose qu’à ce cataclysme… »

Le 13 février 2010 : « (…) L'émotion est derrière nous, maintenant commencent les vrais problèmes. L'aide alimentaire commence à produire ses effets pervers habituels : on la trouve sur les marchés ! Les gens sont toujours sous des tentes et il commence à pleuvoir. Le gouvernement toujours aussi inexistant. Le pouvoir est aux mains des militaires américains d'abord et d'autres nationalités ensuite. Malgré cela, les agressions, les vols, les viols dans les toilettes de fortune de camp de sinistrés ont bien démarré. On va vers des jours difficiles. La majorité de la population reste calme, mais si l'insécurité augmente que va-t-il se passer ? Aujourd'hui, deuil national, toutes les églises étaient pleines.Les Haïtiens sont viscéralement croyants ».

Retrouvez tous les témoignages et l’appel aux dons du Frère Collignon sur leur site

Bien vite va venir le temps de la reconstruction, et pour les Frères, celui de l’accueil de tous ces enfants et ces jeunes en déshérence, orphelins parfois. Un nouveau centre éducatif lasallien est déjà envisagé à Port-au-Prince. Plus que jamais, des dons seront aussi nécessaires aux Frères pour mener à bien cette œuvre…