Conférence du Frère Henri Quinson, le 6 septembre 2009
 
 
 
 
 

Conférence du Frère Henri Quinson le dimanche 6 septembre à 14 h 30 au Foyer de Charité de Notre Dame de Lacépède à l'occasion de la sortie de son livre « Moines des Cités, de Wall Street aux Quartiers-Nord de Marseille »

Pour le dernier Catho47 n° 52, Henri Quinson a accepté de nous écrire l'article suivant :

« La crise... et après ? » 

L'aveuglement  

Selon des estimations publiées en juin 2009 par des agences de l'ONU, la sous-alimentation atteindra un niveau record en 2009 : plus d'un milliard d'être humains. La crise efface peu à peu les progrès accomplis ces dernières années en matière de lutte contre la faim.   

Peu l'avaient vu venir. La crise financière commencée en février 2007 semble avoir surpris le grand public. Avec la récession qu'elle a déclenchée cette crise est devenue économique et sociale.           

Si des personnalités comme Nouriel Roubini ou Paul Jorion ont su prévoir cet enchaînement, c'est l'aveuglement qui a massivement caractérisé le début du troisième millénaire.           

L'aveuglement est un grand thème biblique. « C'est le péché qui parle au cœur de l'impie, il se voit d'un œil trop flatteur pour trouver et haïr sa faute », dit le psalmiste (Ps 35,2-3). D'où vient cet aveuglement ?

La monnaie au service de la communauté           

La monnaie n'a pas été inventée pour enrichir les banquiers. Elle a été créée pour faciliter les échanges en les multilatéralisant. La monnaie est à l'économie ce que la langue est à la communication. Elle accélère les échanges jadis bridés par le troc.            

La monnaie offre donc une liberté dans l'espace mais aussi dans le temps : ceux qui ont trop d'argent peuvent prêter à ceux qui n'en n'ont pas assez. Là aussi, on voit que la finance est au service d'une communion entre les hommes. La monnaie est donc le signe et l'instrument d'un pacte social qui n'a rien à voir avec un individualisme forcené et égoïste.           

Ne pas comprendre la vraie nature sociale de la finance, c'est se condamner tôt ou tard à la déroute, car elle ne peut pas fonctionner sans ce but collectif. La finance est au service de l'économie, et l'économie est au service de l'homme.

L'éthique est un réalisme           

L'éthique est le fondement absolument nécessaire de l'organisation financière si l'on veut que la technique ne devienne pas folle.            

La cupidité érigée en vertu n'a pas sauvé l'Amérique. Car la cupidité est une pathologie aux conséquences dévastatrices. Oui, ce que le moine Evagre le Pontique (346-399) appelait les huit mauvais esprits - qui sont devenus les sept péchés capitaux - n'a rien de suranné. L'un de ces sept péchés est précisément la cupidité, c'est-à-dire d'un rapport maladif à la richesse. C'est ce péché qui nous a aveuglés.            

C'est à une conversion à l'Évangile que nous appelle la crise actuelle pour jeter les bases de comportements et d'institutions nouvelles à l'échelle de la planète.