Prédication à l'occasion de la semaine de prière pour l'Unité des Chrétiens,le 21 janvier 2008
 
 
 
 
 

Prédication Jean 17/6-26

Moi en toi, toi en moi, moi en eux, eux en moi, un en nous, un en toi... C'est un peu compliqué ! Cela me fait penser à ces démonstrations interminables de résolution de problème mathématique. A moins d'avoir un esprit très logique ou très formaté pour, c'est quand même pas évident de s'y retrouver tout à fait.

Cela dit, pour Jésus qui prononce ces mots, l'heure est grave. Il vient de prononcer un discours d'adieu qu'il conclut avec cette prière. Après, ce sera l'arrestation par les soldats, la trahison de Pierre, le jugement d'une mort annoncée... Oui, l'heure est grave. C'est une dernière requête avant la fin.

Le Jésus johannique s'en remet à celui qui l'a envoyé (1-5), intègre dans sa prière ceux qui restent après son départ (6-19), pour enfin s'ouvrir à tous ceux qui suivront.

A la différence du récit dramatique de Jésus priant à Gethsémani dans les évangiles synoptiques, le Jésus qui prie là anticipe le passage de la vie à la mort pour se concentrer sur le passage de témoin entre lui et les disciples.

Son départ permettra à ceux qui lui ont été confiés de prendre la place qui leur est offerte dans le projet de Dieu. Dans cette prière, Jésus est moins préoccupé par son sort à lui que du sort de ceux qu'il laisse « derrière lui ».

Jésus est avant tout un intercesseur, un conspirateur, mettant en place un plan d'action pour la suite ; un projet à long terme, très long terme même si on lit cette prière jusqu'à la fin, où d'autres sont invités à entrer.

La relation de Jésus avec les siens s'élargit à l'infini dans la communion à tous ceux qui croiront, non pas sur sa parole à lui, mais sur la parole des « donnés ». Sa prière se fait visionnaire, pleine d'espérance et de désir : « Je ne prie pas seulement pour mes disciples. Je prie aussi pour ceux qui croiront en moi à cause de leur parole. Que tous soit un ! Père, tu vis en moi et je vis en toi. De la même façon que tous soient un en nous, ainsi le monde croira que tu m'as envoyé ».

Nous sommes les « donnés », ces « donnés » en qui Jésus place sa confiance, son espérance pour que la parole, le message d'espoir, d'amour, de tolérance, de pardon, de liberté qui était le sien soit aujourd'hui le notre et qu'il soit transmis encore, et encore, et encore. Mais je me demande aujourd'hui quelle est notre crédibilité dans la transmission de ce message, de cette parole, de cette espérance. Sommes nous les témoins fidèles, véritables maillons de la chaîne des croyants qui file dans le temps depuis Jésus jusqu'à bien d'autres après nous ?

Peut-être qu'individuellement nous pouvons nous dire : « et bien... oui ! Je crois être un pas trop mauvais témoin ; je fais de mon mieux en tout cas... Je prie pour avoir les mots justes, je prie sans cesse pour incarner au mieux l'espoir, l'amour, la tolérance, le pardon, la liberté... »

Peut-être qu'une communauté ecclésiale, prise dans son individualité avec ses repères, ses rites peut se dire la même chose : « oui, la communauté X que nous sommes, unie en Christ, rassemblée autour d'un projet de vie d'église, avec une vision commune du témoignage est un réel maillon de cette chaîne qui court jusqu'à l'infini, oui, nous sommes témoins fidèles »

Peut-être... sans doute même... en tout cas on se sent rassuré de pouvoir le penser.

Depuis un siècle, on se donne rendez-vous pour des célébrations œcuméniques. Au début, ou en tout cas il y a une quarantaine d'année, ça marchait fort, les églises étaient pleines à craquer ! Après des siècles d'excommunication réciproque, c'était une véritable libération que d'aller dans l'église de l'autre... Aujourd'hui, ce genre de célébration n'attire plus grand monde. Les uns se disent que les choses ont vite changé, trop vite peut-être. Alors ils boycottent. Les autres se disent que les choses n'ont pas bougé assez vite par rapport à leurs attentes. Alors ils boycottent... Et puis le problème de l'unité, c'est que chacun en a son idée. Pour certains catholiques, la solution est simple : que les protestants réintègrent l'église romaine ! Pour certains protestants, le problème c'est qu'il n'y a pas de problème : qu'on nous accepte tels que l'on est, à chacun sa couleur.

Certes... vive la liberté de penser, de croire mais je ne peux tout de même m'empêcher de penser que la démultiplication des églises (surtout protestantes) ne va finalement pas trop dans le sens de la prière de Jésus, et je pense que nous pouvons tous en convenir. Je ne conteste pas l'existence de ces églises dans lesquelles nous évoluons les uns et les autres, mais je conteste l'image de prétention parfaite que certaines donnent à voir : « nous sommes la seule, la vraie Eglise ! » Le danger sectaire est à la porte de chacune de nos communautés avec toute la menace que peut représenter le repli identitaire.

Sans doute n'y aura-t-il jamais une seule et unique église. Je ne crois même pas que ça vaille le coup de prier pour ça ! Par contre, je suis convaincue que le seul message qui rend les chrétiens crédibles en ce monde, c'est l'accomplissement parfait du commandement de l'amour réciproque. Rien de très intellectuel donc, et encore moins doctrinal.

Le commandement était nouveau en son temps : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Et dans le discours d'adieu on trouve également cette affirmation : « A ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples, à l'amour que vous avez les uns pour les autres ». La « conversion » du monde est liée à ce témoignage qui seul entraînera son adhésion, sa reconnaissance. L'unité tient donc dans cette seule qualité exceptionnelle d'amour, qui ne retient rien pour soi mais qui veut tout partager.

C'est à la portée de chacun en tant qu'individu mais aussi à la portée de chaque communauté. J'ose encore y croire.

Prions sans cesse pour cet amour réciproque soit porté aux yeux du monde, le reste n'est que de la cuisine interne qui n'intéresse plus personne sinon le diable et tous ces sbires.

Oui, prions sans cesse.

Amen

Ingrid Berly
Pasteur de l'Église Réformée de France
Cathédrale Saint-Caprais à Agen

En savoir plus sur le thème de la semaine de prière pour l'Unité des Chrétiens en 2008 : « priez sans cesse » et sur le service diocésain de l'oecuménisme