Compte-rendu de la journée des "Assises de la Solidarité" à Marmande, le 30 septembre 2007
 
 
 
 
 

Les « Assises de la Solidarité » organisées à Marmande le 30 septembre par la Concertation de la Solidarité, ont attiré plusieurs centaines de chrétiens venus réfléchir sur le lien entre leur foi et l'engagement au service des plus pauvres.
____________________________________________________________________

Les Conférences

1. - Intervention de M. René Valette, professeur émérite géographe et économiste, ancien président national du CCFD, et aujourd'hui  membre de la commission justice et paix de la Conférence des Évêque des France, sur le thème : « Un chrétien n'a-t-il rien de mieux à faire que de s'occuper des humains, des droits de l'homme, de la société ... ? »

Dans la Genèse (1,25), Dieu invite l'homme à soumettre la terre et à la dominer. Cela signifie que « Dieu nous laisse le soin d'achever l'œuvre de création de manière telle que personne ne manque du minimum pour vivre dignement, aujourd'hui mais aussi demain. ».
L'utilisation des ressources de la terre doit donc se faire pour servir l'homme et dans un esprit de développement durable. « Notre Dieu est le Dieu de l'Alliance avec l'homme pour ce projet de création. Même si 843 millions d'être humains sont sous-alimentés, si 300 millions n'ont pas accès à l'eau potable, nous pouvons compter sur l'alliance de Dieu », a souligné René Valette, qui a aussi rappelé : « Notre Dieu est un Dieu qui libère du péché et de nos peurs. »

Propriété et lutte contre la pauvreté

René Valette a précisé l'expression de « destination universelle des biens » : elle implique qu'il y a « situation inacceptable, scandale et désordre si sur notre terre un seul être humain manque du minimum. Nous sommes tous invités à agir pour nous rapprocher de cette utopie », l'absence totale de pauvreté.

La « destination universelle des biens » est compatible avec la propriété, moyen d'accéder à un minimum d'autonomie et de faire œuvre de création, à condition que la société soit organisée pour qu'aucun humain ne soit privé de sa dignité. Saint Ambroise disait d'ailleurs : « Quand tu fais l'aumône, tu ne fais que lui remettre ce à quoi il a droit. » Saint Paul disait même : « Il faut vous faire pardonner la faim que vous leur donnez », invitant chacun à s'interroger sur sa responsabilité concernant cette pauvreté. Saint Thomas d'Aquin disait du bien de la propriété privée, mais précisait qu'elle n'est ni inviolable, ni sacré : seul l'être humain est sacré. La terre doit être organisée pour que la dignité de chacun soit pleinement respectée.

L'attention pour les pauvres

L'Église évoque aussi « l'option préférentielle pour les pauvres. » Mais « Dieu n'a pas plus aimé les pauvres que les riches », comme l'attestent de nombreux passages de l'Évangile (la rencontre avec Zachée...). « Dieu n'a pas fui les riches, mais cette proximité ne l'a jamais empêchée d'être porteur de la Bonne nouvelle pour les petits : la Samaritaine, l'homme paralysé, relevé de son grabat... Sa vie a été libération pour les autres », a rappelé René Valette. En somme, Dieu est comme un père qui, comme la plupart des parents, aime tous ses enfants mais pense davantage à l'enfant en difficulté qui a le plus besoin d'attention.

Un amour sans limite

L'Église appelle aussi au devoir de solidarité jusqu'au pardon. Dans une encyclique, Jean-Paul II précise aussi que la solidarité doit être sans exclusive, ne doit pas être réservée à telle ou telle catégorie. Certes, « rien n'est plus difficile et plus grand que le pardon. Mais il y a aussi nécessité de s'interroger sur le chemin de conversion que je dois faire pour ne pas avoir besoin de demander pardon », a remarqué René Valette.

Au final, cette présence active dans le monde pour le chrétien n'est pas facultative. Elle s'inscrit au plus profond de l'identité de sa foi chrétienne. « Notre vocation de baptisés est de porter l'espérance qui s'appuie sur un Dieu. Mais nous ne pouvons pas parler d'espérance et d'amour à des gens écrasés si nous ne vivons pas cet amour en plénitude. Notre vocation est de préparer ce royaume, ce qui est humainement une utopie, mais aussi un amour sans limite », a conclu René Valette.

2. - Intervention de Mgr Stenger, évêque de Troyes et président de Pax Christi, pour commenter la phrase de Paul VI : « L'évangélisation est la mission essentielle de l'Église »

En effet, « la présence à nos frères pauvres, pour nous chrétiens, n'est pas une option. L'Église est solidaire de tout homme et femme et leur apporte la nouvelle du royaume de Dieu. Évangéliser fait partie de la nature même de l'Église. Évangéliser, c'est annoncer ce que l'Église est ou devrait être. La bonne nouvelle, c'est que Dieu fait alliance avec l'homme, le gratifie de son amour », a expliqué Mgr Stenger, qui a insisté sur le choix préférentiel des pauvres : « qu'ils soient la priorité de l'action de notre Église. » L'évêque de Troyes a toutefois souligné : « Il y a des chrétiens très bons, mais pas, dans notre société, de vrais changements de mentalité : combien parmi nous sommes prêts à changer notre rapport aux pauvres? Les inégalités sont toujours aussi criantes. Dans notre société, de grands élans de solidarité côtoient un grand désengagement personnel. Il y a un grand danger : que la charité n'engage pas réellement notre existence, que l'on sépare la conscience personnelle et l'obligation de bienfaisance.»

L'impératif de charité

« L'Évangile nous pose l'impératif de charité, mais simplement comme un devoir moral. Pour les chrétiens, le choix du pauvre relève de la révélation, car les pauvres auront la première place dans le royaume de Dieu. La communauté des croyants toute entière est appelée à annoncer l'évangile de la charité, qui réalise et construit l'Église. » Pour en témoigner, « il ne faut pas seulement donner à manger, mais valoriser la personne comme l'a fait le Christ. La charité est une manière d'être, avant d'être une manière de faire. Elle naît de l'urgence chrétienne : annoncer Jésus Christ », a poursuivit Mgr Stenger.

Cette charité  « n'a de pleine valeur que si elle est l'expression d'un amour sans retenue à l'égard de la personne. L'amour du prochain pour l'amour du Christ, ce souffle, fait que la communauté chrétienne devienne évangélisatrice. Il faut que cette annonce ne soit pas seulement en paroles, mais aussi en actes. Si la célébration est coupée des hommes, elle n'est pas l'expression de la foi. Si notre Église ne reflète pas le visage du Christ, alors nous n'apportons rien », a conclu Mgr Stenger.

Connaître en .. fichier 3163 ..
____________________________________________________________________

Les témoignages

Des chrétiens ont témoigné de leur engagement au service des autres dans des milieux différents. Ils devaient répondre à deux questions : « Comment ma foi influence mon engagement au service des autres ? » et « Là où je suis engagé comment j'essaye d'évangéliser, de témoigner ? ».

Georges Morin, diacre permanent dans le diocèse, visiteur de prison, a exprimé le besoin de « décérébraliser » sa foi, qui a besoin « d'un cœur à cœur. L'Évangile, c'est une éducation du regard, un sens vers l'homme. ». Cet engagement « n'est plus un fardeau » si on a la foi, « une joie profonde habitée par la Présence. » Ce diacre essaie d'évangéliser en étant au service des personnes détenues à la maison d'arrêt d'Agen. « Mon rôle de chrétien est de pratiquer des ouvertures. Comment arriver à leur faire comprendre que la porte, c'est le Christ ? En prison, où les conditions de vie sont déshumanisantes, ma mission est d'être proche. Face à la perte de liberté, je peux être aussi porteur de la liberté du Christ qui rend chacun libre. Pour ces personnes enfermées, j'essaie d'être un porteur d'air. Nous donnons un espace d'accueil à leur parole. Elles sont écrasées, broyées par l'abandon, souvent de leurs familles. Notre rôle de chrétien est de leur donner une main pour se relever et de leur apporter de la chaleur humaine. Comment évangéliser ? Annoncer le Christ, c'est l'effacer. Nous les aidons à prendre conscience qu'elles ont fait des victimes. Mais ces personnes font aussi nous de l'évangélisation, car elles nous disent quelque chose de Dieu. »

À l'écoute des autres. Liliane Dubourg, maire de Saint-Pardoux-du-Breuil, a expliqué comment sa foi, qui a germé comme une graine, lui permet de se « tourner plus facilement vers les autres. Elle aide à aller plus loin dans l'engagement. En tant que maire, il est difficile d'afficher sa foi à cause du principe de laïcité. Mais je ne cache pas mes réactions. J'essaie d'être une femme droite, à l'écoute permanente des gens qui m'appellent au secours. La devise de la République française, liberté - égalité - fraternité, est finalement tout un programme chrétien et permet de réduire la frontière entre le politique et le spirituel. »

Herren Smith, protestant, est intervenu en tant qu'ancien syndicaliste : il était enseignant et secrétaire général du SGEN-CFDT dans les Vosges. « Pour moi, les actions collectives et les problèmes professionnels ne pouvaient être considérés autrement que comme un projet de société. Mon objectif premier était une meilleure prise en charge de tous les élèves, pour former des citoyens responsables, respectables et respectés, quels que soient leurs niveaux d'étude. Ces questions dépassaient le cadre de l'Éducation nationale. Pour lui, « témoigner, c'était se replacer dans une perspective d'harmonie, manifester une sympathie dans le cadre de souffrances particulières d'élèves, ne laisser personne au bord du chemin. C'est de ce temps de militantisme que date mon aversion pour le dogmatisme et les positions doctrinales. J'ai pu observer des attitudes rigides qui conduisaient souvent à des impasses pour les élèves », explique-t-il, se référant aux positions de ceux qui refusaient de mettre l'enfant, à la place des savoirs, au centre des relations éducatives : « Comme si au nom d'un respect strict de la loi, Jésus n'était pas allé chercher la brebis égarée. »

« Permettre à l'autre de donner ». Marie-Noëlle Ducassé, responsable de La Roseraie, a conclu par un témoignage fort de son engagement contre l'exclusion : elle gère un lieu d'accueil pour les femmes qui ont des difficultés conjugales ou à créer des liens avec leurs enfants, faute d'avoir reçu elles-mêmes de l'amour pendant leur enfance. « Mon engagement a pour origine une histoire personnelle. Je n'étais pas destinée à naître, j'ai approché la mort à 16 ans mais j'ai dû revenir sur terre. Je n'étais pas brillante, sauf pour la danse. J'étais persuadée que je ne valais pas grand-chose, jusqu'à ce que je trouve de l'aide auprès d'un homme, mon mari. Je me suis dit alors : si je m'occupais des autres ? J'avais cette aspiration au plus profond de moi, car mon chemin a été balisé de rencontres exceptionnelles. Mon parcours chaotique m'a aidé à combattre. Mon existence est heureuse auprès de ceux qui semblent n'avoir besoin que de recevoir : permettre à l'autre de donner est aussi important. Protéger, c'est peut-être cela la foi. »

Extrait d'un article du Courrier Français.

 Télécharger le diaporama montrant différents témoignages des chrétiens sur le thème général de la solidarité.

La troupe des Clown en Route ont proposé tout au long de la journée des respirations humoristiques. La journée s'est clôturée par la célébration eucharistique présidée par Mgr Hubert HERBRETEAU.