Les Filles de la Charité, avril 2015
 
 
En cette année de la vie consacrée, nous avons demandé à Monsieur Vincent de nous parler de ses filles, et de répondre à quelques-unes de nos questions.
 
 
 
  • Monsieur Vincent dites-nous qu’est-ce qui vous motive pour inviter des filles à se consacrer à Dieu pour servir le prochain ?
« Pour être vraie fille de la Charité, il faut faire ce que le Fils de Dieu a fait sur terre, et qu’a-t-il fait principalement ? Il a continuellement travaillé pour le prochain, visitant et guérissant les malades, instruisant les ignorants pour leur salut. »
Et en se tournant vers une fille :
« Que vous êtes heureuse ma fille, d’être appelée à une si belle vocation. »
  • Monsieur, dites-nous la différence entre les religieuses et vos filles, que l’on voit habillées comme tout le monde, et dans la rue au volant de leur voiture ou en vélo.
« C’est que leurs règles ne sont pas rudes comme tant d’autres qui obligent à des jeûnes, veilles et autres exercices de pénitence. La Compagnie des filles de la charité est établie pour aimer Dieu et le servir en la personne des Pauvres ; servant les pauvres on sert Jésus Christ… que cela est vrai ! »
En se tournant vers les filles, il ajoute :
« Sachez mes filles, que quand vous quitterez l’oraison et la sainte messe pour le service des pauvres, vous n’y perdrez rien, puisque c’est aller à Dieu que servir les pauvres… Vous servez Jésus Christ en servant les pauvres. Et cela est aussi vrai que nous sommes ici. Une sœur ira dix fois le jour voir les malades, et dix fois par jour elle y trouvera Dieu. »
  • Monsieur, comment se fait-il que vos filles ne sont que trois à Rodrigues, et pas beaucoup plus ailleurs ?
Silence… Monsieur Vincent réfléchit…
« Comme je l’ai écrit récemment à Monsieur Goglee, à Sedan, vos travaux mes filles sont grands, et qui même croissent lorsque vos forces diminuent par les maladies du dehors et du dedans…. Le Bon Dieu sera votre force et votre récompense. Trois font plus que dix quand Notre Seigneur y met la main ; et il le fait toujours lorsqu’il ôte les moyens de faire autrement.»
En se tournant vers une fille :
  • Et vous ma fille, qu’en dites-vous ?
Le bonheur pour nous, Mon Père, c’est de vivre ensemble dans le quartier de Rodrigues, dans une « chambre de louage », comme vous l’avez voulu vous-même ; ceci à la demande de l’Église d’Agen, en quittant la rue Montesquieu, il y a plus de 40 ans maintenant.
Nos relations de voisinage nous ont permis d’entendre le désir des parents pour que leurs enfants participent à l’ACE, avec Papy Jean, notre voisin.
Nous avons été présentes aussi à l’Amicale des locataires pour soutenir les habitants lorsqu’ils n’étaient pas entendus du bailleur, et qu’ils avaient des droits un peu oubliés par ces derniers…
La fête des voisins a favorisé les relations conviviales, amicales, Mon Père, nous avons participé à ces animations joyeuses avec nos voisins.
Mais dans nos cités, le monde bouge, le monde s’agrandit… aujourd’hui nous avons beaucoup de voisins de différentes nationalités, alors nos relations ont changé. Elles sont davantage individuelles, c’est notre époque ! Nous vivons au milieu d’autres croyants, musulmans, bouddhistes, juifs, orthodoxes venant des pays de l’Est… là où il y a des guerres fratricides, Monsieur, eh oui, encore !
  • Alors mes filles, que faites-vous ?
Nous faisons moins, mon Père, mais nous sommes…Nos engagements sont différents, ils sont plus étendus que lorsque nous étions en activité professionnelle.
Votre fille Catherine est fidèle à l’accueil des familles des prisonniers et aux visites de ses amis du syndicat, aux personnes aussi âgées qu’elle, mais un peu moins valides…
Marthe, court toujours au pauvre comme au feu, voyez, mon Père, c’est comme de votre temps ! Elle embrasse tous ceux qui ont besoin de quelque chose et quelquefois anticipe les désirs de ceux-ci !
Enfin la dernière arrivée, Anne, est allée voir du côté du secours populaire… impressionnant le nombre des bien-aimés de Dieu dans ce lieu ; ceux qui servent et ceux qui sont aidés. Un creuset où Dieu est bien présent à travers la disponibilité, l’accueil, le réconfort, l’aide matérielle des personnes qui viennent humblement…
  • Mes filles comment vous ressourcez vous pour rester fidèle à ce service de Jésus Christ ?
Comme vous nous l’avez dit, il y a l’oraison et l’Eucharistie tous les jours. Puis entre chrétiens vivant dans les milieux populaires, autrefois on disait « ouvrier », nous nous soutenons beaucoup. Nous nous retrouvons pour chercher Dieu à travers la relecture et les révisions de vie, qui nous sont offertes par les engagements en Mission Ouvrière, en ACO ou entre religieuses vivant les mêmes réalités. Et nous participons à des groupes de lecture de la Parole de Dieu ; nos engagements à l’ACAT ou au CCFD, les lectures que nous faisons nous nourrit et nous transforment quelquefois sans que nous nous en apercevions.

Saint Vincent alors s’exclame :

Dieu soit bénit mes filles, Dieu soit bénit. Il me semble lire dans vos cœurs le désir que vous avez d’imiter Notre Seigneur et d’être fidèle à ses grâces.
Mon Seigneur et mon Dieu, ne regardez pas la voix du pécheur qui vous parle mais regardez les cœurs de nos pauvres sœurs présentes et absentes qui le désirent et qui vous le demandent par ma bouche. Bénédicio Déi Patris…
Filles de la Charité de Saint-Vincent de Paul
305, rue de Rodrigues – 47000 Agen - 05 53 68 89 66