Semaine de prière pour l'Unité des Chrétiens, du 18 au 25 janvier 2013
 
 
 
 
 

Que nous demande le Seigneur ? (cf. Mi 6,6-8)

À l’occasion de son centenaire, le Mouvement des Étudiants chrétiens de l’Inde (SCMI) a été invité à préparer le matériel de la Semainede prière pour l’unité 2013, et a associé la Fédération universitaire catholique indienne et le Conseil national des Églises en Inde à cette préparation. Au cours de cette étape préparatoire, la réflexion sur la signification de la Semaine de prière pour l’unité a fait apparaître qu’en un contexte de graves injustices envers les Dalits, tant dans la société indienne que dans l’Église, il ne fallait pas dissocier la recherche de l’unité visible du démantèlement du système des castes et de la valorisation de la contribution des plus pauvres des pauvres à l’unité.

Dans le contexte indien, les Dalits constituent des communautés estimées « horscastes ». Ce sont les populations les plus touchées par le système des castes, qui est une forme rigide de stratification sociale basée sur des notions de pureté et d’impureté rituelles. Dans ce système, chaque caste est estimée ou « plus haute » ou « plus basse ». Les communautés dalites sont considérées comme celles qui sont le plus impures et qui rendent impur ; on les situe donc en-dehors du système des castes, et on les qualifiait même autrefois d’« intouchables ». Il résulte donc de ce système que les Dalits sont marginalisés socialement, sous-représentés politiquement, exploités économiquement et asservis culturellement. Or, près de 80% des chrétiens indiens sont d’origine dalite.

En dépit de progrès fantastiques survenus au XXe siècle, les Églises de l’Inde ont conservé les divisions doctrinales héritées d’Europe et d’ailleurs. La désunion des chrétiens indiens, à l’intérieur même des Églises et entre elles, est encore accentuée par le système des castes. Celui-ci, tout comme l’apartheid, le racisme ou le nationalisme, représente un gros défi pour l’unité des chrétiens en Inde, et par conséquent pour le témoignage éthique et ecclésial de l’Église, en tant qu’unique Corps du Christ. La question des castes, en ce qu’elle divise l’Église, est donc une question doctrinale aiguë. C’est dans ce contexte que, cette année,la Semainede Prière pour l’unité chrétienne nous invite à approfondir le texte biblique bien connu de Michée 6,6-8, en se concentrant sur la question « qu’attend de nous le Seigneur » qui en fait le thème principal. L’expérience dalite sert donc de creuset pour permettre l’émergence de réflexions théologiques à partir du thème biblique.

Michée faisait partie des douze petits prophètes de l’Ancien Testament qui ont prophétisé en Juda entre environ 737 et 690 avant J.C. Il était originaire de Morès-heth, au sud-ouest de Jérusalem, et a prophétisé sous les règnes de Yotam, Akhaz et Ezékias, de Juda (Michée 1,1). Il a vécu dans les mêmes conditions politiques, économiques, morales et religieuses que son contemporain Isaïe et fut témoin, avec lui, de la destruction de Samarie et de l’invasion du Royaume du Sud par le roi d’Assyrie, en 701 avant J.C. Le chagrin avec lequel il pleure le sort de son peuple imprègne la tonalité de son livre, et sa colère vise les responsables (2,1-5) et les prêtres qui ont trahi ce peuple.

Le livre de Michée appartient à la tradition littéraire dela Prophétie. Cequi est au cœur de son message est l’oracle du jugement. L’ouvrage se divise en trois parties, nous faisant passer du jugement en général (ch. 1-3) à la proclamation du salut (ch. 4-5), puis au jugement au sens strict et à la célébration du salut (ch. 6-7). Dans la première partie, Michée critique sévèrement ceux qui détiennent l’autorité, tant politique que religieuse, parce qu’ils abusent de leur pouvoir et volent les pauvres. Ils « arrachent la peau de dessus les gens » (3,2) et « jugent pour un pot de vin » (3,11). En deuxième partie du livre, Michée exhorte le peuple à se mettre en pèlerinage vers «la Montagnedu Seigneur… Il nous montrera ses chemins, et nous marcherons sur ses routes » (4,2). Dans la troisième partie, il est révélé que le jugement de Dieu s’accompagne d’un appel à attendre le salut dans l’espérance et avec foi dans le Dieu qui « ôte le péché et passe sur les révoltes » (7,18). Cette espérance s’oriente résolument vers le Messie qui sera « la paix » (5,4) et viendra de Bethléem (5,1) pour apporter le salut « jusqu’aux confins de la terre » (5,3). Michée appelle en définitive toutes les nations du monde à s’unir à ce pèlerinage, pour avoir part à la justice et à la paix qui sont leur salut.

Le vibrant appel de Michée à la justice et à la paix se concentre dans les chapitres 6,1 – 7,7, dont un extrait constitue le thème dela Semainede Prière pour l’unité des chrétiens de cette année. Michée situe la justice et la paix dans l’histoire des relations entre Dieu et l’humanité, mais insiste pour affirmer que cette histoire a un besoin absolu de référence éthique claire. Comme d’autres prophètes de la fin de la monarchie israélienne, Michée rappelle au peuple que Dieu l’a sauvé de l’esclavage de l’Égypte et l’a appelé, à travers l’alliance, à vivre dans une société édifiée sur la dignité, l’égalité et la justice. De ce fait, on ne peut séparer la vraie foi en Dieu de la sainteté personnelle et de la quête de justice sociale. Plutôt que de s’en tenir à des cultes, oblations et holocaustes (6,7), le salut que Dieu apporte sur l’esclavage et l’humiliation quotidienne exige plutôt de notre part de « respecter le droit, aimer la fidélité et [nous] appliquer à marcher avec [notre] Dieu » (cf. 6,8).

Sur bien des plans, on peut comparer la situation que le peuple de Dieu a connue au temps de Michée à celle de la communauté dalite en Inde d’aujourd’hui. Les Dalits sont eux aussi victimes d’oppression et d’injustice de la part de ceux qui ne leur reconnaissent ni droit, ni dignité. Michée comparait ceux qui exploitent les pauvres par cupidité à ceux qui « mangent la chair de mon peuple… » (3,3). En rejetant des rituels et des sacrifices appauvris par le désintérêt pour la justice, Michée exprime ce que Dieu voudrait : une justice qui se situe au cœur de notre religion et de ses rituels. Son message est prophétique en un contexte où les discriminations envers les Dalits sont légitimées à partir de critères religieux et de notions de pureté ou d’impureté rituelles. La foi trouve ou perd son sens selon le rapport qu’elle entretient avec la justice. Dans la situation dalite actuelle, l’insistance de Michée sur l’aspect moral de notre foi nous invite à nous demander ce que Dieu attend vraiment de nous : nous en tenir à des sacrifices, ou marcher avec Lui dans la justice et la paix ?

Le chemin à suivre par le disciple du Christ implique nécessairement qu’il marche sur la voie de la justice, de la miséricorde et de l’humilité. La métaphore de la « marche » a été choisie comme lien entre les huit journées de prière parce qu’en désignant une activité vivante, intentionnelle et permanente, elle est porteuse du dynamisme qui caractérise le disciple chrétien. De plus, le thème de la 10e assemblée du Conseil œcuménique des Églises qui se tiendra à Busan, en Corée, en 2013 – « Dieu de vie, conduis-nous vers la justice et la paix » – consonne avec l’image du Dieu-Trinité qui accompagne l’humanité et chemine dans l’histoire humaine en invitant tous les peuples à s’associer à sa propre marche.

Les huit sous-thèmes de la semaine qui évoquent divers types de marches nous permettent d’approfondir différentes manières pour le vrai disciple chrétien de marcher sur la route de la justice où se trouve la vie (Prov 12,28a).

Télécharger la page de méditation  huit jours pour méditer

Ce que Dieu nous demande aujourd’hui, c’est de marcher sur le sentier de la justice, de la miséricorde et de l’humilité. Prendre ce chemin de disciple, c’est marcher sur la voie étroite du royaume de Dieu, et non pas d’emprunter l’autoroute des empires actuels. Lorsqu’on prend ce chemin de droiture, on s’expose aux ardeurs du combat, à l’isolement qui va de pair avec la contestation, et au risque encouru par la résistance « aux pouvoirs et aux dominateurs » (Ep 6,12). C’est particulièrement vrai lorsqu’en se prononçant ouvertement en faveur de la justice, on est conduit à être traités en fauteurs de troubles et en perturbateurs de la paix. Dans ce contexte, il nous faut bien comprendre que la paix et l’unité ne sont entières que lorsqu’elles sont fondées sur la justice.
En savoir plus

Possibilités offertes pour vivre ensemble cette semaine de prière

Sur Agen

Lundi 14 janvier à 20 h au centre cultuel St Jacques (avenue d'Italie) : Louange oecuménique sur le thème "Avec quoi me présenter devant le Seigneur ?" (Mi 6, 6)

Vendredi 18 janvier à 20 h à la chapelle du Martrou (14, rue des Martyrs) :
Réflexion et partage centrés sur la première demande du Seigneur "Pratiquer la justice"

Lundi 21 janvier à 20 h à l'Église adventiste (133, rue de Lille) :
Prière et intercession centrées sur la deuxième demande du Seigneur "Aimer la miséricorde"

Jeudi 24 janvier à 20 h au Temple (cours Victor Hugo) :
Célébration du partage du pain centrée sur la troisième demande du Seigneur "Marcher humblement avec Dieu"