Méditation pour le Mardi Saint : Jésus, notre compagnon de route
 
 
 
 
 

L’aventure de notre vie spirituelle est une aventure nommée Jésus. C’est lui, en effet, qui éveille la dimension spirituelle, lui qui libère et met en route. Il est à la fois notre compagnon et notre guide, le chemin et le terme de l’aventure.

En ce mardi de la Semaine Sainte, tournons notre regard vers le Christ. Qui est-il vraiment pour nous ? C’est vers sa rencontre que nous sommes en marche.

Le dérangeur et le désenclaveur

Jésus est « le dérangeur », comme le dit Dostoïevski dans Les frères Karamazov.

« Il est la route et il nous déroute » dit saint Augustin. Il est proche et lointain, familier et mystère. Sa rencontre nous introduit dans un mouvement de découvertes inépuisables, toujours renouvelées.

Jésus est le « désenclaveur », celui qui nous arrache à nous-mêmes en nous attirant vers lui, qui nous fait quitter nos routines, notre laisser-aller, notre superficialité pour nous lancer à sa suite. Et c’est là toute une aventure.

C’est ce qui se passe dans l’amitié véritable. Lorsque l’on se laisse rencontrer par quelqu’un, en le rejoignant là où il est et en lui permettant de se révéler, il se produit un bouleversement. Je pense à un proverbe arabe : « Viens à moi avec ton coeur et je te donnerai mes yeux. » Jésus nous dit en quelque sorte : « Viens à moi dans l’amitié et tu seras illuminé. »

Accepter l’invitation de Jésus à le rejoindre, c’est courir le risque d’un bouleversement profond. « Venez et voyez ! » Jésus nous révèle notre propre richesse, car en lui nous découvrons la grandeur de ce que nous sommes. Après sa rencontre avec Jésus, la Samaritaine s’écrie : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait » (Jn 4). Cette femme découvre qui elle est, la vérité de sa vie… Pascal disait : « Nous ne nous connaissons qu’en Jésus Christ. » Et saint Jean-Paul II ajoute : « L’homme qui veut se comprendre lui-même jusqu’au fond, ne doit pas se contenter pour son être propre de critères et de mesures qui seraient immédiats, partiaux, souvent superficiels et même seulement apparents ; mais il doit avec ses inquiétudes, ses incertitudes et même sa faiblesse et son péché, avec sa vie et sa mort, s’approcher du Christ » (Redemptor hominis, n° 10).

Jésus est le passant, le passeur et le passage

Dans les évangiles, on voit Jésus marchant en permanence : autour du lac de Tibériade, mais aussi au-delà du Jourdain, en territoire païen. Il prend enfin résolument la route vers Jérusalem (cf. Lc 9, 51). Dans un petit livre, L’homme qui marche, Christian Bobin a bien traduit poétiquement cette attitude de Jésus : « Ils sont d’abord quatre à écrire sur lui. Ils ont, quand ils écrivent, soixante ans de retard sur l’événement de son passage. Soixante ans au moins. Nous en avons beaucoup plus, deux mille. Tout ce qui peut être dit sur cet homme est en retard sur lui. Il garde une foulée d’avance et sa parole est comme lui, sans cesse en mouvement, sans fin dans le mouvement de tout donner d’elle-même » (p. 8-9).

• Jésus est le passant qui rencontre l’aveugle sur le chemin, la femme cananéenne, le centurion romain et bien d’autres… Il passe dans nos vies et nous prend par la main.

• Jésus est le passeur, celui qui nous fait passer de la mort à la vie, de la tristesse à la joie, de la démission à la mission, de l’enfermement à l’ouverture. Jésus fait passer ses disciples de la tentation de s’installer sur la montagne à une vie plus rude marquée par l’épreuve et la croix.

• Jésus est le passage : « Sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père… » (Jn 13, 1). Il nous invite à nous mettre au service de nos frères, à être « Église en sortie vers les périphéries existentielles ». Jésus nous entraîne dans son passage, dans sa Pâque.

Jésus est le révélateur de Dieu

Saint Paul le dit de manière vertigineuse : « Dans le Christ sont cachés tous les trésors de la science et de la sagesse de Dieu » (Col 2, 3). En Jésus nous avons accès à toute la richesse de Dieu. Il est le révélateur de Dieu.

Méditons aussi cette parole de Jésus adressée à ceux des « juifs qui croyaient en lui » : « Mais maintenant, vous cherchez à me tuer, moi un homme qui vous ai dit la vérité que j’ai entendue de Dieu. (…) Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car moi, c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens. Je ne suis pas venu de moi-même, c’est lui qui m’a envoyé » (Jn 8, 40-42).

Quelques pistes pour la prière

L’antienne d’ouverture de la messe de ce Mardi Saint : « Montre-moi, Seigneur, ton chemin, conduis-moi par des routes sûres, malgré ceux qui me guettent. Ne me laisse pas à la merci de l’adversaire »

La prière de sainte Thérèse d’Avila :

Que rien ne te trouble, que rien ne t'effraie, tout passe,
Dieu ne change pas, la patience obtient tout ; celui qui possède Dieu ne manque de rien : Dieu seul suffit.
Suis Jésus Christ d'un grand cœur, et quoi qu'il arrive, que rien ne t'effraie.

+ Hubert Herbreteau
Évêque d’Agen