Lettre pastorale de Mgr Hubert Herbreteau, septembre 2019
 
 
La joie de transmettre
quatorzième lettre pastorale
 
 
 

Chers diocésains,

Invité par un papa et sa fille Mathilde (14 ans) pour une balade en bateau sur la Garonne, entre Couthures sur Garonne et Marmande, j’ai découvert l’art difficile de la navigation. Tout au long du parcours, le papa a confié la direction du bateau à sa fille en lui indiquant les rochers à éviter, les endroits où la profondeur de l’eau est suffisante pour permettre au bateau d’aller plus vite (30 km/h), les passages obligés, la manière d’éviter les remous, l’utilisation du point mort pour le moteur, la technique pour faire demi-tour…
J’ai été témoin de ce qu’est la joie véritable d’une transmission entre générations. Cette transmission était possible grâce à la connivence entre le père et sa fille, mais grâce aussi à la confiance réciproque, au désir d’apprendre de l’autre.
J’ai immédiatement pensé à la belle image employée par le pape François dans son exhortation Christus vivit destinée aux jeunes, à propos de l’accompagnement des jeunes par les adultes : « Au Synode, l’un des jeunes auditeurs, venant des îles Samoa, a dit que l’Église est une pirogue, sur laquelle les vieux aident à maintenir la direction en interprétant la position des étoiles, et les jeunes rament avec force en imaginant ce qui les attend plus loin. (…) Il est mieux que nous montions tous dans la même pirogue, et que nous cherchions ensemble un monde meilleur, sous l’impulsion toujours nouvelle de l’Esprit Saint » (n° 201).
C’est bien ce qui s’est passé entre Mathilde et son père : un enrichissement réciproque, un amour partagé, le bonheur d’être dans le même bateau. Je voudrais vous parler cette année de la joie de transmettre la Bonne Nouvelle du Christ avec enthousiasme, audace et créativité, courage et assurance.


La joie de la mission

Notre département du Lot et Garonne est une terre de mission. L’Évangile y a retenti dès les premiers siècles avec des témoins remarquables comme sainte Foy, saint Caprais, saint Vincent. Aujourd’hui, il est traversé par un phénomène de sécularisation de grande ampleur. Dieu semble absent, loin des préoccupations de beaucoup de gens. Le nombre de personnes qui ne connaissent pas le Christ, surtout chez les jeunes, ne cesse de croître. Pourtant, ne passons pas notre temps à nous lamenter ! Regardons plutôt comment notre Église diocésaine cherche des chemins nouveaux pour l’Évangile.

Voici une liste non exhaustive de ce qui se fait déjà et qui doit nous réjouir :
- dans plusieurs paroisses existent les groupes Alpha accueillant des personnes qui refont un chemin dans la foi ;
- l’Ordre de Malte organise des repas conviviaux pour les personnes isolées ;
- des chrétiens accompagnent des catéchumènes vers le baptême ;
- des rencontres de réflexion sont destinées aux jeunes parents ;
- Le Secours catholique propose un repas aux personnes pauvres, avec un chef cuisinier ;
- deux paroisses de l’Agenais se retrouvent pour vivre ensemble une marche de la réconciliation ;
- la pastorale du tourisme fait visiter plusieurs églises dédiées à la Vierge Marie dans le Villeneuvois ;
- le Renouveau charismatique invite pour une célébration de l’effusion de l’Esprit ;
- la chorale diocésaine prépare des chants pour une belle célébration diocésaine ; comment transmettre la joie dans nos célébrations liturgiques ?
- le service des vocations invite pour la journée du 1 er mai.
- Etc.

Je souhaite que, cette année, chaque paroisse fasse connaître aux autres paroisses une expérience d’annonce de la foi renouvelée. Nous pourrions alors organiser dans le diocèse un forum d’initiatives paroissiales. Mettre en commun nos ressources est nécessaire.
Dans cette même dynamique, nous allons consacrer tout le mois d’octobre 2019 à réfléchir sur l’Église du Christ dans le monde et sur la mission des chrétiens baptisés. Ce mois de prière et de réflexion est demandé par le Pape François.
Voici quelques idées pour vivre ce mois d’octobre. On pourrait, par exemple :
- préparer un temps de prière sur une figure missionnaire du diocèse ;
- découvrir des figures missionnaires comme la vénérable Pauline Jaricot, sainte Thérèse de l’enfant Jésus, saint François Xavier, le bienheureux Pierre Claverie, etc ;
- susciter des échanges avec des diocèses étrangers, en lien avec les prêtres africains qui sont chez nous ;
- vivre dans la paroisse une Fête des peuples, rassemblant des chrétiens venant d’autres pays que la France ;
- inviter à une veillée de prière missionnaire, etc.

Que ce mois d’octobre soit vraiment un temps fort pour notre Église diocésaine !

La joie de consacrer sa vie à Dieu

La joie de la mission ne doit pas nous faire oublier des événements plus douloureux. Le 23 juin dernier nous avons vécu une célébration pleine de tristesse mais aussi d’action de grâce pour le départ des Sœurs Annonciades de Villeneuve sur Lot.
Le charisme de l’Annonciade doit continuer à porter des fruits chez nous. Déjà des laïcs se retrouvent régulièrement pour partager sur la vie spirituelle et sur les dix vertus de la Vierge Marie. Je les encourage à poursuivre leurs réflexions et leurs prières. D’autres peuvent aussi se joindre à cette fraternité.

Notre diocèse doit garder en mémoire la présence des Annonciades depuis 1533 à Agen, puis à Marmande en 1622 et à Villeneuve sur Lot (près de l’église Saint-Étienne) en 1624 et ensuite dans le lieu actuel. C’est une longue histoire qui laisse une trace profonde dans notre diocèse. Un des moyens de garder mémoire est de dire parfois dans notre chapelet le dizain des vertus parfaitement adapté à la prière du rosaire qui consiste à méditer l’Évangile avec Marie.
Le départ des Sœurs Annonciades nous rappelle aussi l’importance de la vie consacrée dans notre diocèse (religieux et religieuses apostoliques, contemplatifs et contemplatives).
Je vous invite à réfléchir en paroisse sur ce que représente pour notre Église le trésor spirituel des Congrégations religieuses. Comment inviter des jeunes à découvrir davantage la vie concrète des consacrés ? Pourquoi ne pas inviter dans la paroisse, un dimanche, des religieux et des religieuses pour témoigner de leur joie d’être totalement donnés au Seigneur et aux autres ? Le bulletin Dieu Appelle publié par le service diocésain des Vocations est à faire connaître. Il présente de beaux témoignages de personnes consacrées (prêtres, religieux, religieuses et laïques) remplies de joie et d’espérance.

La joie de connaître toujours davantage le Christ

Nous avons aussi une grande préoccupation concernant la catéchèse des enfants. Le nombre d’enfants catéchisés ne cesse de baisser. Il faut provoquer un sursaut de la proposition catéchétique. Mais comment s’y prendre ?
Ce qui se fait dans nos paroisses n’est pas critiquable et je remercie vivement les catéchistes pour leur dévouement et leur joie de faire connaître toujours davantage le Christ aux enfants et aux jeunes. Mais le contexte d’indifférence religieuse, la société des loisirs de plus en plus nombreux provoquent une désaffection de la pratique religieuse.
Je voudrais que l’on mette l’accent cette année sur la joie d’aller en catéchèse. Comment donner aux plus jeunes les outils pour mieux se connaître, pour éveiller leur curiosité, pour faire fructifier leurs ressources intérieures et spirituelles ? Comment aider les familles à éveiller et nourrir la foi des enfants ?
Les documents catéchétiques sont importants mais n’ont pas la prétention de « donner la foi ». Celle-ci est un don gracieux de Dieu. Il faut cependant s’interroger sur le contenu de la catéchèse qui doit être le développement du Credo de l’Église. Notre catéchèse doit présenter la totalité du mystère chrétien.
Il est nécessaire pour les catéchistes de se former au plan pédagogique et théologique, de se nourrir régulièrement de la Parole de Dieu, comprise, méditée et actualisée. Au mois d’octobre, les prêtres prendront une journée de formation avec le service de catéchèse afin de regarder la situation dans notre diocèse et trouver des pistes pour une mobilisation plus grande en catéchèse. La joie en catéchèse ? Déjà, saint Augustin disait à un diacre, appelé Deogratias, qui avait quelques problèmes avec son auditoire : « Il arrive souvent qu’un auditeur, qui écoutait d’abord avec plaisir, se fatigue soit d’écouter, soit de rester debout ; il ouvre la bouche, non plus pour approuver, mais pour bâiller, et montre même malgré lui qu’il désire s’en aller. Dès que nous nous en apercevons, il faut renouveler son attention, soit par un mot empreint de gaieté de bon aloi et adapté au sujet traité, soit par un trait propre à exciter l’admiration et l’étonnement ou encore l’affliction et les larmes… » (De catechizandis rudibus, 13, 19). Qu’il y ait la joie en catéchèse !

Le pape François dans son exhortation Christus vivit nous offre une autre image que celle de la pirogue évoquée précédemment et qui convient bien à notre propos sur la joie de croire : « J’ai parfois vu de jeunes arbres, beaux, cherchant toujours davantage à élever leurs branches vers le ciel, et qui ressemblaient à un chant d’espérance. Plus tard, après la tempête, je les ai vu tomber, sans vie. C’est parce qu’ils n’avaient pas beaucoup de racines ; ils avaient déployé leurs branches sans rien enraciner dans la terre (…) C’est pourquoi je souffre de voir que certains proposent aux jeunes de construire un avenir sans racines… » (n° 179).

Chers diocésains,

Notre responsabilité est grande vis-à-vis des générations futures. Comment s’enracine la foi en Christ ? Il y a des situations qui aujourd’hui nous rapetissent, nous étriquent, réduisent nos élans de vie. Il y a des situations qui, en revanche, dilatent notre cœur, nous rendent créatifs et témoins joyeux de la Bonne Nouvelle.

La joie ? C’est aimer ce qui fait du bien, prendre soin de la nature qui nous entoure. La joie c’est l’essence même de la vie. Chacun doit se poser des questions existentielles : pourquoi suis-je là ? Quelle peut être ma contribution au monde, à l’Église, à ma paroisse ? Concrètement, cela nous conduit à nous poser des questions sur la manière d’habiter le temps et l'espace, d’entrer en relation et de créer des liens. La joie est intemporelle, toutes les générations veulent en être nourries. C’est un état vibratoire.

Que cette année soit sous le signe de la joie ! Soyons des disciples missionnaires heureux ! « Voici le jour que le Seigneur a fait : qu’il soit notre bonheur et notre joie ! » (Ps 117, 24).

Bonne année pastorale à tous !

                                                            + Hubert HERBRETEAU, votre évêque

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