La Fête Dieu à Tolède, le 10 juin 2007
 
 
 
 
 

Dans le cadre du jumelage d'Agen et de Tolède, Mgr Herbreteau, accompagné de ses collaborateurs, a assisté à la fête du Saint Sacrement à Tolède le dimanche 10 juin.
Notre évêque nous narre cette journée.

« L'abbé Jean-Pierre Ortholan, l'économe diocésain M. Robert Pérez et son épouse, et moi-même, sommes arrivés à Tolède le 7 juin, vers 18 h 30.

Cette ville située à 70 kilomètres au sud de Madrid est une pure merveille. Sur un promontoire et blottie dans les méandres du Tage, elle est comme un joyau dans un écrin. La luminosité de la fin de la journée est exceptionnelle et le climat est d'une agréable douceur.

Dans le cadre du jumelage entre Agen et Tolède, notre voyage avait pour objectif de rencontrer les chrétiens d'un autre diocèse. Pour cela, la fête du Saint Sacrement, qu'on appelle aussi la fête-Dieu ou la fête du Corpus Christi est l'occasion unique de vivre un temps fort de communion et de prière. Le Corpus Christi est l'une des fêtes les plus célèbres en Espagne, neuf semaines après la semaine sainte.

Une procession unique au monde

La procession commence à la cathédrale, édifice magnifique qui conjugue les styles gothique, mudéjare, baroque et néoclassique. L'hostie placée dans une imposante monstrance quitte la cathédrale par la porte où sortaient autrefois les rois. 21 coups de canons saluent cette sortie. Le Saint Sacrement reçoit des honneurs plus grands que n'importe quel roi. Il est porté en procession dans les rues de Tolède.

Le cortège est composé des confréries dont chaque membre porte les vêtements chatoyants. Viennent ensuite l'armée et le clergé. Derrière la monstrance, l'archevêque de Tolède et ses auxiliaires marchent dans un profond silence.

Tout au long du parcours, les gens de la ville jettent des fleurs et applaudissent au passage du Saint Sacrement. Les balcons et les murs sont décorés avec des tentures. Le thym qui jonche le sol dégage des senteurs agréables. De nombreux touristes se joignent à une foule importante.


Nous pourrions avoir l'impression que tout cela est superficiel. C'est une erreur ! Notre mentalité française n'est pas habituée à de telles expressions de foi et de piété. Il faut alors se garder de juger de l'extérieur. Par contre, participer à cette procession, c'est découvrir l'importance de l'eucharistie dans notre vie chrétienne. S'adressant à la foule, l'archevêque de Tolède a beaucoup insisté sur l'eucharistie comme sacrement de l'unité et de la communion.

Un échange entre Églises

Pour ma part, en tant qu'évêque d'Agen, j'ai beaucoup apprécié la rencontre avec Monseigneur Antonio Canizares, Primat d'Espagne. Archevêque de Tolède depuis 2002, et nommé Cardinal l'année dernière. Pendant trois quarts d'heure, nous avons parlé de son diocèse en plein essor. Les vocations y sont nombreuses. Les jeunes prêtres déploient une intense activité auprès de la jeunesse. Récemment, dans la ville nouvelle, plusieurs églises ont été construites, signe d'une foi vivante.

Comment expliquer un tel dynamisme ? Peut-être Tolède est-elle à part dans le paysage ecclésial de l'Espagne. Mais il faut aussi constater les effets d'une pastorale centrée sur les vocations et menée avec énergie depuis longtemps par les évêques de Tolède.

Le modèle n'est sans doute pas transposable, mais nous aurions sans doute de bonnes idées à prendre. Je souhaiterais que les relations entre nos deux diocèses s'intensifient. Il serait possible et bénéfique que la pastorale des jeunes et la pastorale des vocations de notre diocèse découvrent comment sont organisées celles de Tolède. Par ailleurs, compte tenu de l'accent mis sur l'eucharistie et sur la formation des servants d'autel, pourquoi ne pas envisager un voyage avec les servants d'autel du Lot et Garonne ?

Peinture et théâtre

Notre voyage à Tolède comportait une dimension spirituelle avec la participation à la fête du Corpus Christi. Mais cela ne pouvait pas se vivre sans une approche artistique et culturelle.

Il y a eu tout d'abord la pièce jouée à la cathédrale. Nous avons assisté à un auto sacramental composé par un auteur du 17e siècle : Calderon de la Barca. Un auto sacramental est comparable aux Mystères ou aux scènes de la Bible que l'on jouait au Moyen Âge sur les parvis des cathédrales.


À Tolède, c'est la parabole du Bon Samaritain qui a été représentée. La pièce a une portée théologique. Tout débouche sur le repas messianique de l'eucharistie. Le rôle du Christ est fortement marqué. Comme le dit le grand Théologien Hans Urs von Balthasar à propos de Calderon : « Jamais le réseau à l'intérieur duquel l'homme joue sa vie, n'est inexorablement refermé sur lui » (La Dramatique divine, culture et vérité, 1984, page 303). La grâce prévenante de Dieu et le salut sont toujours offerts.

Quel émerveillement aussi devant la peinture de Le Greco, à l'église Santo Tomé ! En 1586, avec l'Enterrement du comte d'Orgaz, le Greco apporte un véritable renouveau esthétique, avec une technique figurative très particulière, une palette de couleurs très personnelle, mais surtout une élévation spirituelle, et même un mysticisme, qui font écho aux écrits spirituels de son époque (Le Chemin de la Perfection de Sainte Thérèse d'Avila, Le Cantique Spirituel de Saint Jean de la croix).

Nous quittons Tolède avec émotion. Tolède avec ses ruelles étroites et accueillantes, ses tapas et son mazepan, Tolède avec ses habitants forts sympathiques. Nous y reviendrons et je souhaite accueillir bientôt à Agen des tolédans, le Cardinal et son vicaire général.»

Mgr Hubert Herbreteau
Évêque d'Agen

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