"Dieu versus Darwin", conférence de Jacques Arnould, le 7 juin 2007
 
 
 
 
 

Créationnisme ou Darwinisme ? Fondamentalisme biblique ou foi en la science ? 

Jeudi 7 juin, la librairie La Sainte-Famille d'Agen a invité au Centre Jean XXIII Jacques Arnould, auteur de Dieu versus Darwin. Ce dominicain et scientifique s'interroge sur le créationnisme, thèse selon laquelle la Terre et l'Univers ont été créés par Dieu, et qui rejette la théorie de l'évolution de Charles Darwin.

Jacques Arnould est tout à la fois dominicain, ingénieur agronome, docteur en histoire des sciences et en théologie. A ces titres, il s'intéresse particulièrement aux relations entre sciences, cultures et religions, au vivant et à son évolution, ainsi qu'à la conquête de l'espace. Il travaille aujourd'hui comme chargé de mission au Cnes (Centre national d'études spatiales) sur la dimension éthique, sociale et culturelle des activités spatiales.

Il se situe dans la lignée de Pierre Teilhard de Chardin, jésuite, chercheur, théologien et philosophe français de la première moitié du XXe siècle, connu pour ne pas voir d'opposition entre la foi catholique et la science. Jacques Arnould cherche en effet à réconcilier science et foi, notamment dans son dernier ouvrage, Dieu versus Darwin : les créationnistes vont-il triompher de la science ?

Ce livre est né de son expérience de scientifique : « Je travaillais dans un laboratoire sur la thèse de l'évolution. Ma première réaction vis-à-vis des créationnistes, qui prenant la bible au pied de la lettre, était le rejet », raconte-t-il. Mais il souligne que « ceux dont on parle sont des croyants. Ils ont cette attitude parce qu'ils défendent leur foi. Je me suis dis « tu es aussi proche d'eux que des évolutionnistes. » Jacques Arnould s'interroge donc sur l'attitude de ces chrétiens qui considèrent que la Terre a été créée en six jours par Dieu, comme cela est mentionné dans la Bible. Une anecdote l'interpelle au début des années 1990. Lors d'une mission aux Etats-Unis pour l'agence spatiale française, il rencontre un américain, créationniste, qui lui pose une question étonnante : « Qui a fait Paris ? ». Surpris, Jacques Arnould hésite : « les rois de France, Haussmann... ». « Enfin, c'est Dieu qui a fait ça ! », lui rétorque l'américain. Avec humour, Jacques Arnould lui fait toutefois remarquer que « les Folies bergères, ce n'est pas Dieu qui a voulu ça ! »

Une réaction au darwinisme

Enchaînant sur cette histoire, Jacques Arnould étudie l'histoire du créationnisme : « Ce mouvement est né au milieu du XIXe siècle quand Darwin a lancé une véritable révolution scientifique. Jusqu'alors, le monde était comme un jardin à la française, bien ordonné. Depuis plus d'un siècle, chaque être vivant avait chacun sa place. Mais Darwin est arrivé, a fait la promotion d'un jardin à l'anglaise et a expliqué que les cloisons entre les espèces n'étaient pas si étanches que cela », explique Jacques Arnould.

Des débats commencent alors à s'instaurer à propos de cette théorie exposée dans de l'origine des espèces. « On l'a résumé par l'idée que l'homme descend du singe. Cette liaison entre l'homme et le reste du monde vivant était considérée comme inacceptable. Cela voulait dire que le Christ descend aussi du singe. »

Des théories créationnistes se développent ensuite, principalement aux Etats-Unis. Ces opposants aux idées évolutionnistes « défendent une lecture à la lettre de la Bible. Pour eux la Bible est l'unique source et critère de vérité. Ce sont des fondamentalistes et des intégristes, car ils veulent que l'ensemble de la société les suive. » Ils rentrent alors « dans un système de croisade, avec pour cible le monde de l'éducation.» Les créationnistes ont en effet développé aux Etats-Unis « un système de lobbying pour obliger les États à voter des lois interdisant l'enseignement de l'évolutionnisme. » Au début du XXe siècle se tient ainsi le premier « procès du singe », gagné par les créationnistes contre un enseignant.

Les renouveaux du créationnisme

Mais ce créationnisme est bouleversé par le lancement du premier satellite, Spoutnik, le 4 octobre 1957. C'est un choc pour les Américains qui « se considèrent potentiellement menacés par une arme soviétique. » Dans un contexte de guerre froide, l'urgence est de lancer de grands programmes de recherche scientifiques. Les thèses des créationnistes s'en trouvent rejetés. Dès lors, ceux-ci optent pour une nouvelle stratégie : créer des sciences créationnistes, « avec un enracinement biblique clair mais qui met la science en avant. Et petit à petit, leur influence s'étend du Sud à l'ensemble des États-Unis. »  Et pourtant, dans leur approche, on ne trouve « pas du tout d'approche théologique, la part de raison y est très faible », souligne Jacques Arnould.
Les créationnistes prétendent ainsi qu'il y avait des dinosaures dans l'arche de Noé !

Toutefois, l'auteur signale l'apparition d'un néocréationnisme depuis le début des années 2000. Appelé aussi « mouvement du dessin intelligent », ils ne s'oppose pas à l'évolution, ne fait pas forcément d'allusion biblique. Ces nouveaux créationnistes invitent à observer « la complexité incroyable de la nature et du cosmos », remarquant que « ces éléments ne sont pas construits au hasard. Il faut donc un facteur et supplémentaire, l'action d'une intelligence supérieure, un grand architecte pour expliquer le monde, les moyens de la science ne suffisant pas », précise Jacques Arnould.

Réconcilier foi et science ?

Galilée, physicien et astronome italien du XVIIe siècle, revendiquait la séparation des domaines scientifiques et religieux, car « la Bible ne dit pas comment va le ciel, mais comment aller au ciel. » Dans ce néocréationnisme, « il y a des lieux d'interrogation posés aux croyants par rapport à ce que chacun de ces domaines apporte à des questions communes», souligne le conférencier.

Jacques Arnould conclut ainsi en allant dans le sens d'une conciliation entre science et foi : « Elles peuvent bien s'accorder ou être parfois en désaccord. Mais la science comme la foi sont en chemin. » Certains phénomènes comme les miracles, sont inexpliqués, mais peu importe, car « le principe du miracle est d'y voir un signe de Dieu. » Enfin, le dominicain rappelle que dans la tradition chrétienne « Dieu est à l'origine du monde, mais Dieu ne cesse de créer l'homme à son image, et le Christ réalise dans sa condition humaine ce projet de Dieu. Le Dieu créateur est un mystère, mais la part de mystère, il faut la garder. »

Claire CAILLARD
extrait d'un article du Courrier Français du 15 juin 2007