Les chrétiens et la politique, catéchèse de Mgr Hubert HERBRETEAU, le 24 février 2007
 
 
 
 
 

Les élections que nous allons vivre dans quelques semaines représentent un enjeu important pour notre démocratie. Ce qui peut nous guider dans nos choix, c'est la volonté du vivre ensemble, la recherche du bien commun, le respect et la dignité de la personne humaine. Des jeunes, entre 18 et 35 ans se sont réunis le samedi 24 février, à Nérac, pour réfléchir à l'importance de la politique dans la vie d'un chrétien. Voici quelques pistes qui ont permis d'approfondir ce sujet à la lumière des documents du Magistère.

1. - Qu'est-ce que la politique ?

Il nous faut tout d'abord élargir une conception trop étroite peut-être de la politique. Pour beaucoup de gens, la politique consiste seulement à déposer un bulletin de vote dans une urne ou à adhérer à un parti politique.

En fait, tous nous participons à la vie de la cité par nos décisions, par la participation à des associations, par nos comportements. Par nos actions, nous contribuons à la vitalité ou au déclin de notre vie en société.

« Nous affirmons que la politique est essentielle : une société qui la mésestime se met en péril. Il est urgent de la réhabiliter et de la repenser en tous domaines (éducation, famille, économie, culture, santé, protection sociale, justice...) un rapport actif entre la politique et la vie quotidienne des citoyens.

La politique a en effet comme ambition de réaliser le vivre ensemble de personnes et de groupes qui, sans elles resteraient étrangers les uns aux autres » (Commission sociale de l'épiscopat, Réhabiliter la politique, 1999, n° 7 et n° 8).

Notre société est organisée autour de trois types d'acteurs. À côté des acteurs économiques préoccupés de la production et de la répartition des richesses, à côté des acteurs politiques préoccupés de l'organisation du pouvoir, du bien de la cité, il y a les acteurs éthiques préoccupés du sens. Les chrétiens doivent mettre la priorité sur cette recherche éthique, à la lumière de l'Évangile. Par des prises de position courageuses, ils contribuent à mettre l'humain au centre de toute évolution sociale. Ainsi, devant « la bonne solution » économique ou politique, il y a parfois lieu de s'interroger : « C'est pour le bien de qui ? Quelles sont les conséquences de telle ou telle décision ? » Un rôle de vigilance et un apport critique sont bénéfiques de la part de des acteurs éthiques dont les chrétiens font partie.

2. - La dimension politique de la vie chrétienne

Il nous découvrir ensuite quelle est la dimension politique de la vie chrétienne. On pourrait parler aussi de la dimension chrétienne de la politique Ou encore, à la manière des évêques de France, en 1973, on pourrait suggérer l'orientation suivante : « Pour une pratique chrétienne de la politique »

Parler de dimension politique de la vie chrétienne, c'est souligner combien il importe de toujours conjuguer et d'articuler trois aspects : annonce de la foi, liturgie et service de l'humain. Lorsqu'il manque un de ces trois aspects, la vie chrétienne s'appauvrit et risque de s'étioler.

• Ainsi « Nous ne pouvons proposer la foi qu'en étant effectivement présents aux fractures de notre société et aux personnes qui souffrent de ces fractures, et nous avons la liberté d'attester que cette foi en Jésus Christ n'est pas pour nous une référence vague et implicite, mais la raison première de notre action, et la source de notre espérance, même dans les conditions les plus rebelles à l'espérance » (Les évêques de France, Proposer la foi dans la société actuelle, 1996, p. 23).

Il importe donc ne pas séparer l'annonce de la foi et service de l'humain. En ce sens une catéchiste fait de la politique, quand elle réunit un groupe d'enfants. Elle leur parle de Jésus, bien sûr, mais elle travaille aussi à leur humanisation en leur apprenant à s'écouter, à respecter les lois du groupe, etc.

• Nous ne pouvons pas non plus séparer la liturgie du service de l'humain. « Célébrants de l'eucharistie, nous partageons le pain de vie. Réunis en frères aimés par un même Père, nous annonçons le Royaume qui sera terre fraternelle. Toute forme de rupture entre les hommes est ressentie comme contraire à l'eucharistie » (Commission sociale de l'Épiscopat, L'écart social n'est pas une fatalité, novembre 1996).

L'engagement social sera de moins en moins « une affaire à option » disait Jean Boisonnat. Pour un chrétien, c'est même un devoir de faire de la politique, avec un souci du bien commun et du bonheur de tous.

La dimension politique de la vie chrétienne, c'est de contribuer à la paix et à la justice et de montrer que l'Évangile est au service de cet idéal. Les chrétiens partagent la condition commune des hommes et des femmes d'aujourd'hui.

« Nous voilà donc appelés à vérifier la nouveauté du don de Dieu, de l'intérieur même de notre foi vécue dans cette société incertaine qui est la nôtre » (Les évêques de France, Proposer la foi dans la société actuelle, 1996, p.25).

L'Évangile n'est pas un contre-projet culturel ou social, mais une puissance de renouvellement. Nous voilà invités à être des contemplatifs dans l'action, dans toutes nos décisions.

3. - La sagesse qui vient de notre tradition chrétienne

Enfin retenons ce qui vient de notre tradition chrétienne. Le respect de la personne passe en premier. La recherche d'unité et de cohésion n'empêche pas le débat et le désaccord. L'universalité nous permet d'accueillir en priorité le pauvre, l'étranger. Tout conduit à la conviction que le royaume de Dieu est déjà là et qu'il nous rend actifs dans le présent.

Nous héritons de cette tradition qui peut guider notre action aujourd'hui. Où cela s'enracine-t-il ? Quelques repères sont utiles :

• L'Église est appelée à servir l'homme. Ce service s'enracine dans le fait que « par son Incarnation , le Fils de Dieu s'est en quelque sorte uni Lui-même à tout homme » (Gaudium et Spes n° 22).

• L'Église, qui en raison de sa charge et de sa compétence, ne se confond d'aucune manière avec la communauté politique et n'est liée à aucun système politique, est à la fois le signe et la sauvegarde du caractère transcendant de la personne humaine. « Tout homme est une histoire sacrée » chantons-nous parfois.

• Il s'agit de trouver un élan spirituel grâce à une participation réelle à la vie de l'Église et de chercher un éclairage grâce à la doctrine sociale.

• Le fruit d'une activité politique solidaire, c'est la paix. En tant que disciples du Christ, Prince de la paix, il importe d'assumer la tâche d'être des artisans de paix.

La Commission sociale de l'Épiscopat Français a fait paraître, en mars 1999, un document intitulé Réhabiliter la politique. Titre parlant, à une époque où la politique est l'objet de soupçon et de critique. Beaucoup trouvent les réformes insuffisantes devant les inégalités sociales, d'autres ont l'impression d'être éloignés des décisions prises par des experts. Enfin « les affaires » conduisent à la méfiance.

Ce document des évêques mérite d'être lu avec attention. Il souligne que la foi chrétienne est une des composantes majeures de l'histoire et de la culture européennes et qu'elle offre des repères éthiques et spirituels. Six repères peuvent éclairer la réflexion et inspirer l'action de ceux qui sont engagés dans la vie politique :

  • La dignité de la personne humaine ;
  • L'attention aux pauvres, aux faibles et aux opprimés. La grandeur de la politique est de reconnaître, d'intégrer les plus démunis ;
  • Le pouvoir comme un service et non comme une domination ;
  • Le respect de l'adversaire : il a lui aussi sa part de vérité ;
  • L'ouverture à l'universalisme, par le dépassement de tout nationalisme et de tout racisme ;
  • Le partage et la destination universelle des biens.

À méditer, à l'approche des élections présidentielles, législatives et municipales !

Mgr Hubert HERBRETEAU
à Nérac, le 24 février 2007