Compte-rendu de la Récollection "La médiation dans l'Évangile" par le Frère Alain Richard au Monastère des Clarisses le 29 avril 2006
 
 
 
 
 

Dans la Bible le mot médiation est généralement utilisé dans le sens d'intercession, par exemple l'intercession de Moïse, des prophètes, de Jésus.

Mais, pour ce week-end, le mot médiation est pris dans le sens d'ouvrir des espaces de parole, protégés des jugements arbitraires, des idées reçues. Comment donc vivre avec celui avec qui on est en conflit ?

Dans les Béatitudes, le Christ dit « Bienheureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés Fils de Dieu ». Ces paroles résonnent en chacun de nous. Il faut intervenir pour que le conflit ne détruise pas les deux adversaires. Et il est difficile de déceler la façon d'intervenir.

Deux cas se présentent : 

  • Soit nous sommes personnellement en conflit : nous avons à accepter d'entrer dans un processus avec la personne adverse
  • Soit nous ne sommes pas personnellement en conflit, et nous aidons deux personnes ( ou deux groupes) à démarrer un processus de règlement du conflit en provoquant une rencontre pour trouver une issue.

Jésus nous dit quelles sont les dispositions de cœur pour faire face à ces situations

Ne pas juger, ne pas répliquer à la violence par la violence

Quand on est en conflit avec quelqu'un, très souvent nous rejetons tous les torts sur l'autre. Si deux personnes s'opposent : on les juge, alors qu'on ne devrait pas le faire.

Jésus, nous invite à ne pas répliquer à la violence, par la violence. Dans la violence, il y a le désir de détruire quelque chose chez l'autre. Cette volonté destructrice montre le manque de respect de l'autre.

Aimer nos ennemis

« Aimez vos ennemis », ce n'est pas dire « fais de moi ce que tu veux » c'est dire « tu es sorti de tes gonds, mais tu te fais du mal ». Quand le Christ dit de tendre la joue gauche, cela signifie que, la main gauche, étant considérée comme impure par les juifs, l'acte de violence devient un acte impur, qui souille celui qui le fait. C'est donc une insulte encore plus grave : « il est temps de stopper la dégradation que tu fais à toi même. »

Pardonnez et priez pour ceux qui vous persécutent

Dans l'Evangile, il y a des phrases sur le pardon « Va te réconcilier avec ton frère », « Pardonnez pour que Dieu vous pardonne », « pardonnez jusqu'à soixante dix sept fois » et aussi la parabole du débiteur sans pitié. Le pardon est associé au pardon divin.

« Priez pour ceux qui vous persécutent », ce n'est pas commode du tout, que l'autre se mette dans le sens que Dieu veut pour lui ! Si nous n'arrivons pas à pardonner pleinement, qu'au moins nous arrivions à prier sincèrement,

Il faut essayer de gagner la personne qui a péché : «  Fais lui des reproches seul à seul ; puis avec deux ou trois témoins » ; « Il faut se réconcilier avant de présenter son offrande » : il y a une relation avec la miséricorde de Dieu « vous recevrez une mesure bien tassée » dit Jésus.

Je peux être indigné, mais je ne juge pas. Il est préférable de dire « Je », au lieu de dire « tu ». Dans le « tu », il y a un jugement : « Tu as brûlé ma voiture (colère) ; « Tu te rends compte dans quel pétrin tu m'as mis. Dans le «  je », il n'y a pas de jugement. Le fait de juger est négatif, mais si j'explique pourquoi par exemple « c'est gênant », c'est plus facile à recevoir. Il faut rester neutre quand on expose des faits, ne pas prendre parti. Quand quelqu'un se met à part d'un groupe, il faut avoir le courage d'aller vers lui, lui parler, proposer une médiation.

Jésus a une attitude qui questionne et parfois brutalement : il traite les pharisiens de « sépulcres blanchis », « d'hypocrites » pour les amener à changer. Dans tout le Nouveau Testament, le Christ a cette attitude pour réveiller l'être humain de sa médiocrité, ou bien sortir l'homme de son animalité.

Le péché originel est un poids qui gêne l'être humain dans sa capacité d'aimer comme Dieu aime, de sortir le meilleur de l'autre. Il faut que nous avancions dans cette compréhension. Dieu est prêt à asséner de grands coups à l'homme pour le sortir de sa passivité, qui est souvent l'origine de la violence.

Au Concile de Jérusalem, les Apôtres sont divisés. Dans la guerre, Dieu n'est pas en colère ; c'est son amour qui est blessé. Comment devenir médiateur ? C'est accepter d'être blessé, mais pas trop.

Dans l'épisode de la querelle entre l'Evêque et le Podestat (maire) d'Assise, François est loin. Il souffre de cette situation, personne ne fait rien ... Alors V Amour de Dieu le tiraille: « à quoi sert il s'il ne peut pas être un intermédiaire 9 »
Il faut libérer le divin qui est en chaque être. Il y a toujours de la souffrance dans l'amour. En Dieu, il y a quelque chose de similaire. La souffrance est dans le fait que l'autre ne sort pas de sa médiocrité. François veut faire comprendre aux hommes ce qu'est la paix, par sa vie et sa mort. Il compose la strophe de son cantique des créatures : «  Heureux ceux qui pardonnent par amour pour Toi ». Et il envoie les frères au devant du Podestat qui a été appelé devant l'Evêque. Les Frères chantent simplement : il n'y a nulle menace dans ce chant, il n'y a pas de médiateur pour parlementer ; François lui-même n'est pas là ! Mais, quand ils chantent Heureux ceux qui pardonnent par Amour pour Toi « il s'associe à la Joie de Dieu ! » 

François s'associe à la Joie de Dieu, tandis que ses frères chantent : « Ceux qui supportent épreuves et maladies ».
Un pas est fait de chaque côté : de la part de l'Evêque et de la part du Podestat, mais c'est François qui a fait le premier pas. Il a prié. Le laïc reconnaît sa faute et le religieux aussi. Le prétexte est nécessité pour changer leurs vies.
François n'est pas là : mais il a une telle compassion en lui qu'il agit malgré tout. Par l'intensité de son amour, François connaît et reçoit beaucoup de grâces.
Dans la prière nous sommes comme des cruches vides qui se laissent remplir par Dieu. C'est une attitude intérieure de relation à Dieu. C'est là l'origine de notre ouverture aux autres ; Nous devons être le canal de la compassion de Dieu ;
Au Concile de Jérusalem, Jacques dit que Dieu a choisi le « peuple élu » parmi les païens. Alors, on ne peut pas faire moins que Dieu : il faut accepter les païens tout simplement. Les Apôtres essayent de se mettre à l'unisson de la tendresse de Dieu. Jacques n'a pas trouvé tout de suite cette réponse : elle est le fruit de discussions et de prières. Il faut travailler en groupes priants et faire ce que Dieu nous souffle. La Compassion de Dieu est un torrent ! Saurons-nous la recevoir et en faire bénéficier ceux qui sont en conflit.

Livre...

Piliers pour une culture de la non violence Auteur: Alain J. Richard Edition Marmattan