Ouverture de l'année jubilaire : Homélie de Mgr Ricard, le 12 octobre 2003
 
 
 
 
 

L'année jubilaire Sainte Foy, s'ouvre aujourd'hui, en cette fête des Saints fondateurs de l'Église d'Agen, par un acte de mémoire. Faire mémoire dans l'Église ne signifie pas seulement évoquer le souvenir de quelques personnages prestigieux, mais c'est actualiser leur témoignage, c'est voir en quoi celui ci peut être éclairant, appelant, pour nous. C'est aussi dans la communion des Saints se confier à eux, leur demander dans la prière leur aide et leur protection.

Comme dans l'histoire de la plupart de nos Églises diocésaines, nous ne saurons jamais quels sont ceux et celles qui, pour la toute première fois, ont introduit la foi chrétienne dans cette contrée de l'Agenais. Par contre, nous voyons apparaître au cours de persécutions le visage de cette Église naissante. La mémoire chrétienne a gardé avec ferveur le souvenir de ceux qui ont témoigné de leur foi, de ceux dont le sang versé a été semence de chrétiens, comme le dit l'antique adage : Sanguis martyrum, semen christianorum. En Agenais, ces témoins ont un nom. La tradition les rappelle : Foy, cette adolescente de 13 ans, sa soeur Alberte, les deux frères Prime et Félicien, Caprais, Vincent auxquels il faut ajouter les noms de ces grands défenseurs de la foi, quelques années plus tard, comme l'évêque Saint Phébade.

En 303, sous la persécution terrible des empereurs Dioclétien et Maximien, des chrétiens vont être arrêtés et invités à renier leur foi.

Ils témoignent de leur fidélité au Christ jusqu'au don de leur vie et mourront martyrs. Quels sont les appels, qu'aujourd'hui, ils nous lancent ? J'en vois quatre :

1. N'ayez pas peur de témoigner votre foi

Ces hommes, ces femmes, ces évêques et ces jeunes n'hésitent pas à confesser leur foi. A Dacien, ce gouverneur de la province Tarragonaise et de l'Aquitaine méridionale qui l'interrogeait, la jeune Foy répondra selon la tradition d'un certain nombre de ses hagiographes : « Au nom de Jésus Christ ? MON Seigneur ? non seulement je ne sacrifierai pas à vos dieux, mais je suis prête à souffrir toutes sortes de tourments ». et Caprais n'aura pas peur de dire : « Mon nom est le plus beau du monde : je suis chrétien ». Ces chrétiens ne vivent pas dans un environnement social et politique facile. Beaucoup de leurs contemporains reprochent au christianisme, par son refus de sacrifier aux divinités païennes.. qui étaient comme le ciment religieux de la société romaine, de fragiliser cette société. Ils le voient comme un ferment dangereux qu'il faut extirper. Des chrétiens pourtant n'hésiteront pas à témoigner de leur foi jusqu'à verser leur sang pour le Christ. Tout au long de son histoire, l'Église a vu se lever des croyants qui ont eu le courage du témoignage. Il y a un mois, je participais à Bratislava à la messe au cours de laquelle Jean Paul Il a béatifié une évêque et une religieuse slovaques qui étaient morts des séquelles de tortures physiques et morales qu'ils avaient subies de la part du régime en place, il y a quelques décennies.

Nous ne sommes pas aujourd'hui en France dans un contexte de persécution violente mais au sein d'une société plutôt indifférente. Pourtant tout n'est pas des plus faciles. Des jeunes chrétiens se sentent peu nombreux, ont peur du qu'en dira t on, redoutent d'être l'objet de moqueries ou de dérision. Nous sommes dans un monde qui se veut très « tolérant », mais à condition souvent que ce qu'on dit et ce que l'on fait aille dans le sens des valeurs communes d'aujourd'hui. Malheur à celui qui ne suit pas la pensée unique véhiculée par les médias ou l'opinion commune ! Il sera aussitôt taxé d'idéaliste ou de « ringard ». Ne sommes nous pas là, nous aussi, appelés à défendre notre liberté de penser, à avoir le courage d'un discernement spirituel et moral libre malgré les pressions, à avoir l'audace de témoigner sereinement mais avec conviction de notre foi et de notre sens de l'homme ?

2. Laissez vous saisir par le Christ

Quelle est la force de ces témoins de la foi, de ces martyrs ? Ce n'est pas d'abord un courage héroïque qui ferait d'eux des êtres d'exception, très éloignés de nous. Ils sont aussi fragiles que nous. Mais ils ont une foi profonde dans l'aide de Dieu. Ils ne se sentent pas seuls. Ils expérimentent la force du Saint Esprit promis par le Christ, quand celui ci disait à ses apôtres : « Vous serez traduits devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi : ils auront là un témoignage, eux et les païens. Lorsqu'ils vous livreront, ne vous inquiétez pas de savoir comment parler et que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure là, car ce n'est pas vous qui parlerez, c'est lEsprit de votre Père qui parlera en vous » (Mt 10, 18 20). Si l'Esprit parle en eux, c'est parce que dans leur vie chrétienne ils ont appris, au jour le jour, à être disponibles à l'Esprit, accueillant au don de Dieu.
Au cours de cette année jubilaire Sainte Foy, n'avons nous pas nous aussi à nous laisser saisir par le Christ, comme dit saint Paul ? A renouveler en nous notre réponse à l'appel du Christ, dans une prière fervente, une écoute renouvelée de l'Écriture comme Parole de Dieu, une participation plus régulière à l'Eucharistie, un engagement pour les autres plus marqué ? En 304, lors d'une persécution, les chrétiens d'Abilène répondront à leurs juges : « Nous avons célébré l'assemblée dominicale parce qu'il n'est pas permis de suspendre la célébration ». Ne sommes nous pas les héritiers de ces chrétiens là ?

3. Soyez des pierres vivantes de l'Église

Ces chrétiens qui témoignent de leur foi, en témoignent ensemble. Ils ont une conscience vive de leur commune solidarité dans leur confession de foi. Rien n'aurait été plus étranger pour eux qu'un christianisme individualiste, où on est chrétien, chacun pour soi, dans son coin. Ils ont au contraire la conviction que comme des « pierres vivantes » (cf 1 Pi 2, 5) ils prennent part à l'édification de

l'Église comme maison spirituelle. Ils ont un sens aigu de l'entraide spirituelle fraternelle.
Nous avons besoin, nous aussi, de renforcer nos liens ecclésiaux, de porter la vie et la mission de l'Église ensemble, d'avancer vers une plus grande co responsabilité dans le respect de la diversité nos charismes et de nos ministères. On ne peut relever qu'ensemble le défi d'une évangélisation renouvelée de notre société.

4. Jeunes, entendez l'appel du Seigneur

On est frappé par l'âge de Sainte Foy : 13 ans ! Une jeune fille, à peine sortie de l'enfance. Je pense que la jeunesse de notre sainte n'a pas été étrangère à la popularité du culte qui va se développer après a mort. Dieu appelle à tout âge. Le Christ appelle des enfants et des jeunes à être ses disciples et ses témoins. Il a confiance en eux.
Nous sommes aujourd'hui en France dans une Église où on a l'impression que massivement les jeunes ne sont pas là, qu'ils sont ailleurs. Je connais pourtant des pays où des jeunes ont des responsabilités importantes dans la mission et dans l'animation de la vie de l'Église. Et si, en ce début du 3e millénaire, le Seigneur nous surprenait et s'il comptait tout particulièrement sur les jeunes pour travailler à l'avenir de son Église et être témoins de son Évangile ? Et si cette année jubilaire était l'occasion pour beaucoup de jeunes de dire au Christ : « Seigneur, qu'attends tu de nous ? On a confiance en toi. Tu peux avoir confiance en nous ».

Puissent tous ces Saints que nous fêtons aujourd'hui nous communiquer quelque chose de la vitalité de leur foi et de leur dynamisme apostolique. C'est ce que, par leur intercession, nous allons demander au Seigneur dans cette eucharistie. Amen