Message de Carême de Mgr Herbreteau, le 9 mars 2014
 
 
 
 
 

Le choix d’une sobriété heureuse

Chers diocésains,

Vous avez peut-être entendu parler de Pierre Rabhi, agriculteur d’origine algérienne et auteur de nombreux livres sur le respect de la terre et de l’environnement. En prenant appui sur son expérience, une évidence s’est progressivement imposée à lui : seul le choix de la modération de nos besoins et désirs permettra de remettre l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations. Dans son livre Vers la sobriété heureuse (Actes Sud, 2010), il écrit : « La vie n’est une belle aventure que lorsqu’elle est jalonnée de petits ou grands défis à surmonter, qui entretiennent la vigilance, suscitent la créativité, stimulent l’imagination et, pour tout dire, déclenchent l’enthousiasme, à savoir le divin en nous. La joie de vivre est une valeur suprême à laquelle nous aspirons tous, mais que des milliards de dollars ne peuvent offrir » (p. 23)

Chers diocésains, le Carême est un temps qui nous invite au jeûne, à la prière et au partage. Les trois réalités sont à réunir et à situer dans la marche vers Pâques. Nous nous préparons ainsi à fêter le Christ ressuscité. Je vous encourage cette année à mettre l’accent sur davantage de frugalité et de sobriété. Pas seulement pour faire un exercice ascétique ou pour maigrir de quelques kilos, mais parce que la modération nous fait aller à l’essentiel.

L’essentiel, c’est de vivre des relations heureuses avec ceux qui nous entourent. Alors laissons de côté les activités chronophages (surconsommation, addiction à Internet, au portable etc.) et prenons le temps des échanges gratuits dans notre famille, avec nos voisins, avec les malades que nous connaissons, avec les enfants.

L’essentiel, c’est de protéger notre environnement. Alors faisons un effort pour réduire l’utilisation de la voiture, effectuer un tri sélectif et modérer notre consommation d’eau. L’avenir de notre planète doit être une préoccupation majeure. Quelle terre préparons-nous pour les générations futures ?

L’essentiel, c’est le silence et l’intériorité. Nous vivons dans une multitude de bruits et d’images. Paradoxalement, la surinformation, où tout et son contraire cohabitent, peut devenir de la désinformation. La question de la vérité se pose alors avec acuité. « Faire de temps en temps une bonne diète de l’information, comme un jeûne purificateur, est probablement un acte de sobriété des plus bénéfiques » (Pierre Rabhi, op. cit. p. 44).

L’essentiel, c’est de se rapprocher de Dieu et du plus démuni. Retrouver une sobriété de vie favorise le partage et suscite une vraie joie. Jésus nous appelle à cette disponibilité et à cette simplicité qui donnent une joie profonde : « Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre comme font les hypocrites. Ils prennent une mine défaite. Parfume-toi la tête et lave-toi le visage » (Mt 6, 16).

Que le Carême soit un temps de sobriété heureuse !

Mgr Hubert HERBRETEAU
Évêque d’Agen