Homélie de Mgr Herbreteau lors de la messe d'action de grâce pour le pontificat de Benoît XVI
 
 
 
 
 

Photo prise lors de la visite ad limina en septembre 2012

Homélie de Mgr Herbreteau à l'occasion du renoncement de Benoît XVI à sa charge, le 28 février 2013 à la Cathédrale

Chers amis, frères et sœurs,

Le pape Benoît XVI a choisi de renoncer à sa charge à partir d'aujourd'hui 28 février. Au-delà de l'étonnement que cette décision suscite, il nous faut rendre grâce à Dieu pour la grande fécondité de son ministère de pape. La lecture de Jérémie que nous avons entendue à l'instant convient tout à fait à ce qu'il nous a montré au cours de son pontificat :

« Béni soit l'homme qui met sa confiance dans le Seigneur, dont le Seigneur est l'espoir. Il sera comme un arbre planté au bord des eaux, qui étend ses racines vers le courant : il ne craint pas la chaleur quand elle vient, et son feuillage reste vert ; il ne redoute pas une année de sécheresse. »

Tout est dit en ces quelques mots de la force et du courage, de la confiance et de la fécondité de huit années passées à conduire l'Église. Tout est dit aussi de la fragilité d'un homme qui connaît la fatigue et qui a l'humilité de renoncer à sa charge après avoir mûrement réfléchi sa décision devant Dieu.

Nul ne peut juger sévèrement un tel acte. Comme le dit encore le texte de Jérémie : « C'est le Seigneur qui pénètre les cœurs et qui scrute les reins, afin de rendre à chacun selon ses actes, selon les fruits qu'il porte. »

Les fruits du pontificat de Benoît XVI ? Parlons-en ! Et je n'ai pas la prétention de faire une synthèse de tout ce qui s'est réalisé pendant huit années.

• En tout premier lieu, le pape nous a rappelé, à la suite du bienheureux Jean-Paul II, l'importance de repartir du Christ. Il nous a invités à rencontrer le Christ, à cultiver l'amitié avec lui. « À l'origine du fait d'être chrétien, écrivait-il en 2005, il y a la rencontre avec une Personne. » Tout au long de son pontificat, il n'a cessé de dire que cette rencontre avec le Christ a été la clé de voûte de sa pensée et de sa spiritualité. Pour s'en convaincre, lisons ses homélies, ses trois encycliques, l'Exhortation sur la Parole de Dieu, et ses livres sur Jésus de Nazareth ! « Il ne suffit pas, disait-il en 2006, de connaître Jésus seulement par les autres ou par les livres, mais il faut vivre une relation toujours plus approfondie d'amitié avec lui, dans laquelle nous pouvons commencer à comprendre ce qu'il nous demande. »

• À propos du Christ, Benoît XVI a souvent dit que le Christ nous propose un art de vivre. La vie chrétienne est un art de vivre et pour cela, il faut des témoins authentiques de l'Évangile. Inlassablement, et de manière douloureuse parfois, le pape à posé la question de la place de Dieu dans le monde d'aujourd'hui. C'est pour lui le grand défi de la nouvelle évangélisation. Et il comparait le témoignage des chrétiens à un feu rayonnant :

« Nous savons que le feu est au début de la culture humaine ; le feu est lumière, chaleur, force de transformation. La culture humaine commence au moment où l'homme a le pouvoir de créer le feu : avec le feu, il peut détruire mais avec le feu il peut transformer, rénover. Le feu de Dieu est le feu transformant, le feu de la passion - certainement - qui détruit même beaucoup en nous, qui porte à Dieu, mais un feu surtout qui transforme, qui rénove et qui crée une nouveauté de l'homme, qui devient lumière en Dieu. »

Nous pouvons seulement demander au Seigneur que la profession de foi soit en nous « fondée de façon profonde et qu'elle devienne le feu qui allume les autres ; ainsi le feu de sa présence, la nouveauté de son être avec nous, devient réellement visible et force du présent et de l'avenir. » (Benoît XVI, méditation lors de l'ouverture des travaux du Synode sur la nouvelle évangélisation, le lundi 8 octobre 2013)

Pour trouver le chemin du vrai bonheur le pape encourage à « écouter Dieu dans le silence intérieur et surtout intérieur ». Je me souviendrai toujours d'un moment fort, aux dernières JMJ à Madrid. Après un orage d'une demi heure, deux millions de jeunes rassemblés ont vécu un temps d'adoration eucharistique. Dix minutes d'un grand silence ! Nous avons pris conscience un peu plus ce soir-là que Dieu n'est pas dans le vacarme ou l'agitation mais dans le « silence tranquille » (selon la belle expression de Benoît XVI).

• Par ailleurs, dans un monde sécularisé comme le nôtre, les chrétiens doivent être capables de rendre compte de leur foi. Tout au long de son pontificat, Benoît XVI a parlé de la raison et de la recherche de la vérité.

Cette recherche de la vérité doit se faire à partir de l'écoute de la Parole de Dieu. C'est aussi un trait marquant du pontificat de Benoît XVI. Il n'a cessé de souligner l'urgence, dans un monde ou Dieu est pour beaucoup un Inconnu, de redécouvrir la Parole de Dieu, car « dans la Parole de Dieu se trouve un chemin de vie ». J'ai aimé personnellement les commentaires des évangiles à l'occasion des audiences du mercredi. Le souci du pape était vraiment de nous partager sa méditation de la Parole de Dieu et de nous inviter à l'incarner dans notre existence personnelle et communautaire.

• Ce pape est un chef spirituel, le guide dont nous avions besoin en ces temps mouvementés. J'ai souvent admiré la manière dont il s'est situé par rapport aux grands problèmes de notre temps. On n'oubliera pas les vigoureux messages de paix à l'occasion du premier janvier. De même la troisième encyclique sur l'économie mondiale. À ce sujet, permettez-moi un souvenir personnel. J'ai évidemment été très marqué par la rencontre avec lui, à la fin du mois de septembre. Nous étions réunis autour de lui, nous les six évêques de la Province de Bordeaux. Et chacun de nous lui a posé une question. Pour l'un de nous, c'était sur la liturgie, pour un autre c'était sur le catéchisme de l'Église catholique... En ce qui me concerne je lui ai posé une question sur la gratuité, thème qui lui est cher et qu'il a admirablement développé dans sa troisième encyclique sur l'économie et la mondialisation. Il m'a répondu que nos relations humaines doivent intégrer des moments de gratuité. Sans gratuité, il n'y a pas de relations humaines véritables. C'est aussi ce qu'il a développé devant les familles réunies à Milan, en juin dernier.

• Je voudrais revenir enfin sur la parabole du riche et du pauvre Lazare. Elle me semble bien correspondre à ce que Benoît XVI a voulu diffuser dans son enseignement. Commentant cette parabole, voici ce qu'il disait en 2010 : « le message de la parabole (...) nous rappelle qu'alors que nous sommes dans ce monde, nous devons écouter le Seigneur qui nous parle par les saintes Écritures et vivre selon sa volonté, autrement, après la mort, il sera trop tard pour se raviser. »

Le pape propose deux enseignements : « Cette parabole nous dit deux choses : la première c'est que Dieu aime les pauvres et les relève après leur humiliation ; la seconde, c'est que notre destin éternel est conditionné par notre attitude. C'est à nous de suivre la voie que Dieu nous a montrée pour arriver à la vie, et cette voie c'est l'amour, non pas entendu comme sentiment, mais comme un service aux autres, dans la charité du Christ. »

Chers amis, rendons grâce à Dieu pour la fécondité du pontificat de Benoît XVI ! Que cette eucharistie ne soit pas un temps de tristesse. Le pape remet sa charge avec humilité. C'est un beau témoignage pour chacun de nous. Nous devons reconnaître nos faiblesses, les offrir à Dieu. Ce qui est premier dans l'Église, c'est le service. C'est la mission du Christ que nous servons avec nos limites et nos pauvretés. L'eucharistie nous fait devenir d'humbles serviteurs au service du monde et de l'Église.