Déclaration de Mgr Herbreteau au sujet du mariage pour tous, le 24 octobre 2012
 
 
 
 
 

Le projet de loi concernant le mariage et l’adoption « pour tous » doit être présenté au Conseil des ministres, le 7 novembre. L’examen de ce texte à l’Assemblée nationale aura lieu dans la deuxième quinzaine de janvier 2013.

Il suscite aujourd’hui de nombreuses réactions. Comment dépasser un climat un peu trop passionnel parfois ? Comment réfléchir aux enjeux humains d’un tel projet ? Les chrétiens doivent prendre toute leur place dans un débat qui touche le fondement même de notre société française.

En préalable, il faut affirmer fortement qu’il n’est nullement question de stigmatiser les personnes homosexuelles. Des propos homophobes seraient contraires à l’esprit de l’Évangile. Les personnes homosexuelles doivent être écoutées, accueillies au cœur de notre société. La dignité de toute personne doit être respectée. Par ailleurs, nous savons bien que l’homosexualité présente une grande diversité de situations.

Il importe de constater ensuite que ce projet de loi concernant les personnes de même sexe suscite des réactions qui manquent souvent d’argumentation. Ce n’est pas suffisant d’affirmer : « Du moment que ces personnes s'aiment, acceptons ce type d’union, faisons-le ! » On ne bâtit pas une institution comme le mariage uniquement à partir de sentiments. De même, lorsque l'on dit : « D'autres pays d'Europe l'ont bien fait, pourquoi pas nous ? » L’argument n’est pas vraiment juste. Peu de pays, en fait, ont élaboré le même type de projet. Et là où cela s’est réalisé, une évaluation correcte a-t-elle été entreprise ? Ou encore, c’est trop facile de dire : « L'opinion publique est pour, alors faisons-le !» Est-ce si sûr ?

Ce qu’il faut surtout approfondir et préserver, c’est l’institution du mariage civil, républicain. À travers cette institution, la société reconnaît et protège le libre engagement de l’homme et de la femme dans le respect mutuel, la fidélité et l'ouverture à la vie. 250000 mariages sont célébrés en France chaque année et c'est toujours un événement important pour ceux qui s'y engagent. La position des catholiques concerne avant tout le mariage civil. Mais, bien sûr, la réflexion des catholiques est forcément marquée par la lecture dela Bible et par l'importance qu’ils accordent au sacrement du mariage chrétien. Ce que promeut l’Église, c'est une conception du mariage et de la famille qui n'est pas une particularité confessionnelle. L’Église se met simplement au service non pas d’abord d’elle-même mais tout simplement de l'humanité.

Alors que peut-on souhaiter ? Une réforme en profondeur du mariage civil et de la filiation concerne tous les citoyens et devrait faire l'objet d'un large débat. Pourquoi se presser ? Certes, il s'agit d'une promesse du président actuel, mais sur une question qui touche à l'avenir de notre société, la réflexion s'impose au plan juridique, psychologique, philosophique.

Ainsi, la question de l'égalité est une vraie question. Mais l'égalité n'est pas la similitude. Le respect des droits supposés de certains n’efface pas les droits réels des autres. Dans le cas de l’adoption d’enfant par des personnes de même sexe, il y aurait à prendre en compte non seulement le droit à l’enfant mais surtout le droit de l’enfant.

Si c’est une question d’équité qui se pose, alors pourquoi ne pas donner une extension au PACS, qui est un contrat et non pas une institution comme le mariage.

Ce qui doit nous interroger, c'est finalement le rôle de l'État dans cette affaire. Doit-il satisfaire des demandes particulières ? Ne doit-il pas plutôt légiférer en vue du bien commun ? N’y aurait pas grand profit à développer une réflexion d’ordre anthropologique ? C’est un fait : on ne sait plus aujourd’hui parler de la dignité de la masculinité et de la féminité. On récuse la différence sexuelle et on dissocie la sexualité de la fécondité.

L’Église joue un rôle important dans ce débat. Elle est attendue. Sera-t-elle entendue dans son rôle prophétique ? Le pape le rappelait aux évêques de France lors de la visite ad limina à Rome, en septembre dernier : « Défendre la vie et la famille dans la société n’est en rien rétrograde, mais plutôt prophétique car cela revient à promouvoir des valeurs qui permettent le plein épanouissement de la personne humaine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26). ».

Mgr Hubert Herbreteau
Le 24 octobre 2012

Retrouver le texte du Conseil Famille et Société de la CEF