Réception du Concile Vatican II au Brésil
 
 
 
 
 

Tout en restant à Rio, j’ai pu vivre ce Concile, jour après jour, au Brésil grâce à la « Lettre à la Famille » que Dom Helder Camara nous écrivait, nous ses intimes, presque chaque nuit, de Rome, pendant tout le temps du Concile.

Ces lettres, conservées, sauf une ou deux qui furent perdues par Dona Maria Luiza Alzevedo, ont été traduites en Français et publiées en France, en deux volumes.

Ces lettres nous faisaient sentir que le Concile lançait une véritable révolution dans l’Église et nous en étions particulièrement heureux du fait que le Brésil y était présent dans un groupe d’évêques remarquables et tout spécialement Dom Helder Camara…

L’impression générale que nous ressentions était que ce Concile loin d’être un point de départ ou de nouveau départ se présentait comme un point d’arrivée. Il était la réponse à des avancées que nous avions vécues au Brésil : le lancement dela C.N.B.B (conférence nationale des évêques (BISPO) du Brésil) par Dom Helder en 1953, suivi du plan de pastorale élaboré par le Père Paraguasu, les aspirations et les initiatives du peuple et de l’action catholique. Le Concile offrait une vision nouvelle de l’Église et du monde et le désir d’un épiscopat plus collégial et plus lié au laïcat.

Une révolution ! L’introduction, dans la liturgie, de la langue populaire (le portugais) dans un pays où près de 50% des gens étaient analphabètes, où les personnes ayant quelques notions de latin étaient très rares. La messe enfin face au peuple, au milieu du peuple ! Des chants, des musiques nouvelles et plus entraînantes, mais surtout cet accès plus ample àla Bible, grâce au nouveau calendrier liturgique…

Tout cela lié directement au Concile ! C’était une révolution !

Et puis, dans l’immédiat post-concile, l’abandon, par le clergé de la soutane, en même temps que « l’option préférentielle pour les pauvres », confirmée solennellement à l’assemblée de Medelin… Un clergé descendant de son piédestal pour revenir au niveau du peuple… Quelle révolution !

Or tout cela, fruit du Concile, fait naître, à partir de 1965 les C.E.B (Communautés ecclésiales de base), capables d’animer une vie liturgique malgré le manque de prêtres, tout en prenant en charge, sur tous les plans, dans un monde déséquilibré, injuste, scandaleux, en temps de dure dictature militaire hostile, cette même communauté humaine…

Et certains commencent à parler de la théologie de la libération ! Pour nos gens des CEB, ce mot ne signifie rien ! Ils parlent de foi, d’espérance, d’amour, jamais de théologie ! La lecture de l’évangile leur a fait découvrir le « Cristo Libertador », Jésus Christ, l’Homme –Dieu, Jésus Homme modèle, si proche de nous, si proche des pauvres, des opprimés, si proche de nos problèmes, mais aussi Jésus, Dieu tout puissant, seul capable de résoudre les problèmes de la société humaine ! Mais pour nos gens, il n’est pas question de théologie, notion qui les dépasse !

Mais un jour des théologiens, Gutierrez en Bolivie, Leonardo Boff au Brésil et autres, reprennent l’idée des CEB. Mais leur « Cristo Libertador » n’est plus celui des CEB ; du moins pas tout à fait ; il a perdu sa stature et, chez eux, trop souvent, le christ semble perdre son auréole divine, se réduit à un homme, formidable sans doute, mais un homme… Ainsi ces théologiens s’attirent les foudres de Rome et des condamnations.

Avec le temps, ces réprobations des théologiens, se répercutent et frappent les CEB ; des évêques, des prêtres prennent leurs distances… Les CEB dépérissent, et ces critiques blessent, désorientent…

Le peuple qui avait placé son espérance dans l’Église et les CEB (spécialement pendant les 21 ans de dictature militaire) se sent abandonné. Des millions de catholiques (30% de la population en 40 ans) vont chercher dans les sectes « évangélistes » ou « pentecôtistes » ce qu’ils estiment ne plus rencontrer dans l’Église Catholique. Ces sectes, en lieu et place de la théologie de la libération, offrent une « théologie de la prospérité » : Ayez la foi, payez et Dieu vous bénira et vous donnera tout, santé, richesse, succès…, et même des miracles…

Un exemple parmi ces sectes : l’Église du Règne Universel du Christ : 8 000 000 de fidèles en 20 ans d’existence… Un phénomène que l’on retrouve dans la plupart des pays d’Amérique latine…

Faut-il attendre et souhaiter un nouveau Concile ?

Père Paul Riou, a.a