Les cagots et les gavaches
 
 
 
 
 

C'est bien connu nombre de philosophies, la plupart des religions et même certaines doctrines politiques l'affirment très fort : «  Nous sommes tous frères ». De ce fait nous avons vocation « virtuelle » à être tous égaux ! Le problème toujours actuel des « gens du voyage », (on parle maintenant des « Roms »), montre l'abîme entre le principe et la réalité. Et le problème ne va pas en s'arrangeant … La difficulté à accepter l' « autre », celui qui n'a pas nos manières, notre langue – bref, n'est pas de chez-nous – ne date pas d'hier : il existe déjà dans la Bible. Dans notre région dans l'histoire plus récente, deux exemples très graves de cette ségrégation sont un contre-témoignage de ce soi-disant esprit d'accueil et de bonhommie qui serait propre au Sud-ouest. Il ne s'agit pas des immigrés, réfugiés politiques venus de Russie en 1918, ou d'Italie, puis d'Espagne fuyant le fascisme. Après des années difficiles beaucoup ont fait « leur trou », beaucoup ont - comme on dit - « réussi ». Par contre savez-vous que dans le Sud-ouest et surtout dans les Pyrénées, toute une population venue d'on ne sait où, a été marginalisée, brimée, accusée de tous les maux, sans la moindre raison.  Il s'agit des « Cagots », à partir du XIIIe siècle ! Condamnés à vivre ensemble, en dehors des villages, souvent dans d'anciennes léproseries, leur isolement était propice à une certaine consanguinité qui n'arrangeait rien (!). Ils étaient presque sans droits, interdits de tout métier, sauf ceux du bois (en effet le bois « ne conduit pas la lèpre »)... À l'église, ils avaient une porte réservée et un bénitier spécial. Ils devaient en public agiter une crécelle, et dans certains villages, porter un insigne cousu sur le vêtement : une patte de canard, rouge ! Déjà… il a plusieurs centaines d'années….

Tout aussi surprenant, le cas des « Gavaches », à peu près à la même époque. Le nord de l'Aquitaine étant ruiné par des guerres incessantes, les vignerons vinrent à manquer ! De la « main d’œuvre » dut être importée... Elle vint surtout de la Saintonge ou de ses environs, évidemment des gens très pauvres, pour accepter ce déménagement... On les appela les gavaches sans qu'on sache d'où vient ce nom. Ils ont été reçus comme des « étrangers » et n'ont jamais été « intégrés ».

Eux aussi   vivaient « entre eux », à l'écart des villages, dans des conditions précaires, sans profiter des moindres progrès, en particulier sans véritable accès à l'éducation... À leur propos, tout était péjoratif : les « gens bien » parlaient par exemple d'un temps de gavache pour dire un temps de chien ! Tout cela jusqu'à la Révolution ; puis lentement, les choses se sont arrangées ces deux derniers siècles... au moins en partie...

Oui, tous frères ! Coluche dirait sûrement : « Oui ...mais certains plus que d'autres » !      

Extrait du Catho 47 n°69

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