L'Église en Argentine : interview du Père Hugo Céliz
 
 
 
 
 


Le Père Hugo CELIZ (
Saint Dominique de Guzman, paroisse d’Acassuso
Diocèse de San Isidro, province de Buenos Aires, Argentine), répond à nos questions, décembre 2009.

Pourriez-vous nous situer l’Église en Amérique latine ?

Heureusement nous pouvons dire encore, comme Jean Paul II le rappelait souvent, que l'Amérique Latine est le continent de l'espérance, et c’est vrai. Le catholicisme est la religion la plus importante de toute l'Amérique Latine, surtout au Brésil, au Chili, en Colombie, au Paraguay et en Argentine.

Que dire de l’Église en Argentine ?

L’Argentine compte 40 millions d’habitants. Il y a 90 % de catholiques ; la plupart sont pratiquants, c'est à dire qu’ils vont à la messe le dimanche.

L’Église en Argentine compte 117 évêques, 3 cardinaux et 71 diocèses.

Dans mon diocèse, San Isidro qui est situé au nord de Buenos Aires, il y a 1 036 000 habitants, 69 paroisses, 190 églises et chapelles, 120 prêtres diocésains et 26 religieux, une abbaye de bénédictines et beaucoup de congrégations religieuses.

Quelle est sa sensibilité ?

En parlant de la manière d’exprimer notre religion, l’Argentine a eu beaucoup d’immigrés italiens, donc nous sommes très démonstratifs et affectueux, surtout avec la Vierge Marie. Il y a beaucoup de religiosité populaire, comme nous le disons, et tous les ans un pèlerinage à Notre Dame de Lujan (notre sainte patronne) a lieu le 1er week-end d'octobre. Il regroupe un million de jeunes, des pauvres, des riches, des gens des classes moyennes, des évêques, des prêtres, des religieux mais aussi quelques personnes âgées qui effectuent une marche de 70 kms de Buenos Aires jusqu'à la ville de Lujan, soit en action de grâce, soit pour faire suite à un vœu. Il y a aussi beaucoup de dévotion à Saint Cayetano, le saint du pain et du travail, particulièrement parmi les gens les plus pauvres, ceux qui souffrent du chômage notamment (fléau très présent dans notre pays).

Les processions populaires pour la fête d’un saint patron d’une paroisse sont habituelles : tous les paroissiens accompagnés du curé et des autres prêtres de la paroisse marchent en procession derrière la statue du saint. La procession se termine par une messe et une fête populaire avec chants et kermesse ou quelque chose de ressemblant.

Quelle est sa situation socio-économique du pays ?

L’Argentine est un pays très riche en ressources naturelles : il y a longtemps, au début du XXe siècle, il était considéré comme "le grenier du monde". Aujourd’hui encore, il y a assez de nourriture (viande de vache, de mouton, de porc, de canard, de poule, lait, fromage, vin, toutes sortes de fruits tropicaux et autres), pour exporter, par exemple en Afrique, et nourrir tout le monde. Mais malheureusement, le gouvernement est corrompu, et bien que l’Argentine soit un pays riche, il y a beaucoup de pauvres. À cause de la mauvaise distribution des ressources, beaucoup de personnes n’ont rien à manger ou sont mal logés et c’est vraiment incroyable. C’est notre pire problème : l'injustice sociale.

Que fait l’Église ?

L'Église catholique est vraiment « moteur » avec deux organismes : CARITAS et la PASTORALE SOCIALE. Mon évêque, Mgr Jorge CASARETTO est en charge des deux. Beaucoup de groupes de laïcs, de religieux, des hommes et des femmes, des prêtres diocésains ou autres, travaillent pour soulager la misère, mais aussi pour construire un monde plus humain et donner à cette population, une vie plus digne. Il existe beaucoup de projets : construction de maisons, plantation de vignes et graines, formation de petites communautés d’aide mutuelle. Il s’agit non seulement donner de l'argent mais aussi d’aider les gens à travailler en commun.

Beaucoup de personnes aident à ces projets, soit en donnant de l'argent ou de leur temps, soit en faisant profiter de leur savoir : avocats, administrateurs, comptables, institutrices pour créer en particulier des écoles paroissiales aux frontières du pays ou ailleurs, qui sont gratuites ou à moindre coût.

Et finalement, l'Église catholique en Argentine est très missionnaire. Dans toutes les paroisses de Buenos Aires, San Isidro et dans les grandes et riches villes du pays, beaucoup de jeunes donnent du temps pendant leurs vacances d’été, et vont dans les régions les plus nécessiteuses du pays afin d’aider en lien avec le prêtre de la paroisse, pour une mission de 15 jours ou un mois. Dans notre diocèse de San Isidro, des relations existent avec l’Église de Cuba sous le régime de Fidel Castro : depuis une dizaine d’années, 4 prêtres y sont détachés. Ils changent tous les deux ans ; leur travail est très difficile dans un pays communiste. Il y a quelques prêtres de l’archidiocèse de Buenos Aires qui sont également en Afrique (Mozambique).

En résumé ?

Nous pouvons dire beaucoup de choses sur le catholicisme dans notre pays, mais le principal, c’est que le Christ est vivant en Argentine et en Amérique Latine (grande dévotion populaire à la Vierge Marie et aux Saints), et que beaucoup de choses sont entreprises pour aider les pauvres chez nous et dans d’autres pays.

Humblement, je peux dire que je suis très heureux d’appartenir à un pays béni par l’Esprit Saint où l’ÉGLISE CATHOLIQUE EST VIVANTE.

Vive l’Argentine et vive la France ! Et merci à la France qui nous a aidé particulièrement dans le temps du gouvernement militaire en accueillant beaucoup de personnes qui fuyaient le régime.