Départ des religieuses de Mézin, le 20 juin 2010
 
 
 
 
 


Le 20 juin 2010, les paroissiens de la Sainte-Famille sur Gélise ont rendu un vibrant hommage aux sœurs qui quittent Mezin définitivement.

Une messe a été concélébrée par notre évêque Mgr Herbreteau, le prêtre de Mézin et les anciens curés de la paroisse.

Monsieur Perou, directeur de l'essor CAT, qui connaissait les sœurs depuis son enfance, a prononcé un discours rappelant les 150 ans de présence de ces religieuses à Mézin.

À l'issue de cette celébration, le maire de Mézin recevait la communauté et remettait la medaille de la ville aux trois religieuses ; s'en est suivi le verre de l'amitié.

Discours de M. Perou :

Cette histoire est une histoire digne d’un conte et, comme dans un joli conte, il était une fois, dans un joli village de Gascogne, un archiprêtre : M. l’abbé Senigon, un notaire : M. de Lartigue ; soucieux de l’accueil des pauvres, du développement de l’hôpital hospice et de l’asile communal, établissent un traité en date du 23 mars 1858 avec les sœurs de la Charité de Saint Vincent de Paul.

Cinq sœurs en cornette arrivent à Mézin : trois au service actif de l’hospice et deux à l’asile où 150 enfants sont accueillis.

M. de Lartigue, maire de Mézin, M. l’abbé Miran et les administrateurs, le 15 mars 1869, sous l’impulsion des religieuses, mettent en place un ouvroir externe pour 50 jeunes filles, apprentissage de la couture et fabrication de bouchons. Cette œuvre s’autofinance et a pour but de donner le sens du travail et sa valeur.

Au début du 20e siècle, Sœur Bailly, supérieure, fait front aux Bouchonniers qui prétendaient que l’ouvroir très prospère entravait leur commerce. Après cinq ans de lutte, Sœur Bailly fut remplacée par Sœur Mafre et l’ouvroir fut fermé.

Jusqu’en 1929 vont se succéder Sœurs Hevenat, Gillet, Picard.

L’hospice prospère, les petites salles ne désemplissent pas de personnes âgées ou d’infirmes, voire d’orphelins.

Quatre sœurs sont aux commandes et, en 1933, une idée lumineuse : ouvrir un patronage pour les enfants des écoles laïques. 40 à 50 enfants le fréquentent.

1934. C’est la première kermesse au profit des pauvres avec séance récréative et tombola.

Les élections de 1935, et surtout le résultat inattendu, déchaînent les passions et plus particulièrement les foudres d’un médecin qui discréditera autant que faire se peut l’hospice, l’économe et la supérieure. Le Conseil municipal dans sa globalité signa une pétition pour que tout rentre dans l’ordre.

1938. Agrandissement de l’hospice. Le 8 mai 1938, le Président de la République M. Albert Lebrun, présent à Mézin pour l’inauguration du monument élevé à la mémoire d’Armand Fallières, reçoit la communauté des Filles de la Charité à la mairie pour les encourager à poursuivre leur mission à Mézin.

Du 23 février au 4 avril 1940, 60 réfugiés espagnols arrivent à l’annexe récemment acquise et c’est avec les moyens du bord que les sœurs réussissent à les soigner. Après leur départ, le 23 mai 1940, cinq sœurs de Compiègne arrivent avec des réfugiés du Nord (Oise) pendant six mois.

La première auto-ambulance fut attribuée aux sœurs, le 9 octobre 1940.

Des frères des Ecoles chrétiennes et 50 enfants d’une école de redressement de la région de Metz prirent place à l’annexe et durant l’année, ils défrichèrent le stade municipal.

Malgré toutes les difficultés dues à la guerre et leur isolement par rapport à la zone d’occupation, à la suspension du maire, elles firent face pour aménager avec ingéniosité l’annexe qui ne recevra désormais que des vieillards.

Deux des cinq religieuses se détachent au-delà de l’hospice, l’une pour le patronage et l’autre pour la catéchèse. La Cité paroissiale va commencer à prendre sens.

En 1948, l’abbé Marmier (dont beaucoup ont le souvenir) arrive à Mézin, bouillonnant et d’un grand dynamisme ; il réorganise l’engagement pastoral de chacun et l’implication des Sœurs dans la vie paroissiale.

Le 23 novembre 1951, c’est le premier grand et bel arbre de Noël pour l’hospice ; implication de bénévoles. Les médecins du village soignent gratuitement les hospitalisés.

Le 36 à Mézin peut résonner. C’est l’installation du téléphone le 28 mai 1953.

Le 29 mai 1959, arrivée à Mézin de Sœur Agnès.

« On peut le dire, vous êtes née en 1914 à Bousbecq dans le Nord, d’une fratrie de cinq enfants dont quatre s’engageront au service de l’Eglise : le garçon sera prêtre, trois sœurs Filles de la Charité.

A 14 ans, ouvrière dans une filature… A 22 ans, elle s’engage au sein des Filles de la Charité. Coiffée de sa cornette, elle est envoyée comme infirmière à l’hôpital militaire de Chalon-sur-Marne. La guerre arrive, avec son long cortège de drames dont l’évacuation vers le sud.

Sœur Agnès accompagne et suit ses protégés. Réfugiés à l’hôpital Purpan, elle gardera à jamais marqué en elle cette période. Adoptée par le Sud-Ouest, elle garde un lien affectif important avec le Nord.

De l’expérience professionnelle acquise à Purpan, elle fera bénéficier le monde rural : hôpitaux, maisons de retraite, familles avec les soins à domicile.

A Mézin, responsable de la Communauté et de la maison de retraite, elle dirigea avec une volonté ferme - mais une chaleur humaine sans pareille - pour accueillir et soigner les personnes âgées : une vraie « main de fer dans un gant de velours » ; entourée notamment de deux compagnes d’une même trempe, toutes trois aux yeux très bleus :

Sœur Marie Losson, cht’i comme elle, cuisinière et responsable de l’annexe,

Sœur Marie-Andrée Fontés, aveyronnaise et infirmière.

Une équipe de choc, mais une équipe chic qui a marqué plusieurs générations de Mézinais.

Sœur Agnès mettra tout son savoir et son dynamisme au service de la maison de retraite mais aussi de la paroisse : chorale, théâtre, patronage…

En 1965, elle doit partir à Condom. Les passions se déchaînent : pétition des Mézinais pour qu’elle revienne. Pétition qui ira au Vatican puis reviendra par l’Evêché sans succès, d’autant qu’obéissante, elle ne nous avait pas du tout aidés dans cette démarche.

Après Condom, Bazas, Dax, Bègles et – miracle pour nous – à nouveau Mézin.

En 1990, une retraite bien méritée, elle poursuit sa mission autrement depuis son HLM.

Le 15 octobre 1980, Sœur Marie Robert rejoint Mézin.

Elle est née à Guiche, petit village des Pyrénées, canton de Bidache. La plus jeune d’une fratrie de six enfants. Ses parents sont agriculteurs, et pratiquants. D’un caractère bien trempé, elle est casse-cou, indépendante ; elle aime le vélo.

Elle voulait être assistante sociale, ses parents préfèrent qu’elle arrête ses études pour travailler. Elle part sur Bayonne avec quelques copines qui vont dans des réunions : « Si tu veux tu viens, sinon tu restes ! » Devant cette invitation un peu particulière, elle décide d’y aller. C’est une réunion de la Jeunesse ouvrière chrétienne (la JOC) ; là elle rencontrera un aumônier, très sympa ; elle fréquentera la JOC et petit à petit naîtra en elle le désir d’entrer en religion. Elle finira ses études d’infirmière et, en 1952, elle entre chez les Filles de la Charité. Sur les six enfants, une sœur sera aussi Fille de la Charité et une autre Fille de la Croix.

Elle reste 10 ans à Rochefort. Ouvre un foyer pour jeunes travailleuses à Orthez, Pau. En maison d’enfants. Infirmière à domicile : La Rochelle et Mézin.

Là, elle est l’interlocutrice privilégiée des directeurs… Peu de concessions mais beaucoup de dévouement.

En 1990, à la retraite avec un petit « r ». Elle s’engage à fond dans la catéchèse, l’animation paroissiale et le service à tous.

1985. Arrive à Mézin une infirmière, Sœur Claude.

Déjà toute petite, à cinq ans, elle se confesse et à huit ans, déclare à ses amies qu’elle veut être religieuse. Originaire de Cauderan, au cours d’un voyage à Paris rue du Bac, chapelle de la Médaille miraculeuse ; elle a 15 ans et décide qu’elle sera Fille de la Charité. Devant le désaccord de sa famille, elle attendra sa majorité – 21 ans – pour entrer dans l’Ordre, le 12 juin 1962, à Toulouse, où elle participera plus qu’activement à l’accueil des Pieds Noirs. Elle ne portera la cornette que six mois, le voile un peu plus et puis… plus du tout… de coiffe. Obéissante, elle passera par Bayonne, Orthez, Beaumont de Lomagne, La Réole, Mézin. Dès sa retraite, toujours aussi obéissante : deux ans à Toulouse auprès des Sœurs retraitées, en maison de retraite, retour sur Mézin pour l’accompagnement des personnes âgées en 2009.

Elle se passionne pour la musique, le coloriage et la peinture. Artiste à ses heures, elle aime préciser qu’elle a été baptisée à La Flèche. C’est sans doute ce qui lui a donné cette rapidité dans la marche…

Le 31 décembre 1989, la communauté quitte la maison de retraite pour s’installer à la Résidence du Cheval Blanc. Sœur Agnès en assume la responsabilité. Sœur Claude est toujours infirmière et Sœur Marie assure la catéchèse. Les Filles de la Charité à Mézin ont été comme dans la parabole du Semeur.

Aujourd’hui elles nous quittent, à nous de faire prospérer tout ce qu’elles ont semé à Mézin et dans son canton.

Nous voulons rendre grâce à Dieu de vous avoir rencontrées. Vos silhouettes resteront pour beaucoup gravées dans nos mémoires. Mézin sera un peu orphelin.

La générosité des Filles de la Charité au cours de ces 150 ans a été sans faille et ce sont des générations de Mézinais qui ont bénéficié de votre présence et de votre dévouement. Vous avez partagé avec tous sans distinction de religion, de race, de classe sociale des moments heureux mais aussi douloureux. Ce sont les meilleures moments partagés ensemble que nous garderons dans nos esprits.

Les temps sont ce qu’ils sont, et il vous reste la lourde tâche d’éteindre les lumières, baisser les volets et fermer la porte…

Cependant, comme dans les contes qui finissent bien : le mariage entre les Filles de la Charité et Mézin fut réussi. Vous nous laissez en héritage bien des souvenirs heureux, et l’exemple du dévouement pour nos frères.

Votre sérénité n’a pas d’égal en ce monde tourmenté.

Saint Vincent-de-Paul, précurseur peut-être : dans le domaine de la liberté, il avait voulu que des filles libres puissent aller et venir auprès des plus pauvres. En effet, à son époque les religieuses étaient au couvent hors du monde.

Coiffées de la cornette, coiffe des Parisiennes de l’époque ; à l’identique, elles étaient libres, et libres aussi de quitter l’Ordre. A cette époque, ce fut le seul ordre pour lequel les religieuses prononçaient des vœux annuels. C’est toujours d’actualité et c’est bien en femmes libres qu’elles vont nous quitter.

Depuis 1858 plus de 100 religieuses seront passées par Mézin dont 10 reposent en Paix dans notre cimetière Pour les dernières : sœur Losson en 1976 et sœur Marthe en 1979.

MES SŒURS :

Sœur Agnès :

Depuis quelque temps, vous collectez les détresses que vous avez eu à connaître et vous les présentez au Seigneur.

Sœur Marie :

Eblouie de ce qu’un être peut donner de lui-même, n’est-ce pas là, la beauté du mystère de l’homme ?

Sœur Claude :

Quand le souffle nous habite, nous pouvons réaliser des merveilles et votre secret : c’est beau de vivre quand on aime.

Et comme l'a écrit Saint Vincent de Paul dans son recueil de pensées : pour le 21 juin :

Faire la volonté de Dieu, c’est commencer son paradis dans ce Monde.

Merci pour votre témoignage apporté chaque jour ; « Il n’y a pas de vents favorables pour qui ne sait pas où il va ».

Merci pour ce que vous avez fait.

Merci pour ce que vous faites.

Merci pour ce que vous allez faire ailleurs : « Là où toutes les routes finissent… commence un autre voyage ! ».

Deo gratias...

 
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