Paul découvre le Christ ressuscité, 1ère conférence de Carême de Mgr Herbreteau, le 8 mars 2009
 
 
 
 
 

Lorsque Dieu passe dans une vie... Tel pourrait être le titre donné à cette première conférence. L'épisode de Damas est raconté par Luc à trois reprises dans les Actes des Apôtres (Ac 9, 1-19 ; 22, 6-16 ; 26, 12-17). Paul lui-même dit l'importance de ce passage de Dieu dans sa vie dans plusieurs de ses lettres. Par exemple dans la Lettre aux Philippiens : « Or toutes ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai considérés comme perte à cause du Christ... » (Ph 3, 7ss). Ou encore : « Car vous avez entendu parler de mon comportement naguère dans le judaïsme : avec quelle frénésie je persécutais l'Église de Dieu et je cherchais à la détruire ; je faisais des progrès dans le judaïsme, surpassant la plupart de ceux de mon âge et de ma race par mon zèle débordant pour les traditions de mes pères. Mais lorsque Celui qui m'a mis à part depuis le sein de ma mère et m'a appelé par sa grâce, a jugé bon de révéler en moi son Fils afin que je l'annonce parmi les païens, aussitôt, sans recourir à aucun conseil humain, ni monter à Jérusalem auprès de ceux qui étaient apôtres avant moi, je suis parti pour l'Arabie, ouis je suis revenu à Damas » (Ga 1, 13-17). On pourrait aussi citer 1 Co 15, 8-10).

Dans ces textes, l'élément central, c'est la relation personnelle qui s'établit entre Jésus et Paul. Occasion pour nous aussi de vérifier où nous en sommes de cette relation à Jésus de Nazareth, Christ ressuscité. La totalité de notre existence est-elle engagée dans cette relation personnelle ? Jésus est-il le cœur de notre vie ?

Avec ce récit, nous avons la description d'une expérience spirituelle (événement objectif situé ; place des sentiments et du ressenti ; un avant et un après, une relecture qui donne sens ; l'importance du « je » ; utilisation d'images et de métaphores dans le récit). L'exemple de Pierrette Bres qui autrefois présentait le Tiercé et qui s'est convertie devant le Mur des Lamentations à Jérusalem, offre, à ce sujet, un bon exemple : « Comme aspirée, je pose les mains sur la pierre, je sanglote, le front appuyé contre le Mur, je ne peux m'empêcher de pleurer, ces larmes-là viennent de loin, du plus profond de ma mémoire, du plus intime de ma chair, j'implore " Son " pardon, je lui demande Son amour et Son aide. J'ai le sentiment d'avoir enfin retrouvé les bras de mon Père, le seul et unique, le Père créateur. Je prie aussi pour qu'Il me donne la force de pardonner à ceux qui l'ont fait du mal, et pour qu'ils me pardonnent le mal que je leur ai fait. Oui, je supplie Dieu de me donner la paix. » 1

Lire le récit en Ac 9, 1-19.

Une dépossession

Le Caravage a peint la scène de la route de Damas. On voit Paul à terre, les bras levés vers le haut. Il crie au secours. Le cheval occupe la moitié du tableau. Il est écrasant. Le peintre a sans doute voulu montrer l'opposition entre la fragilité et la puissance.

Paul est quelqu'un sûr de lui, plein de lui-même. Sa carte d'identité en témoigne : « Circoncis dès le huitième jour, de la race d'Israël, de la tribu de Benjamin, hébreu fils d'hébreu ; pour la loi, un pharisien, pour le zèle un persécuteur de l'Eglise, pour la justice que peut donner la loi, un homme irréprochable » (Ph 3, 5).

Mais sur le chemin de Damas, il est désarçonné. Toutes les sécurités tombent. Saisi par le Christ, il va devenir un homme nouveau (Ph 3, 12). Toute vie spirituelle connaît ce moment de dépossession. De la conception d'un Dieu que l'on se donne, on passe à la découverte d'un Dieu qui se donne, qui vient au-devant de nous. Ce fut l'expérience d'Elie, de Jonas et de bien d'autres dans l'A.T. ou le N.T.

Les textes nous montrent des êtres vidés, au bout du rouleau et qui découvrent un autre visage de Dieu. Toute expérience spirituelle, toute vie chrétienne consiste à creuser un manque en nous... Le problème aujourd'hui c'est que nous sommes encombrés de plein de choses (biens, soucis, relations...) Que nous manque-t-il ? Nous sommes pleins de nous-mêmes. Beaucoup de récits de l'évangile de Jean ont le manque comme motif central (Cana, la multiplication des pains, la samaritaine...). Jésus vient creuser ce manque et laisse deviner un bonheur enfin comblé (un vin en abondance, une nourriture en abondance, une source d'eau jaillissant en vie éternelle Jn 4,14). Alors peut naître la question : que dois-je faire Seigneur ? Qui es-tu Seigneur ?

Le passage du voir au croire

La découverte soudaine que fait Paul sur le chemin de Damas est décrite comme une illumination. « Il faisait route et approchait de Damas, quand soudain une lumière venue du ciel l'enveloppa de sa clarté » (Ac 9, 3 et Ac 22, 6).

Dans les récits de mystiques ou de convertis, on retrouve ce même trait. Ainsi, Thérèse de Lisieux raconte : « Ce fut le 25 décembre 1886 que je reçus la grâce de sortir de l'enfance. En cette nuit de lumière... »

Pierrette Brès, citée précédemment, ne dit pas autre chose : « Je baignais dans « sa » lumière, mon esprit soudainement pénétré par cette lumière extraordinaire que seul Dieu peut répandre dans nos âmes quand il s'adresse à nous. (...) En un éclair fulgurant la connaissance intuitive m'a pénétrée. Je suis au cœur de la vérité, je sais, même si je ne peux en faire la démonstration avec des mots. Je contemple le mystère de la Création et je suis l'une de ces poussières d'étoiles qui en font partie intégrante » 2

Dieu, pour les chrétiens, est source de cette lumière. Paul le rappellera en 2 Co 4, 6 : « En effet le Dieu qui a dit : "Que des ténèbres resplendisse la lumière", est celui qui a resplendi en nos cœurs, pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu qui est sur la face du Christ. » Etonnant rapprochement avec la création ! Toute vocation n'est-elle pas comme une nouvelle création ? Pour Paul, la rencontre avec le Christ à Damas est une nouvelle création. Il lui faudra du temps pour découvrir pleinement le Ressuscité. D'où la mention de l'aveuglement.

Dans les débuts de l'Eglise, « illumination » était un mot typique pour parler du baptême comme naissance à la vie de Dieu. Il est à noter que la mention du baptême de Paul est justement explicite en Ac 22, 16, après qu'il ait recouvré la vue. En Ac 9, 17, il est dit : « Saoul, mon frère, celui qui m'envoie c'est le Seigneur, ce Jésus qui t'est apparu sur le chemin par où tu venais ; et c'est afin que tu recouvres la vue et sois rempli de l'Esprit saint. Aussitôt, il lui tomba des yeux comme des écailles... »

Il lui tomba des yeux comme des écailles... « Dieu était là et je ne le savais pas » (Jacob). « Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent » (Lc 24, 31). Toute vie chrétienne est un passage du voir à l'aveuglement, puis de l'aveuglement au croire.

« Quand Dieu fait luire la lumière de sa face sur l'homme (Ps 31, 17 ; 44, 4 ; 67, 2 ; 80, 4. 8. 20 ; 119, 135 ; Dn 9, 17), et quand celui-ci peut vivre et marcher à la lumière de la face éternelle (Ps 89, 16) son expérience de vie elle-même est illuminée : " Par ta lumière nous voyons la lumière " (Ps 36,10). Ainsi la prière implore le lever de soleil de la face de Dieu sur l'homme (Ps 4, 7), et le souhait liturgique de bénédiction implore " que Yahvé fasse pour toi rayonner son visage... que Yahvé te découvre sa face " (Nb, 6, 25-26 ; cf 2 Ch 30, 9)  3

Quelques remarques sur la prière :

  • On peut repasser chaque heure de la journée, chaque moment d'une année, non par autosatisfaction ou nombrilisme, mais pour y découvrir Dieu à l'œuvre. On peut dire : « Seigneur fais que je voie ! »
  • Il s'agit de « demander compte à son âme » (St Ignace) pour voir les  progrès dans la vie chrétienne, mais aussi les failles, le péché, les infidélités. Ne pas relire sa vie, c'est se condamner à vivre à la surface de soi-même.  
    « Seigneur, tu me scrutes et me connais ! »
  • Enfin, il est bon de relire sa vie pour rendre grâce à Dieu. Les bienfaits de Dieu, multiples en nos vies.

L'importance des médiations.

Quand Dieu passe dans notre vie..., cette expérience de Dieu est très personnelle. Et pourtant, il est nécessaire de la vivre en Eglise. Le Père Rondet, jésuite, s'interroge sur les nouvelles spiritualités, hors frontières, hors Eglise, à la manière de Pierrette Brès : « Mais avec qui parler de cette expérience bouleversante, avec qui partager cette illumination ? Car on sent bien qu'on ne peut pas la garder pour soi. Elle n'a pas été donnée pour nourrir un rêve intérieur, mais pour éclairer les hommes. alors commence une longue et douloureuse recherche. Le monde d'hier n'a pas changé : indifférent, insignifiant. et pourtant tout est nouveau ! Que serait devenu Paul aveuglé par la rencontre de Dieu, s'il n'avait été accueilli par Ananie et la petite communauté de Damas ? Où trouver Ananie aujourd'hui, pour pouvoir avec lui relire, exprimer, conforter et fortifier ce qu'on a vécu ? » 4

Beaucoup cherchent hors des grandes Eglises, même si aujourd'hui la vie spirituelle se revitalise pour différentes raisons, entre autres grâce à la redécouverte de l'Eglise comme communauté de baptisés.

Dans le récit des Actes, il nous est dit : « Les Eglises jouissaient de la paix dans toute la judée, la Galilée et la Samarie ; elles s'édifiaient et vivaient dans la crainte du Seigneur, et elles étaient comblées de la consolation du Saint Esprit » (v. 31).

Paul n'est pas seul dans sa quête. Il est relié à une communauté. Et nous-mêmes ?

  • Où en sommes-nous de notre lien avec l'Eglise ?
  • L'Eglise, notre mère, qui nous a enfanté à la foi, que nous fait-elle découvrir du Christ ?

On peut s'attarder quelques instants sur ce personnage d'Ananie qui représente l'Eglise. C'est un serviteur avisé qui prend en compte les difficultés de Paul. Certes le récit nous montre que c'est Dieu qui a l'initiative : « Le Seigneur l'appela dans une vision... » (v. 10). Ananie est appelé. Comme dans beaucoup de récits d'appel, d'annonciation, de vocation, l'intéressé fait une objection, manifeste une résistance puis finalement répond : « Me voici ! ». Ananie, après avoir rempli sa mission disparaît de la scène.

Enfin, on peut dire que le rôle d'Ananie est de faire découvrir à Paul sa mission (v. 15).

Quelques lettres de catéchumènes de cette année 2009

« Ce qui m'a paru important dans la rencontre avec Jésus Christ lors des réunions en équipe, c'est d'apprendre sa vie, sa foi, et son alliance. Le temps fort pendant les célébrations, c'est l'union avec Jésus Christ. Pendant l'entrée en catéchuménat, sentir que Jésus nous ouvre les bras. Je me suis sentie bien. »

« Ce qui m'a paru important dans ma relation avec Jésus Christ, c'est tout d'abord d'apprendre à le connaître, de comprendre qui il était, et ce qu'il avait fait. Le fait d'avoir mensuellement des réunions avec mon équipe de catéchuménat m'a permis d'en savoir plus et de vouloir en savoir plus encore sur Lui, de participer également à des rencontres avec d'autres paroisses et d'autres catéchumènes, ce qui m'a conforté dans ma démarche de cheminement. »

Une catéchumène qui a vécu des événements difficiles dans sa famille au cours de l'enfance et de l'adolescence, dit avoir été marquée par la parole de Jésus : « Dis seulement une parole et je serai guéri »

Conseils pour la prière :

  • Lire  les passages des Actes des apôtres et des lettres où il est dit que Paul prie. Ac 16, 25 ; 20, 36 ; 22, 17 ; 27, 35 ; 28, 8). En quelles circonstances prie-t-il ?
  • Reprendre quelques questions de Paul, dans l'épisode de Damas et en faire notre propre prière. Qui es-tu Seigneur ? (Ac 9, 5). Que dois-je faire Seigneur ? (Ac 22, 10).
  • Me demander de quoi j'ai besoin d'être dépossédé.
  • Prier pour les catéchumènes de cette année.

Mgr Hubert HERBRETEAU
Agen, Cathédrale Saint-Caprais, le 8 mars 2009

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1 Pierrette BRÈS, Les Chevaux de Dieu, Michel Lafon, 1996, p.161.
2 Op. cit., p. 193-195.
3 Hans Urs Von Balthasar, La gloire et la croix, III, L'Ancienne Alliance, Aubier, 1974, p. 64-65
4 Michel Rondet, Spiritualités hors frontières, dans Etudes, février 1997, p.233-234.